Témoignage
Réseau de la santé et des services sociaux

Le désagréable sentiment d'être en train d'éteindre des feux

J’ai travaillé durant plus de 35 ans dans le réseau de la santé et des services sociaux, dont 30 ans en tant que gestionnaire. Toujours, j’y ai côtoyé des gens passionnés ayant à cœur de mettre leur compétence au service de l’amélioration des services à la population, et ce, souvent sans compter leur temps.

L’automne dernier, j’ai fait le choix de quitter le réseau plus tôt que prévu initialement car l’attitude de notre ministre de la Santé a engendré un climat malsain dans les CISSS et les CIUSSS du Québec et une détérioration de la qualité des services sans précédent. Beaucoup a été écrit sur les services de santé du réseau, mais peu sur les services sociaux. C’est de ce secteur que je proviens ; les services aux personnes parmi les plus vulnérables, es personnes vivant en situation de handicap. Ces services ont été affectés tout autant.

Des pratiques que le réseau a mis plusieurs années à développer afin de les standardiser, les améliorer, ont été mises de côté au profit d’un ratio de performance dont l’aspect de la qualité a été retiré.

L’Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui devait assurer la continuité dans ce dossier, a failli à la tâche, les ressources n’étant probablement pas au rendez-vous. Cela a eu comme résultat que les charges de dossiers des éducateurs, des psychoéducateurs, des travailleurs sociaux et des autres professionnels de la réadaptation ont beaucoup augmenté, limitant ainsi le temps d'intervention auprès des usagers et, bien sûr, de leurs familles.

des intervenants et gestionnaires insatisfaits

Le sentiment d’être en train de faire les bonnes choses pour ces personnes a été remplacé par celui d’être en train d’éteindre des feux sans régler les situations et soutenir correctement les personnes et leur famille.

Comme vous le devinez sûrement, l’insatisfaction chez les intervenants et les gestionnaires de ne pouvoir offrir un service à la hauteur de ce qui est requis contribue à la morosité dans le réseau et au désir de plusieurs de le quitter le plus rapidement possible. J’ai eu la possibilité financièrement de devancer ma retraite pour garder intacte mon intégrité professionnelle. Ce n’est malheureusement pas la situation de plusieurs de mes ex-collègues à qui je lève mon chapeau pour avoir le courage et la volonté de tenter de maintenir une qualité de service à la population durant cette période trouble.

Finalement, à la question posée par Claude Castonguay le 1er août dernier, « Veut-on revoir Gaétan Barrette ministre de la Santé ? », vous aurez compris que la réponse est évidente…

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