MUSIQUE

Le coup de jeune d’Harmonium

Lorsqu’on lui demande s’il ressent un coup de vieux à un mois des 40 ans de la sortie de L’heptade, l’album culte d’Harmonium, Serge Fiori affirme plutôt le contraire.

« C’est plutôt un coup de jeune, tout ça est très excitant ! », s’exclame au bout du fil Fiori, de sa voix grave et traînante.

Le « tout ça » renvoie à la sortie prochaine d’une réédition remixée de L’heptade, rebaptisé L’heptade XL (40 en chiffres romains), en plus d’un film musical, d’un livret de photos et d’une chanson inédite.

Cette nouvelle version du dernier album du groupe a été retravaillée par le chanteur et le bassiste Louis Valois, à partir des bandes maîtresses originales que le groupe croyait détruites dans l’inondation d’un entrepôt de Sony Music dans les années 80.

Une découverte suivie de retrouvailles émouvantes entre l’œuvre et ses créateurs.

« En ouvrant les pistes, on s’est mis à pleurer, c’était hallucinant », confie le chanteur.

Hormis les baby-boomers privilégiés qui ont assisté à la centaine de concerts de l’imposante tournée ayant suivi la sortie de l’album-concept, les gens découvriront la pièce C’est dans le noir, qui n’a jamais été enregistrée en studio ou rendue disponible auparavant.

Une jolie mélodie atmosphérique aux relents nostalgiques, mais aussi un doux mariage entre les voix de Fiori et Monique Fauteux.

« J’veux te conter tout ce que je suis

Tout ce que nous sommes venus faire ici

Mettre à jour notre amour »

Cette chanson servait de prologue – « de prémisse à tout », précise Louis Valois – avant chaque interprétation de L’heptade lors de la tournée de 1976-1977, un an avant la fin de l’aventure Harmonium.

« Ça servait à mettre les gens en situation pour L’heptade », résume Serge Fiori, qui se souvient de l’époque, mais surtout du contexte dans lequel l’album est sorti. « C’était le 15 novembre, date mythique de l’arrivée du Parti québécois de René Lévesque au pouvoir. On était déjà en tournée, on donnait un concert à Fredericton », se remémore le chanteur.

Il faut comprendre l’effervescence qui frappe le Québec à l’époque, enchaîne Louis Valois. « On a 24-25 ans, on est prêts à tout, L’heptade est arrivé. »

Pour plusieurs, l’album L’heptade est lié à la théorie des sept niveaux de conscience. Pour d’autres, il signifie la boucle d’une aventure musicale unique. Mais qu’en est-il pour ses artisans ? 

« C’est une belle sortie, alors qu’on était en haut musicalement »

— Louis Valois à propos de l’album L’heptade d’Harmonium

Serge Fiori ajoute que l’album était si achevé – le son, le niveau lyrique… – qu’il a « peut-être » mené à la fin d’Harmonium.

Peut-être ?

Est-ce que le retour de Fiori en 2014, après une éclipse de près de 30 ans, et cette nouvelle sortie médiatique peuvent nous autoriser à fantasmer une réunion du groupe culte ?

« Je ne suis pas un travailleur de nature, je suis un paresseux de l’écriture. Le fait de sortir ce qu’on sort là place Harmonium où il est dans notre cœur et c’est suffisant », confie l’énigmatique Fiori, à qui cette version remixée de L’heptade donnera « la coche » pour cadrer dans le présent.

Et le dévoilement de quelques rares archives, dont un document audiovisuel tiré d’un spectacle de 1977, n’y changera rien. « J’aime que le film donne la nature de ce band-là, mais ne dévoile rien d’autre », résume Serge Fiori.

L’aura mystique continuera donc à flotter autour d’Harmonium, qui a réussi l’exploit de laisser une empreinte permanente dans notre paysage culturel en trois albums et quelques années.

Une petite révolution musicale que les gens auront bientôt l’occasion de revisiter avec bonheur et nostalgie, tout en cultivant leur amertume à l’idée de ce que le groupe aurait pu faire d’autre.

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