William H. Macy

Pour l’amour de la dramédie

Pour bien des gens, William H. Macy sera à jamais Frank Gallagher, le patriarche déjanté qu’il incarne dans la série Shameless depuis plus de sept ans. De Fargo à Magnolia en passant par Boogie Nights, le talentueux acteur de 68 ans enchaîne également depuis deux décennies les sélections aux plus grandes cérémonies du septième art. Il nous fera découvrir ses talents d’humoriste à la salle Wilfrid-Pelletier lorsqu’il animera son tout premier gala Just For Laughs, le 29 juillet. William H. Macy a répondu aux questions de La Presse jeudi, entre deux tournages de Shameless.

Il s’agit de votre tout premier gala à Just For Laughs. Pourquoi avoir accepté de tenter l’expérience ?

Ce sera en effet ma toute première fois. Et je dois avouer que ça me fait peur. J’adore la comédie, mais je n’ai jamais fait de sketches ou de stand-up sur scène. Je me suis dit, pour ma première fois : pourquoi ne pas me mettre en compétition avec une salle pleine d’humoristes de talent ? Je vais essayer. On verra bien ! Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire ? Je préfère ne pas y penser !

Comment se prépare-t-on à un tel exercice ?

Je vais commencer à écrire des blagues avec l’équipe d’auteurs de Just For Laughs, jusqu’à ce qu’on arrive à un texte plus précis. En théorie, je serai ensuite laissé à moi-même une fois sur scène ! Je crois que l’exercice auquel je me prépare est assez similaire à celui que je dois faire quand je monte sur scène lors d’une cérémonie comme les Golden Globes ou les Emmy Awards.

Quels humoristes aimez-vous ?

En ce qui concerne le stand-up, je connaissais bien Robin Williams et je le trouvais exceptionnel. J’ai eu la chance de faire un film avec lui [Being Human, de Bill Forsyth, en 1994] et on était amis. Je suis assez vieux jeu. Mais je dois dire que j’admire profondément les femmes et les hommes capables de rester debout sur scène comme ils le font. Même s’ils ont une routine qu’ils exécutent chaque soir, il y a au moins 30 % où ils suivent leur instinct et improvisent. Je trouve incroyable leur capacité à le faire. Être un humoriste est un hybride : tu es à la fois l’auteur, l’acteur et le réalisateur ! C’est exceptionnel.

Comment définissez-vous votre sens de l’humour ?

J’ai tendance à aimer l’humour assez intellectuel. Je crois beaucoup plus aimer la comédie de situation que les blagues. J’ai un penchant pour les scènes très sérieuses avec une touche de burlesque en plein milieu ! Je crois que le terme qui convient pour définir ce style est la « dramédie ». J’ai déjà essayé de faire un film censé être une comédie et j’ai trouvé ça extrêmement difficile. C’est une toute petite cible à atteindre et un défi qui ne pardonne pas. Le test est : est-ce qu’ils rigolent ? Si c’est le cas, tu as gagné. Sinon, c’est raté ! Quand tu joues un drame, il y a plus de place à la subjectivité. Pendant toute ma carrière, même dans les scènes les plus dramatiques, j’ai toujours eu tendance à essayer de trouver la dramédie en elles. Peut-être parce que je vieillis, mais j’ai envie de rire ! J’ai besoin de ça.

Vous êtes en plein tournage de la neuvième saison de Shameless. Comptez-vous apporter un peu de votre personnage de Frank Gallagher sur scène ?

J’aimerais pouvoir dire qu’il reste encore une différence entre William H. Macy et Frank Gallagher !

Comment se passe le tournage ?

Je viens de tourner et de réaliser l’épisode 5. J’ai vécu un moment incroyable. Quelle équipe, quelle distribution et quel scénario ! J’ai eu la plus belle expérience de ma carrière en tant que réalisateur. Une fois encore, c’est à la fois une comédie et un drame, mon mélange préféré. Il y a un vieil adage à Hollywood qui dit : si tu veux faire rire les gens, raconte-leur quelque chose de triste en premier. Et si tu veux les rendre tristes, lance-leur quelques répliques de comédie légère au beau milieu d’une scène juste avant que le téléphone sonne pour annoncer que tout le monde est mort dans un accident d’avion. Et Shameless fait tout cela très bien !

Pouvez-vous dévoiler quelques éléments de la nouvelle saison ?

Seulement sept ou huit épisodes sont déjà écrits. On ne sait jamais trop d’avance ce qui va arriver en tant que comédien. Tout ce que je peux dire, c’est que Frank a de nouveau des problèmes au foie et qu’il ne pourra plus jamais boire, je pense. Mais il continue à faire tout le reste ! Une nouvelle femme fait son entrée dans la vie de Frank. Il a tendance à aimer les femmes un peu folles, et c’est encore le cas.

Après sept ans dans la peau de Frank Gallagher, est-ce que des spectateurs ont tendance à vous confondre avec lui dans la vie ?

Les gens sont souvent mélangés dans leurs émotions. Après avoir vu les choses affreuses que Frank a pu faire à ses enfants, des personnes que je rencontre me disent qu’elles adorent la série, mais me détestent ! Mais c’est un peu l’histoire de ma carrière, j’ai joué pas mal de personnages qui ont tendance à rendre mal à l’aise. Et je suis assez habile pour les faire aimer, pour que le public se sente tellement mal qu’il ait de l’empathie pour eux !

Que représente Frank Gallagher dans votre carrière ?

J’aime profondément Frank. Je vis à ses côtés depuis près de 10 ans. Il a fait de moi un meilleur acteur, car il me permet de travailler très souvent. Il est si méprisable, pourtant, les gens l’aiment. C’est un rôle incroyable, je suis le gars le plus chanceux de Hollywood !

Vous venez de réaliser un épisode de Shameless, mais avez également réalisé trois films indépendants au cours de votre carrière. Est-ce un métier que vous aimez autant que celui d’acteur ?

Je suis un petit nouveau dans le monde de la réalisation et c’est un métier très difficile. Ne dites pas cela aux autres acteurs, mais jouer est un métier pas mal plus facile. Tu as une armée de personnes autour de toi qui s’assurent que tu es heureux et que tu as tout ce dont tu as besoin. Les responsabilités qui reposent sur les épaules des acteurs ne sont rien par rapport à celles des réalisateurs. J’aime déterminer la manière de raconter l’histoire et être entouré d’acteurs. Quand j’ai commencé à réaliser, je suis retombé amoureux du métier. Tu as une vue incroyable sur l’immense machine qui bâtit des films ! Des centaines de personnes qui s’affairent toutes ensemble, dans la même direction. C’est magique !

Êtes-vous plus série télé ou cinéma en ce moment ?

C’est difficile de ne pas aimer la télévision. C’est l’âge d’or des séries. Il y a 15 ou 20 ans, toutes ces histoires n’auraient pas pu être racontées. On a aujourd’hui un nombre incroyable de plateformes pour le faire. On apprend tellement en écoutant les histoires de toutes ces personnes différentes. Je crois que c’est bon pour nous en tant qu’espèce. La série d’aujourd’hui est le film indépendant d’hier, où on se permettait d’expérimenter, de travailler autrement. Maintenant ça se passe à la télévision. Je suis fou du petit écran en ce moment, même si j’aime toujours les longs métrages où on peut prendre le temps de faire les choses avec un plus gros budget.

Quels sont vos projets ?

Je tourne dans Shameless pendant les six prochains mois. Je crois que la série devrait être renouvelée encore une ou deux années. Après ça, je me vois bien jouer dans une nouvelle série ! Sinon, je devrais tourner un film l’hiver prochain. Je vais être occupé encore un moment, mais je me vois également bien m’asseoir un peu et prendre du temps pour moi.

The William H. Macy Gala, le 29 juillet à 19 h à la salle Wilfrid-Pelletier, avec Piff The Magic Dragon, Nile Seguin, Nour Hadidi, Josh Blue et Paul Chowdhry.

La neuvième saison de Shameless sera diffusée sur Showtime dès septembre. Les précédentes saisons de la série sont offertes sur Netflix.

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