Tuerie à Fredericton

« C’est le pire moment à vivre »

Deux policiers et deux civils ont été tués par balles dans un quartier tranquille de la capitale du Nouveau-Brunswick

FREDERICTON — Devant le quartier général de la police de Fredericton, les passants déposaient des fleurs hier. Des dizaines de bouquets, des cartes de souhaits, des mots d’encouragement.

Un bouquet sortait du lot. Il n’était pas plus grand que les autres. Mais il était plus personnel. « Robb, tu es un héros à jamais. On sera là pour Jackie. Avec amour pour toujours l’ami. » Un couple l’avait signé.

« Robb », c’est Robert Costello, ce policier de 45 ans, père de quatre enfants, tué par balle hier lors d’une intervention. Jackie, c’est Jackie McLean, sa compagne. Elle a reçu la visite de policiers qui lui ont annoncé que son conjoint était mort.

Costello et sa collègue Sara Mae Helen Burns, 43 ans, mère de trois enfants, ont été tués lors d’une intervention qui a mal tourné. Deux civils, un homme et une femme que les autorités n’ont toujours pas identifiés, ont aussi perdu la vie.

Un homme de 48 ans a été arrêté. Il est l’unique suspect.

« C’est le pire moment à vivre pour n’importe quel chef de police, de devoir aller annoncer cette nouvelle », a affirmé, défaite, la chef de police de Fredericton, Leanne Fitch.

À Fredericton hier, c’était l’incompréhension. Une conférence de presse de la police en après-midi n’a pas permis de répondre aux nombreuses questions en suspens : s’agit-il d’un crime passionnel ? Quelle arme a été utilisée ? Qui est cet homme de 48 ans ? A-t-il des antécédents judiciaires ?

Banlieue tranquille

La fusillade a eu lieu dans un quartier sans histoire de Fredericton. Le Northside, c’est la banlieue tranquille, séparée du centre-ville par le fleuve Saint-Jean.

Un peu après 7 h, Sterling Brown, 54 ans, préparait son petit-déjeuner dans son bungalow propret de l’avenue Oakland, une artère ombragée bordée de chênes matures. Il a soudainement entendu des bruits de détonation.

« Je pensais que c’était un couvreur en train de tirer des clous. Je trouvais qu’il était tôt pas mal. Mais la fréquence a augmenté, et j’ai compris que c’étaient des coups de feu. »

— Sterling Brown

Il en a compté quelques-uns au début, moins de cinq. Puis une douzaine dans l’heure qui a suivi. Les bruits venaient du bout de sa rue, à l’intersection de la promenade Brookside, où se dressent des immeubles d’habitation.

Une autre voisine, Lisa Jonsson, 43 ans, note que le quartier est extrêmement calme, mais ajoute qu’elle a souvent vu des véhicules d’urgence stationnés devant ces immeubles.

« Quand j’ai entendu qu’il y avait une fusillade à côté de chez moi, j’ai tout de suite pensé à cet immeuble », dit-elle.

Les premiers sur la scène

La police de Fredericton a reçu des appels vers 7 h 10 rapportant les coups de feu. Costello et Burns ont été les premiers sur la scène du crime, a expliqué la Force policière de Fredericton. Ils ont vu les deux autres victimes gisant par terre. C’est en s’approchant qu’ils ont été touchés par balle.

Il a fallu deux heures pour que finalement, à 9 h 30, les renforts réussissent à pénétrer dans l’appartement et à arrêter le suspect. Celui-ci, grièvement blessé, a été conduit à l’hôpital.

Le quartier a été entièrement bouclé jusqu’à 11 h environ. « On nous a dit de ne pas sortir de chez nous, raconte Sterling Brown. C’était effrayant, il y avait des policiers qui couraient armés de fusils d’assaut. »

Des cordons policiers ceinturaient encore la promenade Brookside tard en soirée. Une cinquantaine de résidants des immeubles d’habitation ont été relogés par la Croix-Rouge pour la nuit.

Cette tuerie a ravivé des souvenirs difficiles pour la province. En juin 2014, un tireur avait abattu trois policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Moncton. Pour ces meurtres, Justin Bourque a écopé de la plus longue peine d’emprisonnement de l’histoire canadienne moderne : 75 ans sans possibilité de libération.

D’après les plus récentes données de Statistique Canada, 28 policiers ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions au Canada entre 2000 et 2016, dont 6 au Québec.

Durant cette même période, dans les provinces de l’Atlantique (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador et l’Île-du-Prince-Édouard), on dénombre trois morts. Il s’agit des trois agents de la GRC qui ont été abattus à Moncton en 2014.

Un débat à rouvrir ?

Hier, le premier ministre du Nouveau-Brunswick a dit qu’il voulait remettre au premier plan le débat sur le contrôle des armes à feu.

« Nous n’avons pas vu beaucoup de ces genres d’incidents […]. Je ne dirais pas que ce débat, c’est quelque chose qui chauffe par ici. J’ose croire qu’après aujourd’hui, il va y avoir une discussion. »

— Le premier ministre Brian Gallant lors d’une entrevue à la radio de Radio-Canada

Lors d’un point de presse hier, la GRC et la Force policière de Fredericton ont refusé de donner des détails sur l’arme qu’aurait utilisée le suspect.

Rapidement, une veillée a été organisée en soirée dans une église anglicane du nord de la ville, non loin du lieu du drame. Plus de 200 personnes se sont réunies pour chanter et prier.

Le vice-premier ministre du Nouveau-Brunswick et député de Fredericton-Nord était parmi eux. Stephen Horsman a été policier à Fredericton pendant 25 ans. Il connaissait bien les deux policiers tués.

« Robb était un de mes hommes. Et je me rappelle le jour où Sara est venue me voir pour me dire qu’elle voulait devenir policière », a expliqué M. Horsman en entrevue avec La Presse, retenant ses larmes.

Doit-on rouvrir le débat sur le contrôle des armes à feu au pays ? Le vice-premier ministre s’est fait prudent.

« Je pense qu’on vit dans une ville de paix, une province de paix, un pays de paix. Pourquoi ça s’est passé ? On doit se poser la question, dit-il. Mais il est trop tôt pour que je me risque à répondre. »

— Avec Marissa Groguhé, La Presse

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