MONTRÉAL

Firme embauchée

Montréal ne disposant pas de l’expertise requise pour inspecter ces conduites, Montréal vient donc d’accorder un contrat de 550 000 $ sur deux ans à une firme de Calgary, Pure Technologies. L’entreprise prévoit ainsi ausculter 10 km de conduites, principalement sous le boulevard Pie-IX où est survenue la rupture majeure en octobre 2015, ainsi que sous la rue Adam. Le prix du contrat est 20 % plus élevé que prévu. Deux entreprises ont répondu à l’appel d’offres, mais l’autre soumissionnaire a été disqualifié après avoir obtenu un trop faible résultat à l’évaluation de ses compétences. Il ne s’agit pas du premier contrat d’inspection de Pure Technologies auprès de la Ville de Montréal. L’entreprise avait remporté en 2014 un contrat de 1,7 million sur trois ans pour la détection de fuites sur les conduites métalliques du réseau de distribution d’eau de la métropole.

Des conduites attaquées par le sel de déglaçage

Le pont Champlain n’est pas le seul à faire les frais du sel utilisé pour déglacer les routes. La Ville de Montréal a établi que c’est ce produit abondamment utilisé l’hiver qui a provoqué une fuite d’eau majeure il y a près d’un an dans Villeray, inondant plus de 200 logements. Craignant de nouvelles ruptures aux graves conséquences, la métropole a décidé de surveiller de plus près les tuyaux jugés à risque.

115 km

Les conduites de béton-acier problématiques représentent 15 % des 771 km de conduites principales du réseau de distribution d’eau montréalais. Le contrat d’inspection couvre donc un peu moins de 10 % d’entre elles. Ces tuyaux mesurent de 90 à 120 cm de diamètre. Rappelons que le réseau principal sert à transporter l’eau des usines de traitement aux réseaux secondaires, auxquels les maisons et commerces sont branchés. À noter, les 3600 km de conduites secondaires ne sont pas touchés puisque le réseau ne comporte pas de conduites en béton-acier.

Problème connu

Ce problème de corrosion n’est pas sans rappeler le cas du pont Champlain, dont les poutres se sont profondément dégradées en raison du sel utilisé pour déglacer sa chaussée. Le gouvernement fédéral a été forcé de lancer la construction d’un nouveau lien entre l’île et la Rive-Sud. La Ville de Montréal dit avoir constaté le même problème de corrosion sur ses conduites en béton-acier à la fin des années 80. La métropole a d’ailleurs changé ses façons de faire depuis 1988 pour installer des tuyaux dont la paroi en acier est plus épaisse et dotée d’un revêtement de protection. Mais pour les conduites installées avant cette date, la Ville a décidé à la suite de la rupture survenue en octobre 2015 dans Villeray de resserrer sa surveillance. Plutôt que de mener uniquement des inspections pour détecter les fuites, elle a entrepris d’inspecter l’épaisseur de leurs parois pour voir si elles ont été grugées par le sel et ainsi prévenir les ruptures.

CONDUITES FRAGILISÉES

L’enquête menée par le Service de l’eau à la suite de cette fuite majeure a permis d’identifier le grand responsable : le sel de voirie utilisé chaque hiver pour déglacer les rues de la métropole. La conduite ayant cédé est faite dans un mélange béton-acier. En somme, le tuyau tient en place grâce à un cylindre d’acier autour duquel des armatures en spirales sont enroulées. Or, « l’exposition des tuyaux à des agents agressifs provoque une perte d’épaisseur des parois. Une exposition prolongée à ces mêmes agents agressifs causera des fuites et un bris éventuel des tuyaux », peut-on lire dans un document de la Ville. En effet, même si les conduites se trouvent enfouies profondément sous terre, elles ne sont pas pour autant à l’abri. Lorsque la neige fond, l’eau gorgée de sel s’infiltre dans les fissures de la chaussée et corrode l’armature en acier des tuyaux.

ÉTONNANTE RUPTURE

Le 30 octobre 2015, des centaines de résidants de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension se réveillaient avec de l’eau dans leur sous-sol à la suite de la rupture d’une importante canalisation passant sous le boulevard Pie-IX. Montréal dit avoir reçu 210 réclamations de citoyens, soit le tiers des 663 demandes reçues l’an dernier à la suite d’une rupture de canalisation. Un avis d’ébullition avait dû être émis pour 70 000 Montréalais alimentés par cette conduite. La facture pour réparer la conduite sur 15 m avait coûté 285 000 $. Cette fuite majeure avait pris la Ville par surprise puisque la conduite ayant cédé datait de 1961 et était loin d’avoir atteint sa durée de vie utile de 90 ans. Elle avait de plus fait l’objet d’une inspection en 2012.

SIX FUITES PAR JOUR

On recense en moyenne six ruptures de canalisation par jour à Montréal, selon les chiffres de la Ville. Malgré la multiplication des travaux pour réhabiliter les infrastructures souterraines de la métropole, la situation ne s’améliore pas. L’année 2015 a même été celle ayant connu le plus de fuites depuis 2010. Et 2016 ne montre pas de signe d’accalmie. Au début du mois d’août, on recensait déjà 1093 ruptures.

— Avec William Leclerc, La Presse

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