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La carrière de Simon Després a déraillé il y a deux ans. Aujourd’hui, sa simple présence au camp du Canadien relève du miracle. « Je reviens de loin », dit-il. Explications.

Simon Després

« J’ai frappé le fond du baril »

Hier matin, pendant un entraînement du groupe A, au camp du Canadien, Simon Després participait à un exercice à cinq contre cinq en zone offensive.

Le voici en possession de la rondelle à la ligne bleue. Un rival s’approche, et Després pivote sur lui-même avant de continuer son chemin le long de la rampe, puis de remettre la rondelle à un coéquipier derrière le but.

Le genre de geste qu’un défenseur de 6 pieds 4 et 233 livres n’a pas l’habitude de faire. C’est pourquoi Claude Julien l’a remarqué.

« Pour un joueur de sa taille, c’est assez impressionnant. En général, des gars de cette grosseur ne sont pas aussi mobiles. »

— Claude Julien, entraîneur-chef du Canadien

En un instant, on a vu pourquoi Després avait été repêché au premier tour en 2009, et pourquoi, aujourd’hui, il suscite encore la curiosité.

Des détours

Oublions la feinte et les habiletés un moment. La simple présence de Després au camp du Canadien – il a en poche un essai professionnel, donc toujours pas de contrat pour la saison – relève du miracle.

Les circonstances demeurent nébuleuses, mais sa carrière a déraillé il y a deux ans. Il n’a disputé qu’un match en 2016-2017 et a passé le reste de la saison sur la liste des blessés, officiellement en raison d’une commotion cérébrale. Les Ducks ont toutefois racheté son contrat à la fin de la saison, soulignant qu’il était « dans l’intérêt des deux camps de prendre des chemins séparés ». Bill Daly, commissaire adjoint de la LNH, avait évoqué à l’Orange County Register des « circonstances uniques » pour décrire la complexité de la situation.

À Louis Jean, de TVA Sports, Després a admis que des problèmes de consommation l’avaient hanté. Ceux qui côtoyaient le jeune homme à l’époque soulignaient qu’il ne semblait pas toujours cohérent.

Tout le contraire du Després qu’on a rencontré hier, qui s’est ouvert aux médias malgré une certaine timidité, et qui a même fait rire son public. « J’ai adoré mon expérience en KHL, mais je travaille fort pour ne pas y retourner ! », a-t-il lancé.

« On peut dire que j’ai frappé le fond du baril, a-t-il raconté. Je reviens de loin, mais j’y vais un jour à la fois. »

« Je suis content d’être simplement ici. C’est un exploit pour moi. J’ai espoir de réaliser de belles choses cette année. »

— Simon Després

« Je me suis entraîné fort cet été. J’ai fait les bons choix. J’ai réduit mon cercle d’amis. Mes amis, c’était ceux avec qui je m’entraînais au gym. »

Un pari gagnant ?

Després s’est pris en main la saison dernière, en apportant une multitude de changements dans son environnement. Finis, les réseaux sociaux. Il a ajouté le yoga à ses habitudes de vie. C’est sans oublier un séjour en Slovaquie, où il a porté les couleurs du Slovan de Bratislava, en KHL, dans l’espoir de relancer sa carrière, tout en ajoutant une expérience de vie à son bagage.

« Les villes en Russie sont très pauvres, ça m’a ouvert les yeux, ça m’a fait apprécier ce qu’on a ici au Québec. Tu vas faire l’épicerie, il n’y a pas beaucoup de fruits ou de légumes », cite-t-il en exemple.

Après un été d’entraînement rigoureux, il est revenu dans ce qu’il juge être la « meilleure forme » de sa vie, sur les plans tant physique que psychologique. Ceux qui l’ont croisé ces derniers mois confirment d’ailleurs ses propos.

Sur la glace, son défi consistera à prouver qu’il peut aider le flanc gauche de la défense du Canadien, le maillon faible de l’équipe la saison dernière. Si ça doit d’abord passer par Laval ? « J’ai un condo juste à côté de la place Bell », réplique-t-il.

« Je sais aussi qu’il y a 30 équipes qui vont me regarder. Mon premier choix, c’est le Canadien, mais c’est aussi une vitrine. Je suis prêt à rester patient. »

Le Canadien

Une défense à remodeler

Les problèmes offensifs qui ont plombé le Canadien la saison dernière étaient prévisibles. À force de perdre des joueurs créatifs sans les remplacer, les effets allaient finir par se faire ressentir. En défense, cependant, on pouvait s’attendre à une certaine baisse de régime, mais jamais dans les proportions atteintes l’an dernier. Voilà que Claude Julien se retrouve essentiellement avec le même personnel, tout en souhaitant un résultat différent.

25e

D’abord, un rappel. Le Tricolore 2017-2018 a accordé 258 buts. Seules six équipes ont été plus généreuses, et vous aurez deviné que ces équipes, comme le Canadien, étaient représentées dans le boulier pour obtenir le premier choix au repêchage. En désavantage numérique, c’était carrément catastrophique : un taux d’efficacité de 74,1 %. Depuis le lock-out de 2005, seules deux équipes ont présenté un pire rendement : les Islanders la saison dernière (73,2 %) et les Stars en 2016-2017 (73,9 %).

10 sur 10

Quatorze défenseurs ont disputé au moins un match avec le CH la saison dernière. Du lot, quatre sont partis en cours de saison : Mark Streit (fin de contrat), Brandon Davidson (ballottage), Jakub Jerabek et Joe Morrow (échangés). Les 10 autres participent tous au présent camp d’entraînement. Pour qu’il y ait du roulement de personnel, il faudra donc qu’un jeune ou que les vétérans Simon Després ou Xavier Ouellet délogent un membre permanent de l’unité. Parce qu’il amorce sa dernière année de contrat, avec un salaire modique (1,1 million de dollars), Jordie Benn paraît particulièrement vulnérable, s’il devait connaître des difficultés au camp.

49

Quand on parle d’un groupe semblable à l’an dernier, c’est vrai jusqu’à l’infirmerie. C’est là que Shea Weber a passé les 49 derniers matchs de la dernière saison. C’est aussi là qu’il passera une bonne partie de la première moitié de la saison, en raison d’une opération à un genou. En son absence, la production offensive des défenseurs passait exclusivement par Jeff Petry. Ce dernier a empilé 31 points pendant lesdits 49 matchs. Derrière lui ? Karl Alzner et Mike Reilly avec… 8 points ! Notons toutefois que Reilly n’a disputé que 19 matchs, puisqu’il a été acquis en fin de calendrier.

24

Le cas de Petry mérite qu’on s’y attarde. Le grand défenseur a vu son temps d’utilisation moyen grimper à 24 minutes, lui qui n’avait jamais affiché une moyenne supérieure à 22 minutes auparavant. « Du côté offensif, Jeff a été très bon, a expliqué Claude Julien, hier. Il a peut-être été surutilisé et la fatigue, que ce soit à la fin d’un match ou pendant la saison, l’a rattrapé. Dans les plus et moins, ça a été difficile pour lui. Mais il n’avait pas l’habitude d’affronter les meilleurs trios. L’an passé, ça a été une grosse responsabilité pour lui. Les entraîneurs, on se dit qu’on doit faire des ajustements pour s’améliorer. Un joueur aussi regarde sa saison et se dit qu’il doit faire de meilleures choses pour connaître une meilleure saison. »

- 30

La saison dernière, Petry a établi un sommet personnel avec 42 points. Mais il a aussi présenté un différentiel glacial de - 30 (seuls deux défenseurs dans la LNH ont montré une pire fiche). Entre les deux chiffres, Petry retient surtout le négatif. « Ce sont deux statistiques qui ressortent. En l’absence de Shea, j’ai eu beaucoup de temps en avantage numérique, ce qui m’a aidé à produire. J’ai aussi joué plus de minutes, et c’est pourquoi je dois m’appliquer davantage en défense sans abandonner mon attaque. Je dois d’abord défendre mon territoire puis passer en transition, faire la première passe et appuyer l’attaque, sans tricher. »

20 et 21

Ce ne sont que deux entraînements au camp, donc attendons avant de sauter aux conclusions. Mais dès l’ouverture du camp, Julien a jumelé Victor Mete et Noah Juulsen, respectivement 20 et 21 ans, au sein d’un même duo. Les deux jeunes ont constitué des surprises la saison dernière et sont, avec Petry, les meilleurs patineurs du groupe de défenseurs. Il sera intéressant de voir comment Julien jonglera avec ses duos. Malgré son statut de recrue, Juulsen a parfois semblé aider le vétéran Karl Alzner à faire bonne figure. On verra s’il réunira ce duo. Petry joue surtout avec Benn jusqu’ici, mais on doute que le défenseur barbu puisse appuyer Petry dans des confrontations corsées. « Certains joueurs sont capables d’être meilleurs que l’an passé, a dit Julien. Si certains sont plus fiables, on va trouver un partenaire pour Petry. S’il doit affronter les meilleurs trios, on va trouver un partenaire qui pourra l’aider. »

Le Canadien

Lindgren contre Niemi

D’un côté, Charlie Lindgren, de l’autre, Antti Niemi. Deux gardiens qui ont en poche un contrat de la LNH, deux gardiens qui ont connu des hauts et des bas la saison dernière. 

Surtout, deux gardiens qui convoitent le même rôle, celui d’adjoint de Carey Price. 

Claude Julien a donné deux réponses fort révélatrices hier au sujet de la lutte à prévoir, certainement l’une des plus intéressantes du présent camp du Canadien. 

La première : « Il y a une lutte. Même si on a offert un contrat à Niemi, si l’un est très supérieur à l’autre, on va toujours prendre le meilleur. Il ne faut pas dire que Lindgren a raté sa chance. Il fait encore partie de notre équipe et on sait ce dont il est capable. » 

La deuxième : « Je ne m’en cacherai pas, Niemi a peut-être une petite longueur d’avance. Il a démontré l’an passé qu’il était très solide. » 

« Très supérieur » et « Niemi a une longueur d’avance »… Lire entre les lignes que Lindgren devra être absolument sublime pour devancer son coéquipier devenu rival. 

Voilà le principal argument de vente de Niemi : la saison dernière, alors que Lindgren sombrait avec le Rocket et le Canadien, le Finlandais, lui, relançait sa carrière. Jusqu’à forcer Marc Bergevin à lui accorder un nouveau contrat. S’établissant à ,822 à son arrivée à Montréal, il a fait grimper son taux d’efficacité à ,911. C’est exceptionnel dans les circonstances, surtout pour un gardien que tout semblait destiner à la retraite. 

Difficile d’oublier qu’au début de la saison, pendant que Lindgren blanchissait les Blackhawks de Chicago et se révélait au monde, Niemi était ballotté d’une équipe à l’autre. Mais les événements se sont bousculés. Lindgren a perdu de sa superbe en mars, lors d’un deuxième rappel par le Canadien, accordant à un certain moment 20 buts en quatre matchs. Dans la Ligue américaine, sa fiche s’est établie à 8-19-9, avec une moyenne de 3,39 et une efficacité de ,886. Bref, l’état-major du Canadien a eu des doutes, et nous voici aujourd’hui avec une lutte entre gardiens. 

Lindgren était au Minnesota quand il a appris que Niemi avait, lui aussi, signé un contrat avec le Canadien.  

« Il n’y a pas eu un moment [après la signature de mon contrat en février] où j’ai senti que j’étais rendu à destination. Il ne faut jamais être complaisant. Il ne faut jamais être satisfait. Je suis encore jeune. Quand j’ai signé, j’étais à Laval. Chaque match, chaque entraînement, c’était une bagarre. Mon objectif est de m’améliorer chaque jour, pas de me dire que j’ai accompli quoi que ce soit. Ce contrat de trois ans ne veut rien dire. » 

Des changements

Lindgren comprend exactement dans quelle situation il est. Il sait aussi qu’il peut être retourné au Rocket de Laval sans passer par le ballottage, ce qui, évidemment, joue en sa défaveur. C’est pour cette raison qu’il s’est imposé quelques changements à sa routine. 

Généralement, l’été, Lindgren est l'une des valeurs sûres de la Da Beauty League, ligue du Minnesota regroupant une kyrielle de joueurs de haut niveau. Les Brock Nelson, Jake Guentzel, Alex Goligoski, Nate Schmidt et Alex Stalock y étaient. Cet été, contrairement à ce que prévoyait son plan à l’origine, Lindgren a toutefois décidé de faire l’impasse. 

« C’est une décision que j’ai prise pour moi. J’ai voulu approcher ma préparation, je ne peux pas dire plus sérieusement, mais quand je suis sur la glace, je dois faire les choses pour moi. La Da Beauty League, c’est une bonne ligue, mais c’est du quatre contre quatre. Je sentais que j’y développais de mauvaises habitudes. »

« Chaque fois que j’ai touché à la glace cet été, c’était avec un objectif clair. Sur les plans mental et physique, je me sens au sommet. » 

— Charlie Lindgren

Il a donc préféré s’adonner à des séances privées avec un entraîneur des gardiens. Il a aussi perdu un peu de poids, même s’il n’en avait pas nécessairement en trop, pour améliorer sa fluidité. « Je me sens plus léger, plus fort, et mes mouvements sont plus efficaces. » 

Aussi, à la différence de nombreux membres de sa génération, le jeune homme de 24 ans s’est coupé des réseaux sociaux pour éviter les distractions. Il n’a pas éliminé ses comptes, mais on est loin de P.K. Subban côté divertissement, disons. Il a tweeté une seule fois durant la dernière année, pour sensibiliser à une initiative de ses parents après la tragédie à Humboldt. Rien à signaler non plus du côté d’Instagram. 

« J’ai quitté tout ça en janvier. Je ne dirais pas que c’est le problème de notre génération, mais les gens passent tellement de temps sur leur téléphone […] Je pense que ça ne vaut pas la peine de penser toujours à ce qui se passe à l’extérieur. Concentre-toi sur toi-même. C’est bon pour l’esprit. Ça ne mérite pas que je perde mon temps. J’aime mieux lire un livre ou faire quelque chose d’utile. » 

Au fait, Lindgren a glissé en fin de conversation qu’il voulait déménager à Montréal. Ça aussi, ça en dit beaucoup sur son état d’esprit.

Le Canadien

Kotkaniemi doit se méfier… des médias 

Après un premier match des recrues en demi-teinte, Jesperi Kotkaniemi a retrouvé un peu plus d’assurance au cours des derniers jours. À l’entraînement hier, il était encore flanqué de son compatriote finlandais Artturi Lehkonen. Ce dernier admet qu’il sert parfois d’interprète pour aider Kotkaniemi à comprendre les instructions de l’entraîneur. « Il est intelligent et il comprend vite, a dit Lehkonen. Je lui ai dit d’essayer d’apprendre les trucs le plus rapidement possible pour suivre les autres. C’est un camp pour hommes et il a assurément le talent qu’il faut. » Kotkaniemi, lui, nous a révélé le conseil que lui avait donné Lehkonen : « Méfie-toi des médias. » Ça a le mérite d’être clair…

Le Canadien

Rouges contre Blancs 

Le Canadien disputera cet après-midi son célèbre match intraéquipe « Rouges contre Blancs ». Il y aura 21 joueurs de chaque côté, dont quatre trios d’attaquants et sept défenseurs. Les joueurs qui ne sont pas convoqués pour l’affrontement s’entraîneront en matinée. Claude Julien ne sera pas derrière le banc, mais il aura beaucoup à observer d’où il sera perché. « Je vais regarder si une certaine chimie se développe entre certains joueurs. Je vais aussi évaluer les joueurs que je connais moins en situation de match. Il y a beaucoup de choses que je peux retirer de ce match. » 

Réduction de personnel jeudi 

Le Canadien vivra une semaine fort chargée. Ça commence aujourd’hui avec le match Rouges contre Blancs. Puis demain, les Devils du New Jersey seront en ville. Repos mardi, puis match mercredi contre les Panthers de la Floride, avant de se déplacer du côté de Québec pour affronter les Capitals de Washington jeudi. Bref, quatre matchs en cinq jours. Après… ce sera le moment des réductions de personnel. « C’est probablement le plan, a confirmé l’entraîneur. On verra de combien. Si certains me forcent à les garder, je vais les garder, sinon on va couper plus rapidement. » 

Lehkonen divertissant 

Si Artturi Lehkonen n’a jamais été reconnu pour son exubérance, il devient une tout autre personne sur les réseaux sociaux. Il a passé l’été à documenter sur Instagram une rivalité en 10 rounds avec son ami Santeri Nieminen appelée « #ArsiVsNipa ». Soccer, badminton, CrossFit, athlétisme, tout y est passé. Même l’escrime ! « Il s’est occupé de tout. On a essayé plein de sports que nous n’avions jamais pratiqués. J’ai perdu seulement le dernier round. L’escrime était étonnamment difficile. Il a failli me battre, mais j’ai trouvé le moyen de gagner. » Lehkonen admet qu’il a eu besoin de s’éloigner un peu du hockey et de se retrouver chez lui en Finlande, entouré de famille et amis, après une dernière saison pénible pour tout le monde. 

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