Opinion : Réseau de la santé

Moins bien traités que nos animaux domestiques

Ce matin, juste pour voir, j’ai fait une petite recherche rapide sur les normes légales entourant les hôpitaux vétérinaires. Je me demandais si les soins aux animaux de compagnie étaient mieux encadrés légalement que ceux offerts aux humains dans le réseau de la santé, de leur naissance à la fin de leur vie.

Je ne veux pas devenir cynique, autant pour préserver ma propre santé mentale que pour rester lucide dans cette lutte à long terme, mais la question de la dignité de ceux et celles qui évoluent dans le réseau de la santé, soignants comme soignés, me semble largement mise à mal.

Et je peux dire que les résultats de ma petite recherche me font dire que nous sommes moins bien traités que nos animaux domestiques. Regardons-y de plus près.

L’Ordre des vétérinaires du Québec, dans un document sur les normes minimales à respecter dans les hôpitaux vétérinaires, mentionne les règles suivantes : 

1.9. L’hôpital doit retenir les services d’un personnel de soutien adéquat et compétent afin d’assurer les services offerts.

11.10. Tout animal hospitalisé pour des soins médicaux : 1. doit être examiné par un médecin vétérinaire au moins une fois par jour ; 2. doit être vu par le personnel technique au moins deux fois par jour ; 3. doit avoir sa cage nettoyée au moins deux fois par jour et au besoin ; 4. doit être sorti au moins deux fois par jour s’il s’agit d’un chien et que sa condition le permet.

On reconnaît également aux animaux le droit d’être soignés dans des lieux propres ; ainsi que l’importance de l’exercice et du contact régulier avec des professionnels de soins.

Des normes somme toute pleines de bon sens, mais qui semblent utopiques pour plusieurs institutions de notre réseau. Évidemment, notre réseau de santé est plus grand, public (heureusement) et plus complexe que le monde des hôpitaux vétérinaires, mais le droit à être soigné dans la dignité représente une valeur fondamentale plus qu’une forme de gestion, n’est-ce pas ?

Je suis infirmière. Je ne travaille plus dans le réseau depuis quelques années, car la situation m’y semblait déjà à l’époque intenable. Je me suis donc tournée vers la recherche et l’enseignement. Mon parcours universitaire m’a permis d’articuler beaucoup des frustrations ressenties pendant mes années comme infirmière soignante et d'avoir prise sur cette espèce de vague à l’âme qui décime nos rangs actuellement.

À bout de souffle

C’est désormais presque un lieu commun : les infirmières et leurs collègues sont complètement à bout de souffle. Notre système de santé public est géré comme une industrie privée et place les soins dans la colonne « dépenses », avec la visée de soustraire toujours plus de chiffres, chiffres qui représentent pourtant du temps et du travail de soin essentiel.

J’aimerais clarifier deux ou trois choses relatives à cette mauvaise situation : 

1. La pénurie de personnel n’est pas la faute des infirmières. Il faut arrêter de vouloir la régler en leur faisant payer le prix à coups de temps supplémentaire obligatoire et de sanctions pour qu’elles restent silencieuses face aux conditions alarmantes du réseau ;

2. La crise en santé est le résultat d’au moins deux décennies de coupes faites sur le dos des patients et des soignants et résultant d’une planification désastreuse. Il est impératif et urgent que les décideurs en santé – du Ministère aux PDG, aux conseils d’administration des établissements – se responsabilisent ;

3. Une réglementation de la prestation des soins dans les hôpitaux pour humains est nécessaire pour empêcher que de constantes coupes continuent de miner les soins.

La FIQ a raison de faire pression pour adopter une loi sur les ratios, mais nous avons besoin de plus que ça.

Il faut reconnaître que les patients ont des droits, que dans le système actuel, leurs droits et leur dignité sont souvent menacés.

Pour assurer des soins dignes de ce nom, « l’hôpital doit retenir les services d’un personnel de soutien adéquat ». Je ne pensais jamais en arriver à citer des normes vétérinaires pour parler du réseau de la santé, mais voilà, c’est là qu’on est rendu, on dirait.

Il faut se pencher sérieusement sur l’état de notre réseau et surtout sur l’impact sur les gens qui y travaillent et ceux qui y sont soignés. En plus de droits fondamentaux bafoués, on pourrait songer aux impacts sur la santé publique : des CHSLD où des résidants développent des maladies ou des plaies de lit qui nécessitent des hospitalisations subséquentes ; des erreurs de médicaments plus nombreuses ; des réhospitalisations dues à une maladie nosocomiale, etc.

Une personne hospitalisée, il faut la soigner au complet. On ne peut pas dire qu’on a « traité » une infection urinaire chez une personne âgée si l’hospitalisation est directement responsable de sa perte d’autonomie, par exemple. Les établissements du réseau de santé public devraient, en tout temps, être des endroits sécuritaires pensés pour permettre de guérir et d'aller mieux. Ça implique de consulter le personnel soignant pour s’assurer que tout est à notre disposition pour qu’on puisse effectuer notre travail. Mais c’est l’inverse qui se passe actuellement : les infirmières sont poussées à ne pas prendre leurs pauses ou à solliciter le travail gratuit des aidants naturels, entre autres. Cette façon de faire, ça ne mène nulle part.

Le personnel infirmier a assez donné. Le réseau ne tient que par l’extraordinaire compétence et bonne volonté des gens qui y travaillent. Au tour du ministère de la Santé et de tous les paliers décisionnels en santé de faire leur part. Lâchez la colonne « dépenses » à couper à chaque trimestre et développons ensemble une vision à long terme et humaniste du réseau. Des soins de qualité dans un système public, transparent et accessible, c’est un investissement dont le retour est garanti.

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