États-Unis

Deux entreprises du Québec en mission économique LGBT

La boutique de vêtements adaptés 3e Âge et l’agence de communication et de marketing TUX participeront à la première mission économique LGBT canadienne, dirigée par le ministre de la Diversification du commerce international Jim Carr. Du 14 au 17 août à Philadelphie, aux États-Unis, ils rencontreront des donneurs d’ordres qui ont adopté un programme de diversité des fournisseurs.

Une occasion exceptionnelle

La propriétaire de la Boutique 3e Âge, à Saint-Lambert, ne cache pas son enthousiasme à l’idée de se retrouver à la Conférence internationale des affaires et du leadership de la National LGBT Chamber of Commerce à Philadelphie. C’est le plus grand évènement au monde organisé pour le milieu des affaires LGBT.

« C’est une vitrine exceptionnelle pour moi. Je suis dans une niche bien précise qui chevauche les vêtements et la santé. »

— Christiane Laurin, propriétaire de la Boutique 3e Âge, en entrevue avec La Presse

Christiane Laurin vend des vêtements destinés aux personnes en perte d’autonomie lourde qui ne peuvent plus s’habiller seules. Ses produits ingénieux facilitent la vie des préposés et des infirmières dans les centres pour personnes âgées et les CHSLD. La mission économique lui permettra de présenter son savoir-faire auprès d’acheteurs et de fournisseurs internationaux. L’évènement devrait attirer pas moins de 1300 entrepreneurs, décideurs d’entreprises, dirigeants de chambres de commerce et représentants gouvernementaux venus de partout dans le monde.

« Je suis dans un créneau auquel personne n’a voulu s’attaquer, précise-t-elle. Et mon fournisseur principal est une entreprise d’économie sociale. Ça ne prenait qu’une personne gaie comme moi, qui pense dans la marge et qui dit que ça se peut. »

Une certification méconnue

L’agence de communication, marketing et design TUX fait déjà un tiers de son chiffre d’affaires aux États-Unis depuis sa création. Or cette mission économique LGBT lui permettra de rencontrer de grandes entreprises américaines qui ont adopté un programme de diversité des fournisseurs. Plusieurs d’entre elles ont même intégré ce concept dans leur modèle d’affaires. À compétence et produit égaux, ces services du recrutement et des achats favorisent les entreprises dont les propriétaires sont des femmes, des minorités visibles ou des gens issus de la communauté LGBT.

« Aux États-Unis, c’est un gros mouvement, c’est bien établi, explique Dominic Tremblay, cofondateur et président de l’agence TUX. Ici au Canada, les entreprises sont très peu informées et concernées par ce genre de recrutement et de processus. Ce n’est jamais arrivé qu’on me pose cette question-là. Nous, on en parle, parce qu’on a été certifiés et qu’on trouve que c’est important. »

Dominic Tremblay est d’ailleurs déçu qu’il n’y ait pas de politique claire au sujet de la diversité des fournisseurs lorsque les gouvernements attribuent des contrats.

« Au Québec, où 50 % de la machine économique est de l’État, ça devrait être encore plus important et ce ne l’est pas du tout. On travaille sur des appels d’offres gouvernementaux et je ne suis pas sûr qu’ils sont au courant que ça existe [la certification LGBT]. »

Un pas de plus vers la diversité

De son côté, Richard Martin, de la Chambre de commerce gaie et lesbienne du Canada, qui a été pressenti par le gouvernement fédéral pour organiser la mission, croit que ce sera un évènement instructif autant pour le gouvernement que pour les entreprises canadiennes. Au total, une quinzaine d’entreprises s’envoleront pour Philadelphie la semaine prochaine.

« Le gouvernement fédéral n’a pas de politique précise de diversité des fournisseurs, mais le fait de vouloir diriger une mission commerciale LGBT favorise cette prise de conscience, soutient Richard Martin. C’est la première fois dans l’histoire du Canada qu’un gouvernement décide d’organiser spécifiquement une mission commerciale LGBT. »

Selon M. Martin, le Canada n’est pas nécessairement en retard sur le reste de la planète, car le mouvement est déjà commencé dans les milieux d’affaires. Il cite les grandes banques canadiennes comme la RBC, la CIBC, la TD et BMO, qui offrent des programmes d’intégration et de diversité en milieu de travail.

« Il faut laisser le temps aux choses d’arriver. Il y a une quarantaine d’années, c’était les individus qui sortaient de la garde-robe, aujourd’hui, ce sont les entreprises qui sortent de la garde-robe. »

Qu’est-ce que la certification LGBT ?

C’est la Chambre de commerce gaie et lesbienne du Canada qui délivre la certification et s’assure qu’une entreprise et une personne soient véritablement membres de la communauté LGBT. L’entreprise doit être détenue, exploitée et contrôlée à 51 % par une personne issue de la communauté LGBT. Pour confirmer son appartenance à la communauté LGBT, le propriétaire d’une entreprise fournit son certificat de mariage avec une personne du même sexe. S’il est célibataire, il obtient la confirmation sous serment de gens de son entourage.

— Isabelle Dubé, La Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.