HOCKEY

Un baume pour les joueurs slovaques

TORONTO — Peu de gens auraient imaginé qu’Équipe Europe se retrouverait en si bonne position. Mais sa victoire de 3-2 en prolongation contre la République tchèque, hier après-midi, deux jours après un gain surprenant face aux États-Unis, permet à ce groupe incongru de rêver à une longue Coupe du monde.

C’est un baume pour les six Slovaques de cette formation, qui avaient dû d’abord digérer le fait que le tournoi ne leur avait même pas consenti d’équipe nationale. Soyons franc : dans l’état actuel des choses, une équipe entièrement slovaque n’aurait même pas rêvé d’aligner deux victoires et de se placer dans le siège du conducteur en vue des demi-finales.

Samedi, pour la mise en jeu initiale du premier match contre les États-Unis, Anze Kopitar était le seul membre d’Équipe Europe sur la glace à ne pas provenir de la Slovaquie. Autour de lui : Marian Hossa, Tomas Tatar, Zdeno Chara, Andrej Sekera et Jaroslav Halak.

Mais à l’exception de Marian Gaborik, qui était assis au banc, tout ce que la Slovaquie avait à offrir était sur la glace.

Les traces de l’équipe qui a remporté la médaille d’or au Championnat du monde de 2002, puis le bronze l’année suivante, se sont perdues avec les années. Il y a bien eu quelques surprises, comme cette troisième place au Mondial junior de 2015 ou la médaille d’argent au Championnat du monde de 2012. Mais le hockey slovaque est en déroute, et tous ceux qui le vivent ont l’air un brin résigné.

« Les Hossa et Chara ont grandi à une époque où nous avions plusieurs bons joueurs, observe le gardien Jaroslav Halak. Aujourd’hui, nos joueurs vieillissent et sont au bord de la retraite. Il s’est créé un gros trou derrière eux... »

Le DG d’Équipe Europe, Miroslav Satan, était capitaine de l’équipe slovaque à l’époque des grands succès internationaux. Il ne semble ni surpris ni particulièrement déçu de voir son pays privé d’une formation nationale à ce tournoi.

« Quand la nouvelle est sortie que la Slovaquie – mais aussi la Suisse et l’Allemagne – n’aurait pas sa propre équipe, je suis sûr qu’il y a eu une certaine déception, surtout pour les amateurs, a indiqué Satan. Mais du point de vue des organisateurs du tournoi, ils voulaient former les équipes les plus fortes possible et donner la chance de participer à des joueurs comme Kopitar, Zuccarello et Vanek, qui sont chacun le meilleur joueur de leur pays. »

DEPUIS LE COMMUNISME

On peut identifier une sorte de génération en or du hockey slovaque. C’est ce contingent de jeunes talents débarqués dans la LNH au milieu des années 90 et qui a attiré dans son sillon quelques dizaines d’autres Slovaques. C’était les belles années de Satan, de Peter Bondra, Zigmund Palffy et Pavol Demitra... Ces enfants du communisme avaient vu les portes de la LNH s’ouvrir devant eux une fois arrivés à l’âge adulte, un privilège que n’avaient pas eu les frères Stastny avant eux.

Marian Hossa est arrivé dans la LNH en 1998, dans la foulée de ce groupe de joueurs. Selon lui, la chute du communisme a eu un effet graduellement négatif sur l’état du hockey en Slovaquie, car l’État a cessé de le subventionner massivement.

« Nous étions les derniers gars de l’époque communiste quand pratiquement tout était gratuit, se souvient Hossa, qui est né en 1979. Les parents n’avaient pas à payer beaucoup d’argent comme ceux d’aujourd’hui. Il y avait beaucoup de compétition parce que tout le monde pouvait jouer, et seuls les meilleurs avançaient.

« De nos jours, il n’y a plus assez d’enfants parce que ça coûte trop cher. »

PENDANT QUE D’AUTRES ACCÉLÈRENT…

À peine 7 Slovaques ont disputé 40 matchs la saison dernière, le plus faible total en près de 20 ans. Mais surtout, aucune relève ne se pointe pour enrayer le problème.

« Ce n’est pas seulement une question de sport, mais aussi de politique, soutient le défenseur Andrej Sekera. Si des choses ne fonctionnent pas et qu’en réponse, l’État ne soutient pas correctement le hockey, ça devient difficile de diriger les jeunes vers le sport. »

Selon Gaborik, le pays a laissé les choses lui glisser des mains en matière de développement, d’apprentissage et de coaching.

« Tous les pays autour de nous ont mis la pédale sur l’accélérateur tandis que de notre côté, nous avons ralenti le processus. Espérons que l’arrivée d’un nouveau président à la tête de la fédération va relancer les choses et va nous aider à retrouver nos succès d’autrefois. »

— Marian Gaborik

Beaucoup plus cynique, Sekera dit n’avoir aucune illusion.

« Je ne vois aucun espoir. Même s’il y a du nouveau monde en place, ce sera encore la même chose, ils vont favoriser leurs intérêts personnels. C’est comme ça que ça fonctionne. Ils promettent des choses, mais ce sont des mots creux.

« Notre hockey n’est pas là où il devrait être, et nous en voyons les résultats. Nous avons encore quelques gars dans la LNH et dans les circuits européens, mais pour le moment, c’est ce qu’on peut offrir de mieux. Ça a du sens de nous jumeler à d’autres pays. »

Surtout quand ils présentent tous ensemble des résultats comme ceux qu’on voit en ce moment à la Coupe du monde !

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