Chronique

Votre commentaire est important pour nous !

Les commentaires que vous déposez sur les pages Facebook des émissions de télé québécoises ne tombent pas dans le néant. Je dévoile un secret du métier, ici : les diffuseurs les lisent, les producteurs les épluchent, et les auteurs les scrutent attentivement.

Vous avez du pouvoir, collègues téléphages. Sachez-le. Et quand vos remarques ne sombrent pas dans la bitcherie gratuite, elles résonnent encore plus fort dans les oreilles des décideurs.

En cette semaine de rentrée télé où plusieurs nouveautés ont été mises en orbite, nous avons été ensevelis de remarques sur 5e Rang, Une autre histoire ou Un zoo pas comme les autres.

Dans cet amas d’opinions, j’ai été étonné de lire autant de propos négatifs sur Les invisibles. La comédie de TVA n’a peut-être pas le panache et le glam de sa grande sœur Appelez mon agent, mais avec le peu d’argent mis à leur disposition, la productrice Sophie Lorain et le réalisateur Alexis Durand-Brault n’ont pas dénaturé la série française, je trouve.

Mais bon. La musique de fond des Invisibles vous a irrités. Le rythme hachuré et chaotique vous a dérangés. Le montréalocentrisme des textes ne vous a pas plu.

Peut-être que les problèmes des stars du showbiz n’intéressent pas le grand public ? Peut-être que notre télé a atteint son point de saturation dans la mise en scène de vedettes à toutes les sauces ? C’est ce que je craignais.

Les irréductibles qui ont dévoré Appelez mon agent n’en pincent pas pour Les invisibles. Pour eux, l’Arlette d’ici, jouée par Danièle Lorain, est terne et inintéressante en comparaison avec la comique Arlette française, qui ronchonne tout le temps dans un dialecte à peine compréhensible.

Le côté beige des assistants québécois a été une autre source de discorde. L’Hervé québécois, qui s’appelle Jérémie (Guillaume Rodrigue), n’a aucunement la flamboyance, les manières et le raffinement de l’Hervé français, probablement le personnage le plus divertissant d’Appelez mon agent.

Les concepteurs des Invisibles craignaient qu’un personnage trop gai, trop Christian Lalancette dans Chez Denise, soit mal reçu par les téléspectateurs. Que ça ne passerait tout simplement pas. C’est pourquoi Hervé/Jérémie a été, comment dire, aplani, calmé et éteint.

Était-ce la bonne décision ? Je ne sais plus trop. À peu près tout et rien allume une controverse maintenant. Tenez, Christian Bégin a été injustement crucifié parce qu’il joue une transsexuelle dans la série M’entends-tu ? sans en être une dans la vraie vie. C’est fort de café, hein ?

Il y a aussi une transsexuelle dans Une autre histoire, campée par Stéphane Jacques, un homme cisgenre, et j’ai bien hâte de voir comment les militants et les activistes vont l’accueillir.

Mais revenons à la programmation principale. L’heure bleue aurait mérité quelques taloches cette semaine. Avant Noël, le téléroman de TVA avait abandonné ses fans sur un gros punch. Nouvellement séparé de Pauline (Sylvie Moreau), le gentil bum Raphaël (Jean-Philippe Perras) perdait le contrôle de sa voiture dans ce qui ressemblait à un très grave accident. Allait-il survivre ?

Puis, au début de janvier, les autopromotions de TVA pour L’heure bleue nous ont montré un Raphaël en pleine forme, qui discutait avec sa flamme Simone (Véronique Beaudet). Merci pour le divulgâcheur, TVA.

Le retour de vacances de L’heure bleue a été boiteux. Les intrigues ont fait un saut de deux mois dans le temps, ce qui explique la guérison miraculeuse de Raphaël. Les colocs ont déménagé. Anne-Sophie (Céline Bonnier) aussi. Et l’esprit convivial de la série a souffert.

Ah ! oui, avez-vous cru à l’explication de Simone qui n’a pas pris ses messages pendant deux mois, alors qu’elle voyageait ou qu’elle aidait son frère dans son divorce ? Pas moi. Les ondes se rendent partout, partout, même au Mexique et dans le Bas-Saint-Laurent.

J’ai aussi renoué avec En tout cas à TVA lundi soir. Cette comédie de Rafaële Germain est réalisée de très jolie façon par François Jaros.

Ça s’améliore, mais j’ai encore de la misère avec les matchs de ping-pong verbal entre Danielle (Guylaine Tremblay) et sa fille Chloé (Anne-Élisabeth Bossé). À peu près toutes les scènes reprennent le même canevas. Danielle passe une remarque politiquement incorrecte. Chloé répond de façon sarcastique. Danielle en rajoute une couche. Chloé abandonne en roulant des yeux, tout en soupirant bruyamment. Exemple.

Chloé : « Franchement, maman, t’as pas d’allure ! » Danielle : « Quoi ? On dirait qu’on n’a plus le droit de rien dire de nos jours ! » Chloé : « Finalement, la censure n’a pas juste des mauvais côtés. » Danielle : « En tout cas, dans mon temps, c’était pas mal moins compliqué de s’exprimer. » Chloé : « Ton temps, tu veux dire l’Antiquité ou le Moyen Âge ? » Danielle : « Heille, vous autres, les jeunes, pensez-vous que vous avez tout inventé ? »

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