Mon clin d’œil

« Quoi ? ? ? On ne fera pas les séries ? ! ? ! »

— Max Pacioretty

Opinion

Quand Manon Massé réécrit l’histoire à sa manière

Dans le portrait publié samedi dernier, portant sur Manon Massé aspirante première ministre de Québec solidaire aux élections du 1er octobre prochain, elle fait mention de la « rupture avec le PQ » qu’elle a connue au Sommet sur l’économie et l’emploi de 1996.

« Désenchantées », dit-elle, de ce gouvernement qui favorisait l’économie au service des grandes entreprises, Françoise David et elle ont donc claqué la porte du Sommet où, pour la première fois, le milieu communautaire était invité à titre de partenaire à part entière, au même titre que le milieu syndical et patronal, familiers de ces négociations économiques et sociales.

C’est dans ce contexte de 1996, apprend-on dans le reportage, qu’ont été fondés successivement les mouvements communautaires qui donneront naissance par la suite à Québec solidaire.

Avant que cette version ne s’accrédite à force d’être répétée, j’aimerais signaler combien ce Sommet a été, au contraire, une occasion de donner une impulsion à des mesures de progrès social, inédites en Amérique du Nord, et qui ont contribué à l’émergence du « modèle québécois » auquel Québec solidaire se dit pourtant attaché.

Ainsi, le gouvernement du Parti québécois maintenait le projet de loi sur l’équité salariale et sur l’obligation pour les entreprises de consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation de la main-d’œuvre, alors que les représentants patronaux annonçaient, à une semaine du Sommet, leur intention d’y être absents si ces projets de loi n’étaient pas abandonnés.

Plus encore, grâce à la contribution de Nancy Neamtan et d’une partie du mouvement communautaire, l’économie sociale obtenait à ce Sommet une reconnaissance et une impulsion qui permettront au Chantier, de façon pérenne, de prendre définitivement son envol.

CPE et congé parental

Ce sera aussi l’occasion, rien de moins, d’annoncer de nombreuses innovations sociales et économiques, notamment le développement de la politique familiale, du réseau des centres de la petite enfance (CPE), de la prolongation à 52 semaines du congé parental et de convenir de la création des coopératives de solidarité et de l’implantation d’Emploi-Québec.

Et puis, le Sommet donnera suite à la constitution d’un Fonds spécial de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail de 240 millions de dollars sur trois ans. Le bilan établira à près de 3000 le nombre de projets acceptés, permettant à plus de 25 000 personnes, dont 47 % de femmes, d’y être employées.

C’est à cela que Manon Massé, Françoise David et une partie des représentants communautaires vont « claquer la porte » en invoquant le non-respect de leur objectif d’appauvrissement zéro.

Manon Massé parle même d’une « montée de la droite » pour décrire cette époque qui aura vu pourtant, la même année, l’adoption de la loi sur l’assurance médicaments et la loi pour doubler les cotisations au Régime de rentes du Québec.

S’il y a une leçon à retenir, c’est bien celle de constater que le progrès social a été de loin mieux servi par une attitude d’ouverture et de négociation que par la position du « tout ou rien » de ceux et celles qui, depuis 12 ans, président aux destinées de Québec solidaire !

Vingt ans plus tard, les acquis sociaux redevables au Parti québécois sont là pour le démontrer.

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