Chronique

Téo, Péladeau et cie

L’intérêt manifesté par Pierre Karl Péladeau en vue de reprendre et relancer les activités de Téo Taxi est bien réel et sa volonté de présenter rapidement une offre aux actionnaires et créanciers de l’entreprise en faillite semble solidement engagée. Le PDG de Québecor serait en fait le sauveur tout désigné pour ressusciter cette initiative de transport électrique.

C’est mardi matin que le PDG et principal actionnaire de Québecor a confié lors d’un point de presse qu’il étudiait le dossier de Téo Taxi en ajoutant qu’il avait demandé à des conseillers d’analyser la viabilité d’un éventuel sauvetage de la compagnie de taxis électriques.

Le soir même, j’ai été à même de constater l’intérêt bien vivant qui anime Pierre Karl Péladeau concernant ce dossier lors d’une soirée organisée par la Caisse de dépôt pour célébrer l’intronisation de nouveaux membres au Cercle des Grands entrepreneurs du Québec.

Croisé à l’entrée du hall de la Caisse, où se rassemblaient les participants à la soirée hommage, j’ai demandé à la blague à Pierre Karl Péladeau s’il était sur place pour sceller un partenariat avec la Caisse de dépôt pour son projet de relance de Téo Taxi.

Affichant un air des plus sérieux, il m’a répondu qu’il n’avait rien à déclarer de plus que ce qu’il avait dit plus tôt dans la journée, avant de préciser que son implication allait être conditionnelle à la modification de la réglementation existante.

Une heure plus tard, alors qu’on tentait de faire prendre une photo des grands entrepreneurs lauréats de la soirée en compagnie du PDG de la Caisse, Michael Sabia, ce dernier s’est soudainement éclipsé en disant qu’il devait s’absenter pour quelques secondes.

Dix minutes plus tard, le responsable des communications de la Caisse est parti à la recherche de son patron pour revenir et nous indiquer que Michael Sabia était en grande discussion avec Pierre Karl Péladeau et qu’il allait bientôt se joindre pour la photo.

Manifestement, l’actionnaire de contrôle de Québecor cherchait à en savoir davantage sur la position de la Caisse par rapport à son investissement dans Taxelco, la maison mère de Téo Taxi.

On le sait, la Caisse de dépôt et Investissement Québec ont injecté chacun 15 millions dans XPND Croissance, fonds d’investissement mis sur pied par Alexandre Taillefer, qui a amassé 75 millions pour les investir dans différents projets, dont Téo Taxi. XPND Croissance a investi plus de 25 millions dans Taxelco.

Les autres actionnaires de XPND Croissance sont le Fonds de solidarité FTQ (10 millions investis), le Fondaction CSN (5 millions), Claridge (5 millions) et une vingtaine d’actionnaires individuels, qui ont collectivement injecté 25 millions dans ce fonds d’investissement.

Une chose est certaine, tous ces actionnaires de XPND Croissance ont fait une croix sur la proportion de 30 % de leur investissement qui a été accaparée par Taxelco. Des actionnaires individuels m’ont confié que leur seul espoir de retrouver leurs billes, c’est que XPND Croissance frappe un coup de circuit dans ses autres projets en développement.

Un intérêt bien réel

Cela dit, ce n’est pas par simple marketing d’affaires que Pierre Karl Péladeau a publiquement déclaré qu’il envisageait de travailler à la relance de Téo Taxi sur une base individuelle sans engager financièrement Québecor dans l’aventure.

L’électrification des transports est un sujet qui passionne réellement Pierre Karl Péladeau depuis plusieurs années. Certains l’ont peut-être oublié, mais M. Péladeau a été président du conseil d’Hydro-Québec durant près d’un an, de mai 2013 jusqu’à ce qu’il décide de se présenter comme candidat péquiste aux élections d’avril 2014.

Durant son passage à Hydro-Québec, Pierre Karl Péladeau s’était totalement investi dans son rôle alors que la société d’État amorçait une réflexion stratégique en vue d’affecter une part de ses importants surplus d’électricité dans le développement de l’électrification des transports.

Il avait même, à l’époque du gouvernement de Pauline Marois, siégé deux fois au comité restreint du Conseil des ministres sur l’électrification des transports en compagnie du PDG d’Hydro-Québec, Thierry Vandal.

Il est aussi depuis longtemps un fidèle usager de la voiture électrique, lorsqu’il ne roule pas à vélo, bien sûr. Il ne l’a pas fait pour être à la mode, mais par conviction.

Financièrement, Pierre Karl Péladeau est aussi pleinement en mesure de soutenir une nouvelle mouture de Téo Taxi, puisque son bloc d’actions de contrôle de Québecor l’assure d’une fortune personnelle évaluée à 1,3 milliard.

Il n’est évidemment pas question que le PDG de Québecor s’engage dans un gouffre financier comme semblait l’être Téo Taxi. S’il décide d’embarquer dans la gestion d’un parc de taxis électriques, c’est qu’il aura la conviction de pouvoir rentabiliser un jour son investissement.

Il s’agirait aussi pour Pierre Karl Péladeau de mener un projet entrepreneurial bien à lui, où il pourrait faire sa marque tout en propulsant Montréal comme une vitrine exemplaire de l’électrification des transports dans le reste du monde.

On a parfois l’impression que PKP se cherche de nouveaux défis.

Sauver et relancer Téo est certes un projet plus structurant et plus mobilisant que de retwitter la programmation de TVA, comme le fait de façon assidue le PDG de Québecor. Il le fera sûrement s’il obtient les assurances nécessaires de pouvoir exploiter Téo dans un environnement concurrentiel et équitable.

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