MON CLIN D’ŒIL

« Bonne fête laïque ! »

— Simon Jolin-Barrette

OPINION

SÉCURITÉ ROUTIÈRE Pitié pour les piétons

Ça ne va pas bien pour les piétons au Québec. En 2018, chaque mois, près de six piétons ont été tués sur nos routes et nos rues ; chaque semaine, cinq piétons ont été gravement blessés et chaque jour, près de sept piétons ont été légèrement blessés. Peut-être, parmi eux, l’un de vos proches. J’en suis désolée.

Ce bilan pourrait encore s’aggraver : en 2017, la SAAQ estimait que 69 piétons avaient été tués, mais ils ont finalement été 76 selon le décompte révisé. Des personnes qui ont succombé à leurs blessures par la suite ? Des erreurs tardivement rectifiées ? Le bilan routier 2017 était déjà considéré comme désastreux pour les piétons, voilà qu’en catimini, il s’avère encore pire.

En 2018, avec 69 tués, les piétons représentent 19 % des morts sur la route ! C’était 12 % en 2004. Il est inacceptable que se déplacer à pied devienne une activité dangereuse.

Le bilan routier des piétons s’est longtemps amélioré lentement. Cela fait maintenant trois années consécutives qu’il s’aggrave – 2016, 2017 et 2018 –, avec chaque année un nombre de morts supérieur à la moyenne des cinq années précédentes. Ce n’est plus une sonnette d’alarme : c’est un cri strident et continu auquel il faut répondre de façon urgente.

L’approche Vision zéro

On a commencé à y répondre, d’ailleurs. Montréal a adopté l’approche Vision zéro. Trois-Rivières et Québec y réfléchissent. La politique de mobilité durable du ministère des Transports en fait le cadre de référence du Québec en sécurité routière. La SAAQ a réuni un groupe de travail spécial sur la sécurité des piétons.

Maintenant, il faut agir, immédiatement et systématiquement. Le bilan routier de 2030, c’est aujourd’hui qu’on le construit !

Chaque fois que nous refaisons une rue, nous devons penser aux enfants qui vont la traverser pendant les 25 prochaines années.

L’approche Vision zéro est simple. Elle consiste à empêcher physiquement qu’un piéton, un cycliste ou un automobiliste soit soumis à un choc qui risque de le tuer. On parlera ainsi non seulement d’usagers prudents, mais surtout de vitesse, de rues et de véhicules sécuritaires.

Pour un automobiliste, une collision frontale est mortelle au-delà de 90 kilomètres-heure ; c’est pourquoi il y a un terre-plein central sur nos autoroutes. Pour un piéton, une collision est mortelle dès 50 kilomètres-heure. Lorsqu’on autorise une telle vitesse, il faudra donc prévoir des aménagements qui évitent aux piétons de se trouver exposés au danger de la circulation motorisée et qui contribuent à la ralentir.

On les connaît, ces aménagements : des trottoirs suffisamment larges, des saillies qui rétrécissent la chaussée à traverser, des îlots centraux où se réfugier, des intersections surélevées, etc.

On sait qu’on conduit plus vite dans une rue plus large, qu’on tourne plus vite quand le rayon de virage est trop généreux – et qu’inversement, on ralentit dans une rue mieux encadrée par des bâtiments ou des arbres.

Si le Québec avait le même bilan routier que la Suède, pionnière de l’approche Vision zéro, nous aurions évité cette année 150 morts. Trois vies sauvées par semaine.

N’attendons plus ! Qu’avons-nous à perdre à construire nos rues à échelle humaine ? Un peu d’asphalte, un peu de temps ? Combien de secondes vaut une vie humaine ?

Si nous ne le faisons pas pour nos enfants, faisons-le pour nous. C’est nous, les piétons âgés qui marcheront dans nos villes et dans nos villages dans quelques décennies, au péril de notre vie. Nous allons regretter, alors, de n’avoir pas osé changer les choses pendant que nous étions aux commandes.

Agissons aujourd’hui : c’est notre responsabilité de construire la sécurité routière de demain.

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