Stratégies

La Bourse de Montréal aligne records et projets

Mener une entreprise, c’est avant tout une affaire de stratégies. Chaque vendredi, des dirigeants révèlent quelques éléments de leur plan d’action et de leur vision.

Ça trépigne presque d’impatience ces semaines-ci parmi les 230 employés et les dirigeants de la Bourse de Montréal (MX).

Et pas seulement avec le retour de la volatilité dans les marchés financiers, toujours porteuse d’une demande accrue pour les produits dérivés parmi les investisseurs soucieux de la gestion de risque dans leurs portefeuilles.

Ce qu’on attend le plus chez MX, c’est le déménagement dans quelques semaines de ses locaux vétustes de la « Tour de la Bourse », dans le Vieux-Montréal, vers des locaux aménagés sur mesure dans la nouvelle tour Deloitte, attenante au Centre Bell au centre-ville.

« Nous avons hâte d’emménager dans ces nouveaux locaux », confie d’emblée Luc Fortin, président et chef de la direction de la Bourse de Montréal, en entrevue avec La Presse Affaires

« Ces locaux seront mieux adaptés à nos besoins actuels et futurs, mais aussi beaucoup plus représentatifs de ce que MX est devenue, c’est-à-dire une entreprise hautement technologique dans la gestion de marché de produits dérivés. Et cette réalité détonne avec l’image vieillotte de bureaux aménagés dans l’ancienne salle de marché. »

Cela dit, enchaîne Luc Fortin, les préparatifs de ce déménagement n’ont pas servi de prétexte pour délaisser, même temporairement, les autres projets de développement chez MX.

D’autant que son marché des produits dérivés continue d’aligner les records d’activité. Dix-neuf ont été établis en 2017, dont le total annuel de contrats négociés : 96,2 millions, en hausse de 4,7 % sur un an.

Et ça se poursuit depuis le début de 2018, avec un volume en forte hausse de 26 % après deux mois, au gré du rebond de volatilité dans les marchés financiers.

En tête de liste de ces projets, la Bourse de Montréal prépare l’allongement des heures d’ouverture de son marché des produits dérivés.

« C’est prévu durant le troisième trimestre [juillet-septembre]. Nous devancerons l’ouverture de quatre heures [de 6 h à 2 h du matin] afin de nous arrimer sur les heures de Londres. Ça nous permettra ensuite de faire le pont entre les Bourses de produits dérivés d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie. »

— Luc Fortin

« Notre infrastructure est prête et nous avons quelques embauches à compléter, ajoute-t-il. Nous attendons le signal de nos principaux mainteneurs de marché – surtout les filiales boursières des grandes banques canadiennes – qu’ils sont aussi prêts à devancer leur ouverture de séance. »

Vers l’Asie

Quant au motif de « faire le pont entre l’Europe et l’Asie », le président de MX l’explique comme une étape vers l’établissement d’une « alliance stratégique » avec un partenaire d’envergure en Asie dans le marché des produits dérivés.

« Par exemple, la Chine est de plus en plus influente sur les marchés financiers. Nous y avons amorcé des discussions avec des partenaires potentiels dans les produits dérivés », note Luc Fortin.

« Avec un tel partenaire en Asie, nous envisageons de commencer avec des liens de “clearing” [compensation] des transactions entre nos marchés, afin de simplifier le “back-office” [administration transactionnelle] de nos clientèles respectives dans leurs transactions internationales et interdevises. Ensuite, nous pourrions développer un “listing” croisé de nos produits dérivés, élargissant du coup le choix offert à nos clientèles de part et d’autre. »

Entre-temps, les projets de développement de produits dérivés continuent chez MX, dans la foulée de la remise à niveau des priorités d’affaires et de la structure d’entreprise dans le Groupe TMX depuis deux ans.

« Par exemple, lors de mon arrivée [en juin 2016], on hésitait encore chez MX avec le développement des options sur des actions d’importance cotées à la Bourse de Toronto, alors que la demande grandissait parmi nos principaux clients », relate Luc Fortin.

« Or, depuis leur lancement en décembre 2016, ces options sur actions affichent le plus haut taux de croissance parmi tous les nouveaux produits lancés depuis 10 ans à la Bourse de Montréal. »

« Nous avons commencé avec des options sur les actions de l’indice S&P/TSX 60 de la Bourse de Toronto. Nous sommes rendus avec une trentaine de titres au-delà de cet indice », souligne Luc Fortin.

Dans cette foulée, poursuit-il, la Bourse de Montréal prépare le lancement d’options sur les parts de FNB (fonds négociés en Bourse) qui sont les plus négociés à la Bourse de Toronto.

« Nous avons déjà commencé les annonces parmi nos clients-investisseurs. C’est prévu au cours des prochaines semaines. »

Luc Fortin prend du galon 

Le président et chef de la direction de la Bourse de Montréal a vu ses responsabilités élargies en début d’année parmi les dirigeants du Groupe TMX.

Luc Fortin assume aussi désormais la fonction de « chef des activités globales de négociation », ce qui comprend la direction des principales filiales de marché de TMX : Bourse de Montréal, Bourse de Toronto, Bourse TSX Croissance, Bourse Alpha.

« Ce que ça signifie aussi, comme Montréalais, c’est que la direction principale du fonctionnement et du développement des marchés financiers au Canada est désormais basée à Montréal », résume Luc Fortin.

Cette récente nomination témoigne de sa rapide montée en grade au Groupe TMX depuis son embauche à la Bourse de Montréal, en juin 2016, à titre de directeur général de la négociation des produits dérivés.

Deux mois plus tard, il avait été appelé à remplacer « par intérim » le PDG de la Bourse de Montréal, Alain Miquelon, qui partait après sept ans en poste.

Ce remplacement intérimaire a été confirmé en fin d’année 2017, avant d’être bonifié de la direction des activités de marché de TMX.

La Bourse de Montréal en bref

Activité : principal marché boursier de produits dérivés au Canada (contrats à terme sur taux d’intérêt, devises, obligations négociables, actions d’importance cotées à la Bourse de Toronto)

Statut corporatif : siège administratif et opérationnel à Montréal, filiale du groupe boursier TMX de Toronto – avec la Bourse de Toronto (TSX), la Bourse TSX-Croissance, la Bourse alternative Alpha, la société Compensation CDS, etc.

Effectif : 230 employés

Chiffre d’affaires (secteur « Produits dérivés et compensation » chez TMX) : environ 115 millions par an

Principal volume d’activités : 96,2 millions de contrats à terme en 2017 (autre record annuel, en hausse de 4,7 %)

Forces

Direction et gestion d’approche entrepreneuriale et technologique dans les marchés financiers hautement concurrentiels ;

Effort d’investissement de la société mère (Groupe TMX) dans la modernisation et l’optimisation des technologies transactionnelles des produits dérivés.

Faiblesses

Processus et délais de développement de nouveaux produits dérivés encore à optimiser face à l’évolution rapide des besoins ;

Processus de compensation d’après-marché (« back office ») en attente d’une première rénovation majeure en 20 ans.

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