Robinetterie industrielle

Querelle familiale chez Velan

Des actionnaires mécontents s’inquiètent de la situation et demandent la vente de l’entreprise

Une querelle familiale éclate au grand jour chez Velan et laisse deviner ce qui a pu se passer dans les réunions du conseil d’administration de l'entreprise montréalaise, un leader mondial dans le secteur de la robinetterie industrielle. La situation préoccupe des actionnaires institutionnels qui demandent la fermeture du capital ou la vente de l’entreprise contrôlée par la famille Velan.

Les investisseurs mécontents se promettent même de faire du bruit jeudi durant l’assemblée annuelle des actionnaires, qui se déroulera au Club Saint-James de Montréal.

La circulaire de direction de Velan envoyée aux actionnaires en prévision de cette assemblée lève le voile sur une bisbille impliquant les fils héritiers du fondateur Karel Velan, mort il y a deux ans.

Peter Velan, 73 ans, a siégé pendant plus de 40 ans au conseil d’administration, actuellement présidé par son frère Tom, 67 ans. Un autre membre de la famille, Rob Velan, est aussi membre du C.A. L’an dernier, Peter Velan avait retiré sa candidature deux jours avant l’assemblée des actionnaires et avait donc quitté le conseil. En mars 2019, il a présenté sa propre candidature afin de le réintégrer.

Mais il n’a pas l’appui de l’entreprise familiale.

« La présence de Peter Velan au conseil aurait une incidence négative sur la transformation stratégique en cours. »

— Extrait de la circulaire 

Le comité de gouvernance et des ressources humaines déplore le comportement antérieur de Peter Velan au conseil d’administration, tant envers ses collègues qu’envers les membres de la direction, son refus d’aider ses collègues du conseil et les membres de la direction ou de collaborer avec eux, ainsi que sa réticence à participer aux comités spéciaux de manière constructive.

Deux administrateurs indépendants ont même indiqué que si Peter Velan était élu, ils ne siégeraient pas à ses côtés et, de manière « prudente et diligente », quitteraient le conseil.

Temps durs

La dynamique décrite dans la circulaire inquiète le gestionnaire de portefeuille montréalais Stephen Takacsy, de la firme Gestion Lester, qui est actionnaire de l’entreprise.

« Je suis au courant depuis plusieurs années qu’il y a des chicanes de famille chez Velan, affirme-t-il. Ça perdure. Ç’a toujours été un souci de gouvernance, même du temps où le père était vivant. »

Or, c’est loin d’être le seul problème de la société, selon lui. 

Bâtie de toutes pièces par un immigrant entrepreneur d’origine tchèque venu s’installer à Montréal, Velan s’est imposée dans le secteur industriel et est aujourd’hui considérée comme une référence dans la fabrication de valves nucléaires.

L’action de Velan a toutefois perdu plus de 50 % de sa valeur depuis quatre ans : la concurrence s’est intensifiée, ce qui a mis de la pression sur le prix des produits. Pour améliorer la rentabilité, l’entreprise a mis en place des mesures visant à améliorer les procédés de fabrication et à réduire les coûts, ce qui a notamment entraîné la fermeture d’usines.

Maintes doléances d’actionnaires

Stephen Takacsy fait partie d’un groupe d’actionnaires institutionnels devenus militants. Le groupe a envoyé deux lettres aux administrateurs de Velan depuis décembre afin d’exprimer son mécontentement au sujet de la performance et de la gouvernance de la société. La Société financière Walter s’est récemment jointe au groupe, qui comprend notamment Deans Knight Capital, Kernwood, Oakwest et Dubeau Capital.

Ensemble, ces actionnaires mécontents détiennent pour plus de 30 millions de dollars d’actions de Velan, l’équivalent d’une participation d’environ 15 %.

« Ça suffit », lance Stephen Takacsy. « Il faut beaucoup trop de temps à l’entreprise pour prendre des décisions difficiles. » 

Les usines, par exemple, sont considérées comme des bébés de la famille, dit-il. « Tu ne peux pas continuer de gérer une société en Bourse comme une compagnie privée. Ça ne se fait pas. Vendez ou fermez le capital. »

Stephen Takacsy estime que la valeur comptable de Velan est d’environ 18 $ à 19 $ par action, alors que le cours actuel avoisine les 9 $. 

« La valeur nette, elle, est de 11 $ par action. C’est-à-dire qu’après avoir vendu les stocks, collecté les comptes à recevoir et remboursé les dettes, il reste encore l’équivalent de 11 $ par action en liquidités. À 9 $ actuellement, l’évaluation n’a aucun sens. »

— Stephen Takacsy

Les multiples utilisés par le géant industriel Crane pour tenter d’acquérir Circor cet été donnent une valeur stratégique d’environ 30 $ par action à Velan, souligne-t-il.

Une entreprise familiale

Même si elle est inscrite en Bourse depuis près de 25 ans, Velan demeure une entreprise familiale. Le holding familial contrôle près de 93 % des votes en vertu d’actions à droit de vote multiple (cinq droits de vote chacune). Comme d’autres membres de la famille, Peter Velan est copropriétaire de Holding Velan. 

« On ne sait pas quelles décisions doivent être unanimes ou lesquelles doivent être majoritaires dans Holding Velan », dit Stephen Takacsy.

Nos appels aux membres de la famille Velan et à l’entreprise sont restés sans réponse, hier.

En entrevue avec La Presse il y a cinq ans, Tom Velan – alors PDG de l’entreprise – avait indiqué que des firmes d’investissement souhaitaient fermer le capital de Velan. « Ces gens ont des stratégies de sortie sur un horizon de trois à cinq ans, alors que nous avons une vision à plus long terme », disait-il. 

Velan s’était inscrite en Bourse en 1996 pour faciliter le rachat d’un partenaire, Deutsche Babcock, qui avait eu des ennuis financiers.

Ce qui chicote les actionnaires institutionnels mécontents

La prise de décision

Le conseil d’administration a mis trop de temps à prendre les décisions nécessaires afin d’améliorer la compétitivité de l’entreprise dans une industrie de plus en plus complexe.

Les intentions de la famille

Le possible désir de la famille de conserver le contrôle de l’entreprise pour les générations futures inquiète les actionnaires mécontents. La gestion du holding familial (93 % des votes) pourrait s’avérer un obstacle à la maximisation de la valeur pour les actionnaires.

L’utilisation du capital

Avec un bilan solide et presque aucune dette, il serait plus intéressant pour les actionnaires de racheter des actions et de cesser le versement d’un dividende.

Velan en bref

Activités : fabrication de robinetterie industrielle (valves, clapets, purgeurs, etc.)

Siège social : Montréal

Année de fondation : 1950

PDG : Yves Leduc

Effectif : plus de 1800 employés

Capitalisation boursière : 195 millions

Chiffre d’affaires : 367 millions US

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