COMPOSITION DES CONSEILS D’ADMINISTRATION

Nouvelle initiative pour ouvrir la porte à la diversité

Les minorités culturelles comptent pour une personne sur cinq dans la grande région de Montréal. Pourtant, elles ne représentent qu’une personne sur vingt dans les C.A. des sociétés sans but lucratif. Et, pis encore, une sur cinquante dans ceux des entreprises privées. Pour promouvoir la diversité, Concertation Montréal a formé le Groupe des trente, composé de jeunes professionnels de différentes communautés. Voici leur mission.

MARIE-CLAIRE DUMAS

Directrice générale de Concertation Montréal

Profiter des talents

« La diversité, c’est notre oxygène à Montréal, dit Marie-Claire Dumas. Les conseils d’administration qui ne regardent pas de ce côté se privent de talents énormes. »

Par leurs expériences et leurs façons de voir les choses, les membres des communautés culturelles sont des acteurs extrêmement importants de la collectivité, ajoute-t-elle.

C’est dans cet esprit d’ouverture que le Groupe des trente a été créé il y a six mois.

« On entendait souvent des organisations dire : “On est ouvert à la diversité, mais il n’y a pas de candidats”, dit-elle. Je savais que ce n’était pas vrai. Avec cette initiative innovante, plus personne ne pourra dire ça. »

— Marie-Claude Dumas

Pour y arriver, Concertation Montréal a réuni 30 personnes venant de différentes communautés culturelles. Ce qu’elles ont en commun ? Elles siègent, ou ont siégé, à un C.A. et elles ont connu un parcours exceptionnel.

« De cette façon, on démontre qu’il y a de très bons candidats pour les conseils d’administration », explique Marie-Claire Dumas.

Mais ce n’est pas tout. Les membres du groupe jouent surtout le rôle d’ambassadeurs à la fois pour rencontrer les organisations et pour servir de modèles pour les jeunes des communautés culturelles.

L’organisme Concertation Montréal est né en 2015. Formé d’élus municipaux et de partenaires socioéconomiques, il est financé par l’agglomération de Montréal et par différents partenaires.

Le Groupe des trente est soutenu, notamment, par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec.

MOUSSA SÈNE

Chargé de projet chez Golder Associés

Faire le pari de la diversité

« Faites le pari de la diversité ! lance Moussa Sène. Ça peut être intimidant. Mais il y a beaucoup plus de choses à gagner qu’à perdre. »

Né au Sénégal d’une mère québécoise et d’un père sénégalais, le jeune homme est arrivé au Québec il y a 13 ans. Il a obtenu un baccalauréat en urbanisme et une maîtrise en sociologie de l’Université de Montréal.

« Plus on monte dans les structures de gouvernance, plus c’est monochrome, remarque-t-il. C’est une grande perte. Et pas seulement pour les gens issus de la diversité. » — Moussa Sène

Son parcours hors de l’ordinaire montre bien qu’il applique ce qu’il dit. Il s’est notamment impliqué dans des organismes reliés aux communautés autochtones.

Par exemple, il est administrateur de Canadian Roots (réconciliation entre peuples) et a été intervenant social au Wapikoni mobile (cinéma pour jeunes autochtones).

Chargé des études d’impacts sociaux pour la firme de génie-conseil Golder Associés, il travaille dans des projets miniers dans le Nord-du-Québec et à l’étranger (Haïti, Mauritanie, Côte d’Ivoire, etc.)

M. Sène est aussi président du Conseil interculturel de Montréal. L’objectif de cet organisme est de conseiller les élus montréalais sur les enjeux de la diversité.

Il rappelle que la diversité des membres d’un conseil lui permet d’être plus représentatif de la population.

Pour montrer l’importance d’avoir plus de diversité « là où les décisions se prennent », il donne l’exemple du système de santé.

Il rappelle que ce sont « toujours » les mêmes problèmes. Et que les ministres de la Santé sont « toujours » le même type de personnes.

Pourtant, quand on va du côté des infirmiers et des infirmières, et des autres intervenants, il y a beaucoup de gens issus de la diversité, dit-il.

« Ces gens-là viennent de pays où devenir une personne âgée, c’est acquérir de la dignité et prendre une plus grande place dans la société », dit-il.

Imaginez quelqu’un avec cette perception des personnes âgées devenir ministre de la Santé, propose-t-il.

« C’est toute une dynamique qui change. »

SHERAZAD ADIB

Directrice de Catalyst

Offrir un autre regard

« Dans le contexte des changements technologiques et démographiques, c’est intéressant d’arriver avec des personnes qui ont un autre regard, des expériences différentes et d’autres réseaux », dit Sherazad Adib.

Pour elle, l’équilibre est important. « Tu perds au change quand tu n’as pas de gens qui sont différents de toi et qui peuvent amener d’autres façons de voir les choses. »

Mme Adib a quitté l’Iran quand elle avait 10 ans. Elle a vécu en France pendant huit ans avant d’arriver au Québec. Elle est titulaire une maîtrise en sociologie de l’Université de Montréal et d’une maîtrise en management de HEC Montréal.

Elle a cofondé le Groupe investissement responsable. Elle a ensuite développé des programmes de responsabilité sociale pour Bell et Rona, entre autres.

Durant son passage au Cirque du Soleil, elle a été membre du C.A. de la Caisse d’économie solidaire Desjardins.

Aujourd’hui, Sherazad Adib est directrice de Catalyst, une firme consacrée à l’avancement des femmes dans les organisations.

« La diversité, ce n’est pas juste le fait d’avoir telle couleur de peau ou d’être né dans un autre pays, dit-elle. Pour grandir et innover, il faut aller plus loin que les aspects visibles. Il faut voir la personnalité, la façon de travailler, l’éducation et l’expérience de vie. C’est ce qui apporte de la valeur autour de la table. »

— Sherazad Adib

Mme Adib invite les gens à avoir plus d’ouverture d’esprit et à donner des opportunités à des gens auxquels on ne penserait pas spontanément. Mais qui ont un fort potentiel.

Comme les autres membres du Groupe des trente, elle participe aux ateliers et aux événements de réseautage.

« C’est un groupe fantastique et j’y participe pour changer les modèles, dit-elle. Moi, je n’ai jamais mis de l’avant le fait que j’étais issue de la diversité. Mais récemment, je me suis rendu compte que c’était un aspect que les gens voyaient en moi. Il y avait de la curiosité et beaucoup de choses à démystifier. Je me suis dit que c’était important de parler de nos expériences et de montrer un autre visage. »

LE GROUPE DES TRENTE EN CHIFFRES

17 ambassadrices et 13 ambassadeurs de la diversité

29 personnes de 19 communautés ethnoculturelles et 1 personne des Premières Nations

77 ans d’expérience au sein de conseils d’administration

27 membres âgés de moins de 40 ans

Source : Concertation Montréal

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