États-Unis

Piétinement diplomatique après le sommet nord-coréen

Les retombées attendues du sommet historique tenu en juin entre Kim Jong-un et Donald Trump relativement au programme nucléaire nord-coréen tardent à se concrétiser, faisant craindre une nouvelle flambée de tension entre les deux pays.

Le chef d’État américain avait salué à l’issue de la rencontre l’engagement de son homologue à travailler à la dénucléarisation de la péninsule coréenne, mais les discussions sur la marche à suivre pour y parvenir piétinent, alimentant des échanges acrimonieux.

Les difficultés tiennent en partie au fait que le document succinct entériné par les deux dirigeants à Singapour ne prévoyait pas de mesures précises ni d’échéancier à ce sujet.

Pyongyang accuse aujourd’hui le gouvernement américain d’adopter une attitude de « gangster » en réclamant une feuille de route concrète en matière de dénucléarisation tout en remettant à plus tard l’adoption de mesures susceptibles d’assurer pleinement la sécurité du régime.

Kim Jong-un s’irrite par ailleurs du fait que l’administration américaine s’oppose à la levée des sanctions ciblant son pays.

En visite à Téhéran, le ministre des Affaires étrangères de Corée du Nord, Ri Yong-ho, a prévenu hier, selon l’Agence France-Presse, que le régime entendait conserver son « savoir-faire nucléaire » quoi qu’il advienne « parce que les Américains n’abandonneront pas leur hostilité à notre égard ».

Denny Roy, analyste de l’East-West Center qui suit de près le dossier nord-coréen, pense qu’il est difficile à l’heure actuelle « de ne pas conclure que l’administration Trump se fait berner [par Pyongyang], comme les précédentes administrations ».

En annonçant la suspension de tests nucléaires, une décision réversible au besoin, Kim Jong-un a obtenu, dit-il, une « montagne de bénéfices ».

Les États-Unis ont suspendu leur menace de frappe militaire, la Chine a relâché la pression qu’elle exerçait et la Corée du Sud a entrepris de rétablir ses liens économiques, consolidant le régime.

Tout indique que les Nord-Coréens vont chercher à faire durer les négociations sur la dénucléarisation « tout en les faisant piétiner » pour pouvoir profiter de ces gains sans avoir à faire de concessions majeures, relève M. Roy.

L’administration Trump risque pour sa part de continuer à jouer le jeu « le plus longtemps possible » à des fins politiques « jusqu’à ce qu’il soit complètement impossible » de continuer à parler de réussite.

Colin H. Kahl, ancien conseiller en sécurité nationale au sein de l’administration de Barack Obama, pense que le chef d’État américain a fait fausse route en imaginant qu’il pourrait facilement arracher des concessions importantes à son homologue nord-coréen lors du sommet.

« Attentes mutuellement incompatibles »

La vague déclaration résultant de la rencontre a suscité des « attentes mutuellement incompatibles » qui rendent plus compliquée la recherche d’une solution négociée à la crise, prévenait récemment M. Kahl dans Foreign Policy.

Tom Collina, un analyste de la Fondation Ploughshares, pense qu’il était prévisible que les discussions entre les deux pays s’avèrent plus difficiles que ne le suggérait l’enthousiasme de Donald Trump à l’issue du sommet. Il n’en demeure pas moins optimiste pour la suite des choses.

« Il était irréaliste de penser que tout irait très rapidement. On ne peut être déçu que si l’on a adhéré à la rhétorique du président », note l’analyste en relevant qu’il faudra du temps pour en arriver à des avancées substantielles.

Pour l’heure, les deux parties campent sur des positions « maximalistes ». Pyongyang veut des garanties pour sa sécurité et la levée de sanctions, alors que Washington réclame un plan détaillé de dénucléarisation avant de s’engager dans cette voie.

« La situation est paralysée parce que chaque partie attend que l’autre fasse le premier pas. Mais ça ne se réglera pas comme ça. Il faut évidemment que les deux sautent en même temps », relève M. Collina.

La meilleure façon d’avancer, note-t-il, est de déterminer une série de mesures permettant de dénucléariser progressivement la Corée du Nord et de répondre aux impératifs de sécurité de Pyongyang et de les mettre en place « bouchée par bouchée » de manière à ce que les deux camps fassent des gains simultanément.

« Aucun pays n’obtiendra tout ce qu’il veut avant que l’autre ne puisse obtenir quelque chose », prévient-il.

ÉTATS-UNIS

Une ex-employée de la Maison-Blanche dénonce un Trump « raciste »

La Maison-Blanche a qualifié hier de « mensonges » venant d’une « ex-employée aigrie » les affirmations d’une ancienne haute conseillère noire qui accuse Donald Trump d’être raciste et d’avoir proféré des insultes xénophobes au sommet du pouvoir.

Ancienne candidate de l’émission de téléréalité The Apprentice, animée pendant des années par Donald Trump, Omarosa Manigault Newman affirme dans un livre à paraître que son expérience à la Maison-Blanche l’a conduite à conclure que le président des États-Unis était « raciste, intolérant et misogyne ».

L’ancienne conseillère, chargée du « Bureau des relations publiques » jusqu’en janvier dernier, assure l’avoir entendu déverser des insultes racistes contre un homme d’origine philippine, selon le Guardian, qui a obtenu un exemplaire.

Dans ce livre, Omarosa Manigault Newman remonte aussi jusqu’à l’époque de l’émission The Apprentice et cite trois sources affirmant que le milliardaire a prononcé le mot « nigger » plusieurs fois, et qu’un enregistrement le prouve.

Hérité de la période esclavagiste, ce mot est couramment utilisé par les rappeurs américains, mais est perçu comme l’une des plus graves insultes raciales lorsqu’il est utilisé par des Blancs, qui l’évitent le plus souvent en parlant du « N-word » (le mot « nigger »).

Si elle ne l’a pas entendu directement, Omarosa Manigault explique que cela cadre parfaitement avec l’homme qu’elle a longtemps côtoyé, mais qu’elle a réellement découvert lors de son expérience à la Maison-Blanche.

« Employer le mot “nigger” ne représentait pas juste la façon dont il parle, mais, plus inquiétant, c’était comme cela qu’il me voyait ainsi que l’ensemble des Afro-Américains. »

— Omarosa Manigault Newman, ancienne conseillère du président américain, dans son livre à paraître

Selon le Washington Post, l’équipe de campagne de Donald Trump lui aurait proposé, après son départ de la Maison-Blanche, un emploi rémunéré 15 000 $ par mois accompagné d’un contrat exigeant son silence sur tous les sujets liés au président, au vice-président et à leurs familles.

La Maison-Blanche a rejeté hier ces accusations.

« Au lieu de dire la vérité sur tout le bien que le président et son administration font pour rendre l’Amérique sûre et prospère, ce livre est truffé de mensonges et de fausses accusations », a déclaré la porte-parole Sarah Sanders.

« Il est triste qu’une ancienne employée aigrie de la Maison-Blanche soit en train de tenter de tirer profit de ces fausses accusations, et encore pire que les médias lui donnent maintenant un porte-voix, après ne l’avoir jamais prise au sérieux quand elle n’avait que des choses positives à dire sur le président lorsqu’elle travaillait pour l’administration. »

Cour suprême

Le candidat de Trump devant  le Sénat le 4 septembre

L’audition publique du candidat conservateur de Donald Trump à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, par le Sénat américain débutera le 4 septembre, a annoncé hier le chef de la commission judiciaire. Cette audition devrait durer « entre trois et quatre jours », a précisé le président républicain de la commission, Chuck Grassley. Elle démarrera avec les déclarations liminaires de Brett Kavanaugh et des membres de la commission. La bataille politique est déjà féroce autour de cette nomination à vie, qui, si elle est confirmée, ancrera fermement du côté conservateur la Cour suprême. Tous les yeux sont tournés vers deux sénatrices républicaines et trois membres démocrates qui pourraient faire pencher la balance dans un sens comme dans l’autre. — AFP

La crise Washington-Ankara fait plonger la livre turque

La livre turque a connu, hier, une chute brutale alimentée par l’intensification de la crise entre Ankara et Washington, mais le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu’il sortirait vainqueur de cette « guerre économique » qui inquiète dans le monde. Donald Trump a annoncé sur Twitter la hausse des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs, désormais de 50 % et 20 % respectivement, notant que les relations entre les États-Unis et la Turquie, alliés au sein de l’OTAN, n’étaient « pas bonnes en ce moment ». La devise turque, qui a perdu près de la moitié de sa valeur face au billet vert depuis le début de l’année, a enregistré une baisse vertigineuse jusqu’à des plus bas historiques, s’échangeant en fin de journée à 6,47 livres pour 1 $US, soit une baisse de 16,6 %. Face à cette déroute, M. Erdogan a appelé ses concitoyens à la « lutte nationale » en échangeant leurs devises étrangères pour soutenir leur monnaie.

— Agence France-Presse

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