La Presse à Sept-Îles

Un rêve au bord de la mer

Gabrielle et Jean-François travaillaient pour la grande industrie à Sept-Îles, où l’économie vibre au rythme des cycles miniers. Emplois stables, bons salaires. Pourtant, le couple de trentenaires a choisi de tout balancer et de racheter un petit casse-croûte en bord de mer. Un changement audacieux qui porte jusqu’à présent ses fruits. Portrait.

Difficile de rater le Casse-croûte du pêcheur lors d’une visite à Sept-Îles. L’endroit a pignon sur rue dans l’un des plus beaux coins de la ville, près du quai des pêcheurs, non loin de la marina. La vue sur la baie est à couper le souffle. De plus, la salle à manger conviviale a été aménagée au centre d’une réplique de casier à homard format géant.

« Ça tombait bien parce qu’on est des marins dans le sang chez nous. On est toujours sur le bord de l’eau et on mange des fruits de mer depuis qu’on est petits », lance Gabrielle Néron. C’est la fin du mois de mai, et le soleil commence enfin à réchauffer Sept-Îles. Les rayons font leur chemin jusqu’à l’intérieur de ce gigantesque casier où le couple attend La Presse.

« J’ai toujours voulu être dans la restauration », avoue-t-elle. Un jour de 2014, le mot s’est passé que le casse-croûte était à vendre et elle et Jean-François ont sauté sur l’occasion. « C’était le plus beau saut dans le vide », résume Gabrielle.

« Je ne m’inquiétais pas pour la viabilité de l’entreprise. Ce que je craignais, c’était de quitter l’emploi que j’occupais depuis neuf ans. »

— Gabrielle Néron

À cette époque, le prix de la tonne de fer s’effondrait sur le marché mondial. La secousse n’a pas tardé à ébranler la Côte-Nord. Même si le couple s’en tirait bien malgré le ralentissement – elle était dans la vente industrielle et lui était chargé de projet pour un entrepreneur général –, ce n’est pas l’instabilité économique qui a motivé leur choix à la base.

Le pari était risqué, donc. Gabrielle s’est approprié rapidement son nouvel environnement. Jean-François Fournier a attendu un an avant de quitter son emploi. La décision de s’investir les deux à temps plein s’est imposée d’elle-même. Le couple voyait grand. Le duo a mis la main sur la poissonnerie et le restaurant de fruits de mer, Les Terrasses du capitaine, voisins du casse-croûte.

Entreprise familiale

L’entreprise ne s’agrandissait pas juste physiquement. Frédérique, la sœur de Gabrielle, technicienne électrique, commençait à ressentir les soubresauts de l’économie au travail. « Un midi, je suis venue dîner et j’ai demandé à ma sœur si elle avait besoin d’aide. C’était un peu à la blague, mais le soir même, elle m’a dit : “Ça te tente-tu pour vrai ?” », raconte-t-elle.

Les frangines sont maintenant copropriétaires du casse-croûte. Michel Bourque, le conjoint de Frédérique, est aussi devenu partenaire de la poissonnerie avec Jean-François. Le papa des sœurs Néron vient faire son tour et leur maman cherche toujours quoi faire pour aider, racontent-elles. « C’est devenu carrément notre vie », résume Gabrielle.

Et la force du clan est palpable. Les paroles s’enfilent autour de la table de bois, où est aussi assise Frédérique. Les entrepreneurs ont « mis à leur main » les entreprises rachetées. Le casse-croûte a entièrement été rénové, l’équipement a été mis au goût du jour.

« Nous avons inventé nos recettes, nous avons introduit des choix véganes aussi. »

— Gabrielle Néron

L’achat de la poissonnerie permet également d’approvisionner le restaurant et le casse-croûte en produits de la mer frais, grande vedette des plats servis dans les deux commerces. Fermée pendant l’hiver, l’entreprise a aussi choisi de livrer sur demande des fruits de mer aux quatre coins de la province par l’entremise de Facebook.

Ambassadeurs de la région

Sans l’avoir planifié, la famille s’est mise à jouer un rôle d’ambassadeur de la région puisque leurs installations attirent bon nombre de touristes venus savourer les produits de la mer (et voir le fameux casier !) et de nombreux croisiéristes, qui descendent au quai des croisières, situé tout près. « On est vraiment sur la première ligne », illustre Frédérique Néron.

Un privilège que les nouveaux entrepreneurs prennent à cœur. Les jeunes restaurateurs planchent sur une gamme de produits à l’effigie de Sept-Îles qui pourra être vendue dans une boutique de souvenirs qu’ils aménageront dans le phare voisin de la cage. « On a toujours aimé montrer que Sept-Îles, c’était super. Ça nous permet de le dire encore », ajoute-t-elle.

Bien heureux dans leur nouvelle vie, le clan n’a aucun regret. « Je suis contente aussi d’être sortie d’une multinationale. Ici, on se parle et on décide ce qui nous plaît ensemble », résume Gabrielle. « C’est un coup de tête qui a porté ses fruits », renchérit Jean-François. Et surtout, un choix qui ne leur fait plus craindre le cours du fer.

Les adresses : 

Le Casse-croûte du pêcheur 4, rue Maltais, Sept-Îles

Les Terrasses du capitaine 295, avenue Arnaud, Sept-Îles

La Poissonnerie Soucy 295, avenue Arnaud, Sept-Îles

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