Lorne Trottier

Né d’un père franco-ontarien et d’une mère juive, la même année que le transistor, il s’intéresse à l’électronique dès l’enfance. Il est cofondateur de la société de haute technologie Matrox en plus d’être un grand philanthrope montréalais. À 71 ans, il vient tout juste de racheter les parts de son cofondateur et ex-associé. Lorne Trottier est notre personnalité de la semaine.

Lorne Trottier est né en 1948 dans le Montréal de Mordecai Richler. « Aujourd’hui, on appelle ça le Plateau », confie en entrevue le cofondateur de la société Matrox, qui, à 71 ans, vient de racheter les parts de son associé pour en devenir le seul propriétaire et relancer l’entreprise vers le futur. 

Mais dans le temps, ce Montréal, c’était surtout la Main, la rue Saint-Urbain, un quartier d’immigrants. C’est là que l’homme d’affaires a grandi, en fréquentant notamment la même école secondaire anglophone, Baron Byng, que le célèbre auteur. 

Lorne Trottier avait un père franco-ontarien, donc francophone et catholique, un commerçant dans la distribution alimentaire qui travaillait très fort – « j’ai appris ça de lui » – et une mère juive anglophone qui a élevé quatre garçons avant de devenir secrétaire, métier qu’elle a longtemps pratiqué par la suite.

À l’époque, de tels mariages mixtes n’étaient pas fréquents. « Mes parents étaient un peu rebelles », se rappelle l’homme d’affaires.

« Ça m’a donné des valeurs libérales, une ouverture culturelle. » Au primaire, Lorne Trottier a fréquenté une école juive. Mais, au secondaire, dit-il, « j’ai perdu la religion et j’ai découvert les valeurs humanistes et scientifiques ».

L’année de la naissance de notre personnalité de la semaine, 1948, est aussi l’année de l’invention du transistor, chez Bell Labs, un composant fondamental des appareils électroniques. 

« L’époque de l’électronique moderne venait de commencer. »

— Lorne Trottier

Et c’est dans ce secteur que M. Trottier a fait carrière. Comme l’expliquait cette semaine mon collègue Jean-Philippe Décarie, Matrox, l’entreprise qu’il a cofondée en 1976, s’est d’abord illustrée en créant une interface de contrôle vidéo permettant d’afficher les données des satellites sur les mini-ordinateurs et en devenant le principal fournisseur technologique de l’armée américaine pour la formation de ses troupes. Puis, dans les années 90, l’entreprise s’est mise à développer des cartes graphiques qui permettaient d’augmenter les images vidéo sur les écrans d’ordinateur, une percée fondamentale dans le développement des jeux vidéo. Depuis le début des années 2000, Matrox est devenue un chef de file dans l’informatique graphique, la vidéo et l’imagerie, et dans la vision industrielle (machine vision).

Les débuts

Cette passion pour la science, l’électronique, l’astrophysique a commencé à un moment bien précis. À 11 ans, dans un camp d’été, le jeune Lorne se fait un nouvel ami qui l’amène jouer chez lui, dans sa maison. Là, un grand frère montre aux deux nouveaux camarades les appareils radio amateurs qu’il s’est fabriqués. « Ça m’a bouleversé, je trouvais ça fascinant, dit Lorne Trottier. Je suis parti à la bibliothèque chercher des livres pour comprendre. »

Là, il plonge dans l’électronique, les sciences physiques, mais aussi astronomiques. Il s’intéresse à l’évolution de l’humanité, au système solaire.

Après le secondaire, le jeune homme fait ses études à McGill en génie électronique, puis une maîtrise. 

En sortant de l’école, il travaille notamment chez Marconi et dans une entreprise où l’on fabriquait des équipements de salle de contrôle en télévision. 

Puis, en 1976, c’est le début de Matrox, société qui sera profitable dès ses débuts. Et qui permettra à M. Trottier de devenir philanthrope. 

« On a toujours trouvé des produits électroniques pour s’adapter aux changements. Parce que la technologie a immensément évolué depuis 1976. Sans jamais que Matrox tire de l’arrière. »

— Lorne Trottier

« Je m’amuse beaucoup », dit l’homme d’affaires, qui ne s’entendait plus avec son cofondateur et associé, dont il vient de racheter les parts. 

Prendre un tel risque à 71 ans ne l’inquiète pas. « Je suis un vrai geek qui aime son métier. »

« Nous avons des gens réellement doués », note-t-il. Quelque 650 employés à Dorval. « C’est du plaisir, pas du travail. »

Sa famille, dit-il, était totalement derrière lui. Son beau-fils travaille avec lui. Il a deux filles, une microbiologiste et une autre dans les sciences de l’environnement, un sujet qui interpelle aussi beaucoup l’homme d’affaires.

La fondation de la famille œuvre dans le domaine de l’éducation, de la santé et des disparités économiques, mais a aussi un grand parti pris pour la cause environnementale et la lutte contre le réchauffement climatique.

Quand Greta Thunberg est venue à Montréal, toute la famille était de la manif, y compris les deux enfants Trottier et quatre petits-enfants. Et la fondation a donné de l’argent pour construire la scène où la jeune militante suédoise a parlé. Et vous y étiez, dans la rue, vous aussi, Monsieur Trottier ? « Oh oui, c’est sûr. C’est sûr que j’y suis allé moi aussi. »

Lorne Trottier en quelques choix

Un film :

Le documentaire Apollo 11 – la mission des premiers pas de l’humain sur la Lune –, sorti en 2019 et réalisé à partir d’images inédites récemment découvertes et d’enregistrements audio originaux. « C’est vraiment très, très bien fait. Et avez-vous déjà remarqué que toutes les personnes qui sont allées dans l’espace et ont vu la Terre sont ensuite devenues écologistes ? »

Un livre :

Le triomphe des Lumières, de Steven Pinker, Montréalais d’origine. Ou pourquoi l’on a plus besoin que jamais de la raison, de la science, de l’humanisme et du progrès.

Une personnalité historique :

Charles Darwin

Une personnalité contemporaine :

Barack Obama

Une phrase :

« L’âge de pierre n’a pas pris fin parce qu’on a manqué de pierres. »

Une cause :

Les changements climatiques

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.