Cale Fleury et Nick Suzuki : Un impact dès leurs débuts

Après avoir passé une année dans la Ligue américaine avec le Rocket de Laval en 2018-2019, Cale Fleury savait qu’il devait faire du bon boulot au camp d’entraînement pour convaincre la direction et le personnel d’entraîneurs des Canadiens qu’il ne méritait pas de retourner disputer une deuxième saison avec l’équipe-école du Tricolore.

L’athlète originaire de Carlyle, en Saskatchewan, savait fort bien qu’à l’âge qu’il avait, il devrait être assez bon pour mériter un poste régulier au sein de la brigade défensive de Claude Julien, sinon on allait l’envoyer peaufiner son jeu sous les ordres de l’entraîneur-chef du Rocket Joël Bouchard.

« Au camp d’entraînement, mon but était d’être retenu dans l’équipe et d’avoir un poste au sein de la formation tous les matchs, a rappelé Fleury, le choix de troisième tour (87e au total) des Canadiens en 2017. Je savais qu’ils n’allaient pas me garder si j’allais être tout le temps dans les gradins. Ça m’a donné la motivation nécessaire pour essayer de viser un poste plus régulier. »

Fleury, qui avait alors 20 ans, a récolté une mention d’aide, décoché sept tirs au but et affiché un différentiel neutre en quatre matchs préparatoires, puis il a été retenu dans la formation à l’issue du camp d’entraînement, tout comme une autre recrue du club, Nick Suzuki. Ces deux-là se sont donc ajoutés à Jesperi Kotkaniemi pour devenir la première triade de joueurs de moins de 21 ans à faire partie de la formation du match d’ouverture des Canadiens depuis 1982-1983. Cette saison-là, Gilbert Delorme, Mark Hunter et Ric Nattress avaient enfilé l’uniforme à l’occasion d’une rencontre que le club montréalais a remporté 2-1 au Forum contre les Whalers de Hartford.

Dans le cas de Fleury, Julien a reconnu qu’après une année dans les rangs professionnels mineurs, le jeune athlète avait fait bien plus que simplement attirer son attention ; il l’avait aussi pris par surprise.

« C’est certain qu’un séjour dans la Ligue américaine, c’est toujours une occasion d’apprendre pour un jeune ; ç’a lui a été bénéfique. Il a eu un bon camp d’entraînement, ce qui a attiré notre attention encore plus qu’on s’y attendait, pour être bien honnête, a fait savoir l’entraîneur. Ça nous permet donc de compter sur un joueur qui a beaucoup de potentiel. »

Confiance et communication

Si on pouvait jeter un coup d’œil dans la tête de Fleury, on verrait que son solide niveau de jeu – qu’il a continué d’offrir au fur et à mesure que la saison a avancé même s’il a été écarté de la formation pour quelques matchs en octobre – ne représente pas une surprise, que c’est en fait attribuable à son assurance. Une assurance, en fait, qu’on voit rarement chez un jeune de 20 ans qui se retrouve dans la meilleure ligue de hockey au monde.

Selon son partenaire de jeu à la ligne bleue à l’occasion des quelques premiers matchs de la saison, Brett Kulak, Fleury n’a jamais craint de faire sentir sa présence sur la patinoire. Et ce, dès le départ.

« J’aime le fait qu’il parle beaucoup en zone défensive. Parfois, ça devient un peu chaotique quand les joueurs adverses se mettent à tourner dans notre zone. Pour un nouveau, il parle beaucoup et ça aide, a dit Kulak de l’arrière de 6-pieds-1 au début du mois d’octobre. Ça nous a permis de bien travailler ensemble. La maturité qu’il affiche en dehors de la patinoire est à la mesure de ce qu’on voit sur la glace. »

Cette volonté de s’affirmer représente peut-être un des principaux atouts chez Fleury, qui occupait le troisième rang dans l’équipe pour les mises en échec après 21 matchs même s’il avait disputé cinq matchs de moins que ses coéquipiers, mais Julien voit bien d’autres qualités que celle-là dans le jeu du jeune homme.

« C’est un défenseur droitier qui a un bon coup de patin et qui est costaud. On l’a vu, il a marqué son premier but l’autre jour. Ce n’était pas la première occasion de marquer qu’il obtenait », a souligné Julien, quelques jours après que Fleury a trouvé le fond du filet pour la première fois, à la mi-novembre, face aux Devils du New Jersey. « Il a un très bon tir, il a plusieurs atouts qui sont intéressants pour nous. On veut qu’il continue de progresser. »

De l’avis de celui qui a maintenant 21 ans, cette progression se fait à un bon rythme – et la solidité qu’il affiche entre les deux oreilles a beaucoup à voir avec ses progrès.

« Je me sens de plus en plus confiant au fil des matchs, j’ai confiance de pouvoir réaliser des jeux comme je l’ai fait toute ma vie », a affirmé Fleury, un ancien capitaine du Ice de Kootenay dans la Ligue de l’Ouest qui a complété sa carrière dans les rangs juniors avec les Pats de Regina. « J’espère maintenant réussir à afficher plus de confiance en zone offensive. Pour l’instant cependant, je mets surtout l’accent sur la nécessité de réussir une bonne première passe et d’être aussi bon défensivement que possible. »

Suzuki a mérité leur confiance

Fleury est passé sous le radar avant de montrer à tout le monde qu’il était prêt à jouer dans la LNH, mais on ne peut pas dire la même chose de Suzuki.

Un élément-clé de la transaction de l’automne 2018 impliquant l’ancien capitaine Max Pacioretty, Suzuki a fait parler de lui pendant son historique parcours vers le championnat de la Ligue de l’Ontario, quand il a établi un nouveau record des séries du Storm de Guelph en récoltant 42 points (16 buts, 26 passes) et, en fin de compte, a décroché le trophée Wayne Gretzky ’99’ en tant que joueur le plus utile à son équipe dans les séries.

Quand il a marqué son premier but dans la LNH, le 17 octobre contre le Wild du Minnesota, Suzuki est devenu le huitième plus jeune joueur à réussir le coup à titre de membre du Tricolore. Puis quand il a trouvé le fond du filet contre les Maple Leafs de Toronto, plus tard ce mois-là, pour ainsi enregistrer son troisième but de la saison, seuls Stéphane Richer (5 en 1985-1986) et Brendan Gallagher (4 en 2012-2013) avaient marqué plus souvent que lui, depuis la saison 1979-1980, en tant que recrues des Canadiens de 20 ans ou moins.

Il ne fait aucun doute que Julien a fait bien attention d’y aller de façon graduelle avec Suzuki. C’est petit à petit qu’il lui a demandé d’accomplir des tâches plus complexes. Toutefois, quand il a vu que le joueur originaire de London, en Ontario, pouvait en prendre beaucoup sur les épaules, la confiance qu’il lui témoignait s’est cimentée de plus en plus.

« On a beaucoup confiance en lui, et il progresse. On lui donne sa chance, a expliqué Julien après une séance d’entraînement tenue à la mi-novembre. Personne ne peut garantir qu’il pourra bien gérer ses responsabilités accrues ou son temps de glace, ou encore bien jouer contre les meilleurs trios de l’équipe adverse. Je pense que ça va venir avec le temps et ce sera à lui de montrer qu’il en est capable. On espère que ce sera le cas. »

Cette confiance affichée à l’endroit du jeune attaquant a porté ses fruits quand l’athlète de 20 ans a joué un rôle-clé dans une séquence de passes en zone offensive qui a mené à un filet égalisateur en dernière portion de match contre les Blue Jackets de Columbus, le 12 novembre. Suzuki a reconnu à quel point il est important que son entraîneur se sente à l’aise de l’envoyer sur la glace dans des situations aussi cruciales.

« C’est d’une importance énorme pour moi, j’essaie juste de gagner la confiance [de Julien] et d’avoir davantage confiance en moi », a indiqué l’attaquant recrue, qui a amassé son septième point de la saison en enregistrant une mention d’aide sur le jeu. « C’est vraiment plaisant d’être sur la patinoire et d’être en mesure de contribuer. »

Un mentorat important

La place de Suzuki dans la formation a beaucoup fluctué, alors qu’on lui a confié de plus grandes tâches et qu’on a besoin de lui dans différents rôles en raison des blessures. Peu importe où il s’est retrouvé et avec quels compagnons de trio il a évolué, ses coéquipiers ont tous remarqué son talent exceptionnel et son intelligence en matière de hockey.

« Je l’ai tout de suite remarqué ; c’est un excellent joueur », a déclaré Tomas Tatar qui, à titre de compagnon de trio de Suzuki, a été le récipiendaire de sa passe aussi précise qu’un chirurgien qui a mené au filet égalisateur contre Columbus. Il est vraiment talentueux, il est vraiment habile, et c’est plaisant de le regarder jouer. Il a d’excellentes mains et un très bon sens du hockey. J’aime vraiment jouer dans le même trio que lui ; j’ai beaucoup de plaisir. »

Quand Jonathan Drouin et Paul Byron se sont blessés en novembre, Julien a remanié ses trios et il a inséré Suzuki au centre d’une unité complétée par Max Domi et Joel Armia. Le meilleur marqueur du Tricolore en 2018-2019 savait qu’il allait y avoir une bonne chimie entre eux.

« C’est un bon jeune, un excellent joueur de hockey, un joueur intelligent et il fait les bons jeux, a décrit Domi, qui a établi un sommet personnel en récoltant 72 points (28 buts, 44 aides) l’hiver dernier. Il va être meilleur de jour en jour. »

L’attaquant de 5-pieds-11 et 201 lb a eu droit aux louanges d’un peu tout le monde dans le vestiaire, et les compliments ne viennent pas seulement de ses compagnons de trio.

À la suite d’une récente séance d’entraînement, Suzuki a identifié les joueurs de centre Phillip Danault et Nate Thompson en tant que joueurs qui l’ont beaucoup aidé au chapitre des mises en jeu, et c’est peut-être pourquoi Julien a fait de lui une des six recrues de la LNH à avoir pris 100 mises en jeu ou plus à ses 21 premiers matchs de la saison.

Pour en apprendre davantage de l’influence de Nate Thompson sur Nick Suzuki, jetez un coup d’oeil à l’écran 12 de ce magazine.

Certaines des statistiques publiées dans cet article ont été offertes par TSN StatsCentre (@StatsCentre sur Twitter).

Un texte de Dan Braverman, traduit par Visionnaire Communications

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