Chronique

Et voilà que notre dette baisse, enfin

J’ai failli m’étouffer en voyant les nouveaux chiffres sur la dette, hier. Mesdames et messieurs, la dette du Québec ne monte pas cette année, elle est en baisse. Pas une baisse en pourcentage du PIB ou autre chose, une vraie baisse en vrais dollars !

D’aussi loin que je me souvienne, la dette du Québec a toujours été en hausse, année après année, de l’ordre de 3 à 10 milliards par année. Même en situation de déficit zéro, la dette continuait de prendre du poids en raison des investissements publics dans les routes et les ponts, ou encore des injections de fonds dans nos sociétés d’État, comme Hydro-Québec. Ces investissements ne sont pas passés à la dépense de l’année, ils viennent plutôt directement engraisser la dette.

Or voilà, même en tenant compte de ces investissements publics annuels, notre dette a significativement reculé cette année, ai-je pu constater dans le Point sur la situation économique et financière. Ainsi, au cours de l’exercice terminé le 31 mars 2018 – dont les chiffres officiels sont connus depuis seulement un mois –, notre dette brute s’est dégonflée de 2,4 milliards(1) !

Différents facteurs expliquent cette hausse – dont certains sont techniques –, mais pour l’essentiel, ce sont nos surplus des quatre dernières années qui changent la donne.

Au 31 mars 2018, donc, notre dette brute a reculé à 201,1 milliards et elle est passée résolument sous les 50 % du PIB, à 48,2 %. Wow !

Au rythme où vont les choses, le Québec atteindra cinq ans plus tôt que prévu la cible fixée dans la Loi sur la réduction de la dette, soit un ratio dette/PIB de 45 %. Dans la loi, il est exigé que cette cible de 45 % soit atteinte en 2026, mais c’est désormais au tournant de l’année 2021 que les efforts entrepris sous Lucien Bouchard en 1996, puis Jean Charest en 2006, seront récompensés.

Fait à préciser, cette baisse de la dette n’est pas liée au remboursement de 8 milliards à même le Fonds des générations annoncé hier. Le calcul de la dette brute englobait déjà la valeur du Fonds ou, autrement dit, il en était déjà soustrait.

Certes, la cible de 45 % pourrait ne pas être atteinte en 2021 si une récession importante venait tarir les recettes fiscales. Néanmoins, le gouvernement prévoit déjà, dans ses projections de revenus et de dettes à venir, que l’économie ralentira significativement ; la croissance réelle du PIB québécois passera ainsi de 2,5 % cette année à 1,8 % en 2019, puis à 1,5 % en 2020 et à 1,3 % au cours des deux années suivantes.

Que se passe-t-il ? Depuis deux ans, notre économie roule à fond de train, ce qui remplit les coffres de l’État de diverses recettes fiscales. Le surplus de l’exercice terminé en mars 2018 s’est ainsi élevé à 2,6 milliards, ce qui est trois fois supérieur à ce qui était prévu (850 millions).

Et l’année 2018-2019 est prometteuse elle aussi, est-il indiqué dans le Point hier. Dans le budget de mars dernier – il y a seulement 10 mois –, le gouvernement Couillard s’attendait à devoir puiser dans la réserve pour boucler son budget 2018-2019, compte tenu des bonbons fiscaux qu’il a versés aux contribuables, entre autres. Il n’était donc pas question de surplus, en réalité, mais d’un déficit, comblé par une ponction de 1,6 milliard dans la réserve (cette réserve est constituée des surplus des dernières années).

Hier, surprise, les documents du Point nous indiquent que le gouvernement n’aura plus besoin de puiser dans cette réserve pour 2018-2019. Au contraire, Québec devrait terminer l’année avec un surplus de quelque 1,7 milliard, et ce, même en donnant des bonbons de 229 millions aux familles et aux entreprises d’ici trois mois. Il s’agit d’un revirement financier majeur, de 3,23 milliards (1,6 + 1,7 milliard, sans les arrondissements).

Certains croient que ce revirement de l’année en cours s’explique par le retard de certains ministères et organismes à dépenser les sommes budgétées. De fait, ce facteur justifie 661 millions du revirement de 3,2 milliards.

C’est toutefois le boom des recettes fiscales provenant des particuliers et des entreprises qui a fait le gros du travail, soit 2,3 des 3,2 milliards. Ce boom est causé par la vigueur de l’économie.

À cela s’ajoutent d’autres facteurs comme des revenus plus importants de sociétés d’État (308 millions) – essentiellement Hydro-Québec –, des transferts fédéraux plus généreux (325 millions) et des économies provenant du service de la dette (248 millions).

La vigueur économique de la dernière année aura aussi des répercussions sur les revenus de l’an prochain (2019-2020). Une grande partie de ce coussin sera utilisée pour financer les mesures annoncées hier, qui coûteront globalement 806 millions en 2019-2020.

Et alors, que nous indiquent ces belles données financières ? Que le Québec a désormais les moyens d’investir, notamment en éducation, et d’alléger le fardeau fiscal des contribuables. Il reste à la CAQ de François Legault de bien choisir comment y parvenir sans revenir aux déficits structurels qu’on a connus pendant plusieurs années.

(1) La dette avait aussi diminué en 2016, mais d’un maigre 610 millions seulement, et c’était en raison de la réduction majeure des placements, prêts et avances aux sociétés d’État dans le contexte de la lutte pour l’atteinte du déficit zéro.

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