Francos

Cœur de pirate face à l’adversité

Cœur de pirate assure ce soir le concert d’ouverture des 31es Francos. La Presse l’a rencontrée la veille et l’avant-veille de l’évènement.

Le spectacle de Béatrice Martin, connue sous le nom de Cœur de pirate, à la Place des Arts est dans deux jours, et la chanteuse est malade. Une grippe s’acharne sur elle.

« J’ai rêvé toute ma carrière de jouer à la salle Wilfrid-Pelletier », nous dit l’auteure-compositrice-interprète. Cela fait six mois qu’on lui a confié ce concert dans la plus grande salle de la Place des Arts, explique-t-elle. Pas question de laisser la toux ou la fièvre gâcher ce moment.

En matinée mercredi, Safia Nolin la rejoint au studio Latraque, rue Dandurand. Il est un peu passé 9 h. Dans la grande salle au haut plafond, tout est installé pour une dernière journée de répétitions.

Ce sera Safia d’abord, puis le groupe au complet. Milk & Bone en après-midi. Avec Loud, il faudra attendre la générale, le jour du spectacle, pour répéter leur duo.

L’atmosphère entre les murs blancs tapissés de panneaux insonorisants est tranquille, joviale. On prend le temps de discuter, de s’installer. Nelly, le petit caniche de l’éclairagiste Maxine, se promène, se fait câliner, est le sujet de plusieurs conversations.

Safia n’est là qu’une dizaine de minutes, le temps d’interpréter Adieu une fois. En cercle au milieu de la salle, accompagnées du guitariste de Cœur de pirate, Renaud, les deux chanteuses lient leurs voix séraphiques. Safia assure qu’elle l’apprendra mieux, que ce sera correct. Béatrice lui dit que « c’est parfait ». 

Grippe : 1, Cœur de pirate : 0

À 10 h, les musiciens de Cœur de pirate s’installent. Le piano blanc (sur lequel trône une indispensable boîte de mouchoirs) de l’interprète l’attend. Celle-ci y prend place, Vincent s’assoit derrière sa batterie, Renaud reprend sa guitare, Alexandre empoigne sa basse. Camille, Édith, Amélie et Sarah, qui forment le Quatuor esca, accordent leurs instruments.

On passe alors la setlist en revue, la partie instrumentale seulement. Il faudra ajuster ceci ou cela, des détails. Les huit musiciens connaissent bien l’enchaînement de chansons qu’ils joueront ce soir. « On a déjà fait ce spectacle à [la salle] Pleyel, à Paris [à la fin du mois de mars], dit Cœur de pirate. Mais on va le rendre unique. »

À la mi-journée, mercredi, on décide que Béatrice ne pourra se rendre au bout des répétitions. « Elle avait beaucoup de fièvre, des sueurs froides », nous explique Judith, son agente. Les filles de Milk & Bone, Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin, doivent répéter seules.

Le lendemain, on retrouve Cœur de pirate à la traditionnelle conférence de presse des Francos. Elle est plus en forme, mais ne compte pas s’attarder. Il lui faut du repos. Elle craint un peu pour sa voix, mais dit avoir « fait attention ». « J’ai tout fait pour aller mieux », dit-elle, souriante. 

« Chanter est un sport de compétition, il faut savoir se soigner. »

— Cœur de pirate

« Saveur de l’été »

Il reste un peu plus de 24 heures avant le concert. Cœur de pirate est une habituée des Francos. « J’ai grandi avec ce festival, dit-elle. C’est représentatif du Québec, de notre langue. Ça me fait beaucoup de bien d’aider à faire rayonner ce côté-là de Montréal. »

La première fois qu’elle y a pris part, elle ouvrait pour Vincent Biolay. C’était en 2008. 

« J’avais eu une critique horrible d’un gars du Voir, raconte-t-elle. Il disait que je n’avais pas rapport là et que j’étais une “saveur de l’été”. Ça fait 10 ans que je suis la “saveur de l’été”, donc ça va ! »

Béatrice Martin, qui célèbre cette année les 10 ans de son premier album, se dit prête à « passer le flambeau ». « Je ne sais pas combien de temps je vais être capable de faire ça, dit-elle. Aussi longtemps que mon corps va en être capable. Il reste beaucoup de territoires que je veux faire : l’Amérique du Sud, l’Asie. Mais je vois ce qui se fait en ce moment en musique et je ne sais pas à quel point j’ai le niveau de compétition pour rester super actuelle. »

« Je suis contente de pouvoir faire ça encore un bout, ajoute-t-elle. Après, on va voir. »

Elle ne s’est jamais fixé d’objectifs, dit-elle, et ça lui a toujours servi. Une chose à la fois. Le défi le plus imminent : le spectacle de ce soir. Si elle confie ressentir beaucoup de pression, son flegme affirme tout le contraire. « Ça devrait aller », lance-t-elle, en cognant sur la table en bois.

À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, ce soir, 20 h. Première partie : Marie-Ève Roy.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.