Éditorial : tramway de québec

Entendez-vous, vite !

Citoyens de la Capitale-Nationale, bienvenue dans le merveilleux monde des relations entre Ottawa et Québec, où même quand on est d’accord, on s’obstine pour savoir qui a le plus raison.

C’est en vertu de cette tradition que le projet de tramway et de réseau structurant de la Ville de Québec est en danger. Et ce, même si le maire Labeaume le réclame, même si Québec a confirmé son financement et même si Ottawa assure que sa part est déjà sur la table.

Car ce n’est pas parce qu’un dossier paraît simple qu’on ne peut pas le rendre compliqué.

Sous le gouvernement Harper, pendant que les autres provinces utilisaient les sommes du Fonds chantier Canada pour investir en transport collectif, le Québec dépensait tout dans ses routes. Cette fois, grâce au leadership du maire Labeaume, un véritable projet de mobilité durable a été mis sur pied pour notre Capitale-Nationale. Et grâce aux investissements massifs du gouvernement Trudeau, l’argent semblait à nouveau disponible.

Hélas, le tramway est menacé par les spécialistes de la bureaucratie des petites cases.

En attendant que le bon sens prévale, le temps s’écoule. Il y aura une campagne fédérale, où les libéraux affronteront les conservateurs d’Andrew Scheer, qui sans surprise préfère un troisième lien routier à un projet de transports en commun. Parce qu’entre la congestion polluante et la mobilité verte, M. Scheer a fait son choix.

A priori, on pourrait croire que c’est aussi le cas de François Legault. C’est avec un enthousiasme très modéré qu’il a appuyé le projet de son prédécesseur libéral, Philippe Couillard. D’un côté, M. Legault fonce avec le troisième lien, sans connaître le tracé, la technologie (pont ou pont-tunnel ?) ou le coût. De l’autre, il chipote avec le financement du tramway. Le gouvernement caquiste a évoqué hier un déprimant plan B, un projet appauvri de 800 millions ou une construction en étapes. Avec le troisième lien, pourtant, il n’hésite pas à rêver en grand…

Mais quand on regarde de plus près, on constate que le gouvernement caquiste n’a pas largué le tramway.

Au contraire, il prépare un projet de loi, demandé par le maire Labeaume, pour permettre les expropriations durant la construction. De plus, les caquistes privilégient encore la mouture initiale du projet, et ils ont confirmé le financement de 1,8 milliard annoncé par le gouvernement Couillard.

Le fédéral avait indiqué l’année dernière qu’il payerait le reste de la facture, soit 1,2 milliard. Il est normal que M. Legault insiste pour que cet engagement se concrétise. Hélas, cela semble compliqué, très compliqué…

On comprend donc l’exaspération du Québec. À trois reprises, le fédéral a proposé un financement trop rigide.

Cela a commencé avec le Fonds des infrastructures vertes, négocié sous M. Couillard. Dans l’ensemble, l’entente n’était pas mauvaise – elle a permis à la province de récolter 26 % de l’enveloppe, soit plus que son poids démographique. Mais les sommes sont allouées en vertu de l’achalandage. Cela signifie que moins une ville a développé ses transports collectifs, moins elle aura d’argent. Montréal a ainsi récolté 3,7 des 5,2 milliards. La Capitale-Nationale reçoit 400 millions. Il manque 800 millions pour compléter le financement fédéral.

Ottawa a ensuite fait une seconde proposition : que Québec puise l’argent manquant dans le Fonds des infrastructures pour l’adaptation aux changements climatiques. En effet, l’enveloppe de 810 millions paraît suffisante. Or, le gouvernement Legault a déjà planifié pour 793 millions de projets, comme la biométhanisation ou la fin du mazout dans des communautés nordiques.

Le fédéral est ensuite revenu à la charge avec une troisième solution, dans son plus récent budget : transférer 500 millions de la taxe de l’essence aux municipalités. Mais la somme n’a pas seulement été promise à la Ville de Québec – elle est aussi disponible pour les autres municipalités. Bref, le gouvernement Trudeau offre une somme insuffisante (500 millions au lieu de 800 millions), puis il la promet à plusieurs villes en même temps.

Voilà où nous en sommes.

Avec le tramway, M. Legault partait avec une prise au bâton. Étant donné son appui au troisième lien, son tatillonnage avec le tramway paraît suspect. Mais en examinant le dossier de près, on comprend le premier ministre caquiste : il ne peut pas laisser sur la table l’argent promis. Et on peut comprendre aussi son exaspération face à la rigidité paternaliste de l’aide fédérale. Ottawa dit avoir le chèque dans la main, mais ne desserre pas le poing.

Pauvre Capitale-Nationale. Parmi les agglomérations canadiennes de sa taille, elle affiche parmi les pires taux de covoiturage et de transports en commun. Maintenant qu’elle ose enfin rêver un peu, on menace de rapetisser sa vision pour la faire entrer dans les formulaires des programmes pancanadiens.

Si c’est l’impression que le gouvernement Trudeau veut laisser, ce n’est pas la meilleure stratégie électorale.

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