HOCKEY

Le match dont on avait besoin ?

TORONTO — C’est peut-être le match dont ce tournoi avait besoin.

Déjà que les États-Unis plieront bagage s’ils s’inclinent devant le Canada ce soir, il n’aurait pas fallu qu’en plus la Russie soit envoyée au tapis.

C’est aussi le match dont cette Coupe du monde avait besoin pour offrir les sensations fortes qui manquaient jusqu’ici. Cette courte victoire de 4-3 des Russes sur Équipe Amérique du Nord a donné lieu à du hockey intense, excitant, et au cours duquel la rivalité s’accroissait à chaque minute. 

La foule du Centre Air Canada, bien sûr rangée du côté des jeunes, était certes heureuse de célébrer la magnifique pièce de jeu de Connor McDavid qui a déculotté Pavel Datsyuk et Alexei Emelin en début de match. Mais après avoir vu les jeunots s’effondrer et céder quatre buts en 6:14 aux Russes, c’est le but de Morgan Rielly pour les replacer dans le coup en fin de deuxième qui les a fait le plus réagir.

« On ne pouvait pas perdre ce match, sinon notre tournoi était terminé. Même si c’était notre deuxième match en deux jours, tout le monde s’est sacrifié pour cette victoire. »

— Alex Ovechkin

On a enfin vu de quoi la Russie est capable lorsque ses talentueux attaquants saisissent leurs chances. Cette équipe peine depuis des années à soutirer le maximum de ses vedettes dans les compétitions internationales. Si elle pouvait freiner cette tendance et retrouver un peu de lustre à l’occasion de cette Coupe du monde, c’est tout le hockey qui en sortirait gagnant.

LES JEUNES ET L’ÉMOTION

Il y a ce fameux cliché voulant qu’il ne faille « jamais être ni trop haut ni trop bas ». Tempérer son enthousiasme quand ça va bien et éviter de sombrer quand ça va mal.

En l’espace de 24 heures, les jeunes de l’Amérique du Nord ont tripoté avec les deux.

Dimanche soir, contre la Finlande, ils se sont emballés quand les choses tournaient rondement. Ils étaient en train de se tricoter une nappe en dentelle lorsque l’entraîneur-chef Todd McLellan les a rappelés à l’ordre.

Hier, ç’a été l’inverse : la vague russe les a ensevelis durant sept minutes au cours desquelles ils ont perdu leurs moyens.

« Je n’ai pas trouvé que nous avons bien géré la situation au moment où nous la vivions, a indiqué McLellan, qui a qualifié son groupe d’hésitant. Nous ne pouvions pas freiner leur lancée, et ça nous a pris du temps à retrouver notre rythme.

« Mais c’est un bon signe qu’on se soit regroupé et qu’on soit revenu dans ce match. C’est une jeune équipe et nous cherchions quelqu’un, peu importe la position, pour calmer le jeu durant une présence, et ç’a pris du temps à arriver. Ce genre de chose arrive avec une équipe jeune et plus inexpérimentée. »

Durant ces sept minutes où tout a chaviré, le meilleur défenseur des jeunes, Aaron Ekblad, a particulièrement manqué à son équipe. Ekblad a dû déclarer forfait en raison d’une blessure au haut du corps qui pourrait bien être une commotion cérébrale subie la veille à la suite d’un coup de Leo Komarov.

LE BRIO DE BOB

Aux yeux d’Auston Matthews, le fait que les jeunes se soient sortis de la tempête et soient revenus avec acharnement en troisième période est de bon augure pour leur équipe.

« On a démontré beaucoup de résilience, a souligné la recrue des Maple Leafs. Nous étions en retard par deux buts en troisième, mais tout le monde demeurait très motivé. On a gardé le pied sur l’accélérateur, mais on a manqué de temps et on n’a pas pu en profiter. On a eu plusieurs chances de marquer, mais il faut saluer leur brigade défensive et leur gardien. »

On a décrié la minceur de la ligne bleue russe, mais dans les deux premiers matchs, elle a gardé la tête hors de l’eau. Les gens de Toronto vont se réjouir de compter cette saison sur Nikita Zaitsev, un homme de confiance de l’entraîneur-chef Oleg Znarok qui vient de signer avec les Leafs.

En revanche, ce sont les deux arrières du Tricolore, Andrei Markov et Alexei Emelin, qu’il a le moins utilisés. C’est vrai qu’ils n’ont pas très bien paru sur le but de McDavid...

Quant au gardien Sergei Bobrovsky, il méritait de se déboucher une Baltika bien froide en fin de soirée. Non seulement a-t-il fait face à 46 tirs, mais il a fait face à une double supériorité numérique et à un barrage en règle au cours du dernier tiers.

Du joli travail.

Aujourd’hui

Finlande c. Suède 15 h

Canada c. États-Unis 20 h

Steven Stamkos

Steven Stamkos est l’un des joueurs qui avaient le plus hâte à la Coupe du monde. Il s’est mis à y penser dès que le tournoi a été officialisé. N’ayant pu soigner assez vite sa jambe fracturée afin de participer aux Jeux de Sotchi en 2014, il s’était éclipsé aux îles Caïmans et n’avait regardé que le match de la médaille d’or. « Quand j’ai su que je n’irais pas, toute mon énergie mentale et physique s’est évaporée. J’avais besoin de temps et d’espace loin de tout. » Stamkos, qui a représenté son pays trois fois aux Championnats du monde, n’avait pas été retenu au sein d’Équipe Canada aux Jeux de Vancouver en 2010.

Gary Bettman

Après trois jours de compétition, aucun des six matchs présentés au Centre Air Canada n’a affiché complet, pas même celui de samedi entre le Canada et la République tchèque. Plus de la moitié des loges sont demeurées inoccupées jusqu’ici. Pourtant, le commissaire Gary Bettman s’est dit très satisfait des assistances. « Le buzz est incroyable, a soutenu le commissaire hier matin lors d’un point de presse. Nous jouons pratiquement à guichets fermés et il ne reste qu’une poignée de billets sur le marché secondaire. Si je me fie à tous les tournois internationaux auxquels j’ai assisté – dont les Jeux olympiques –, nos foules sont supérieures à tout ce que j’ai vu auparavant. »

Europe c. République tchèque

Leon Draisaitl a marqué en prolongation pour donner la victoire 3-2 à Équipe Europe aux dépens des Tchèques, qui se retrouvent avec une fiche de 0-2 dans le tournoi. Ceux-ci ont mis un temps fou à se mettre en branle et n’avaient que sept tirs à mi-chemin dans le match. N’eût été le brio du gardien Petr Mrazek, le match aurait été hors de portée bien avant. Un tir de Mats Zuccarello qu’il a mal jugé a donné les devants 2-1 à Équipe Europe, mais les Tchèques ont pu au moins réparer son erreur et forcer la prolongation. « Nous savions que nous devions récolter deux points pour demeurer dans le coup, a soutenu Mrazek. C’est encore possible, mais ce n’est plus dans nos mains. »

Mike Babcock

L’entraîneur-chef du Canada Mike Babcock garde l’œil sur le rendement des joueurs des Maple Leafs à la Coupe du monde. Le fait de voir Auston Matthews et Morgan Rielly à l’œuvre au sein d’Équipe Amérique du Nord lui plaît particulièrement. « Je ne sais pas exactement qui a eu l’idée de rassembler ces jeunes, mais quelle belle façon de montrer à quoi ressemblera la LNH dans 10 ans, a dit Babcock. Cette équipe est l’une des choses les plus excitantes qu’il y ait à propos de ce tournoi. Ils vont aller chercher un tas de nouveaux fans avec ça. C’est un outil de marketing extraordinaire. »

« Ce sont trois journées historiques pour ce groupe. Les preneurs aux livres donnaient les chances de gagner à 33 contre 1. Mais nos gars n’ont jamais considéré l’obstacle. Ils ont toujours cru qu’ils avaient une chance de se retrouver là où ils sont aujourd’hui. Peut-être que personne à l’extérieur de notre vestiaire ne pensait comme ça. Mais je suis tellement fier de la manière dont nos joueurs se sont regroupés en aussi peu de temps et de la façon dont ils honorent le drapeau de leur pays sur leur épaule. Il y a un engagement total de ce groupe. Je n’ai jamais rien vécu de tel en 25 ans comme entraîneur-chef où un groupe se soude si vite et où l’on se sacrifie l’un pour l’autre. Nous sommes tissés serré et nous n’avons pas terminé. »

— L’entraîneur-chef d’Équipe Europe, Ralph Krueger, après la victoire de 3-2 face à la République tchèque

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