La Presse au Royaume-Uni

Après la circulation, Extinction Rebellion perturbe l’aviation

Le groupe écologiste radical a empêché un avion de décoller hier à Londres

LONDRES — Si les militants québécois d’Extinction Rebellion s’inspirent de leurs confrères anglais, qui ont mis au monde le mouvement, Montréal n’en a pas fini avec les coups d’éclat perturbateurs.

Le groupe écologiste radical a atteint un nouveau sommet de flamboyance, hier, lorsqu’un militant s’est littéralement collé au fuselage d’un avion de British Airway qui s’apprêtait à décoller de l’aéroport de Londres City. Extinction Rebellion avait appelé à y perturber les activités pendant trois jours, « à la mode de Hong Kong ».

C’est un athlète paralympique partiellement aveugle, James Brown, qui a surmonté sa phobie des hauteurs pour chevaucher l’Embraer 190 et accomplir le coup d’éclat.

« Nous protestons contre l’inaction du gouvernement quant à la crise climatique et écologique, a-t-il dit dans une vidéo enregistrée dans le feu de l’action et mise en ligne peu après. [Les autorités] reconnaissent l’urgence, mais n’agissent pas. »

Un autre militant a réussi à empêcher un vol en achetant un billet d’avion puis en refusant de s’asseoir avant le décollage. D’autres manifestants, moins imaginatifs, ont simplement tenté de bloquer tout accès à l’aéroport. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.

« Cette infrastructure est fragile. Les avions y atterrissent et décollent sur un horaire très serré. Toute notre économie est comme ça. Tout va bien s’il n’y a pas de perturbation. Mais pas s’il y a des événements météo extrêmes, une menace bien réelle », a expliqué Marc Lopatin, porte-parole d’Extinction Rebellion, alors que les avions continuaient à s’envoler par-dessus son épaule.

« Il faut reconnaître que nous n’avons aucune résilience, nous n’avons aucun plan B. On simule ce qui s’en vient. »

— Marc Lopatin

Les actions visant l’aéroport devaient démontrer cette vulnérabilité, a-t-il continué.

À quelques dizaines de mètres à sa droite, une petite cinquantaine de manifestants bloquaient une voie d’accès à l’aéroport, sous l’œil de dizaines de policiers et d’agents de sécurité.

Peu après le point de presse de M. Lopatin, ils se sont réunis en assemblée pour décider de rester sur place le temps de savoir si les manifestants arrêtés pendant la matinée seraient libérés. Un participant s’est fait imposer le silence lorsqu’il a voulu évoquer une action à venir. Un homme d’âge mûr en costume trois-pièces contrastait dans la foule de jeunes écolos jusqu’à ce qu’il évoque l’efficacité de son déguisement d’homme d’affaires pour passer inaperçu aux yeux des policiers.

Au cœur de Londres

En fin d’après-midi, Trafalgar Square était en ébullition, occupé depuis le début de la semaine par des militants d’Extinction Rebellion.

Plusieurs dizaines de tentes sont plantées, organisées en campements autour de la fontaine située au centre de la place la plus célèbre de Londres. Tout près, une scène a été installée – batterie et haut-parleurs compris – et des chapiteaux ont été montés : une cantine, une halte-garderie, un centre de « bien-être », entre autres.

« J’allume cette bougie pour qu’aucune de nos décisions n’affecte négativement les enfants, peu importe leur espèce », affirme une femme avant d’inaugurer une petite assemblée de militants provenant du sud-ouest de l’Angleterre, ainsi que du pays de Galles. Un système complexe d’assemblées, de sous-assemblées et de comités se réunit chaque jour afin de prendre des décisions relatives au mouvement. Andrea prend la parole pour se plaindre des « assauts policiers » qui l’ont obligée à changer « quatre fois d’emplacement » sa tente en seulement 12 heures, la veille.

Tout près, des jeunes femmes exécutent une danse aux allures druidiques, arborant des bannières d’animaux et agitant des branches feuillues dans les airs.

Malgré un appel à l’action, aucun coup d’éclat n’a eu lieu hier soir à Londres. La perturbation de l’Aéroport London City devrait se poursuivre aujourd’hui et demain.

« Le devoir d’avertir la population »

Le mouvement Extinction Rebellion a été lancé il y a bientôt un an au Royaume-Uni, à l’initiative de militants anticapitalistes et écologistes. Pas moins de 94 personnalités du monde universitaire anglais avaient signé au même moment une lettre ouverte dans le Guardian afin d’appuyer son action et d’appeler au « développement urgent d’un plan crédible pour rendre notre économie totalement carboneutre dans les plus brefs délais ».

« Nous sommes au milieu de la sixième extinction de masse de l’histoire, avec environ 200 espèces animales qui disparaissent chaque jour », écrivaient-ils l’automne dernier.

« Les humains ne peuvent continuer à violer les lois de la nature ou de la science sans conséquence. Si nous persistons dans cette voie, notre futur est sombre. »

— Extrait de la lettre publiée dans le Guardian

Le discours et l’action d’Extinction Rebellion se concentrent sur l’imminence d’une catastrophe climatique contre laquelle ses membres veulent se rebeller. Son logo, un sablier, fait référence à cette menace.

« Tout a changé et on agit comme si rien n’avait changé », a affirmé hier Gail Bradbrook, cofondatrice d’Extinction Rebellion, en marge de l’action de son mouvement à l’aéroport de Londres City. « Tout le monde parle du terrorisme – et bien sûr c’est une menace – , mais ça n’est rien par rapport à l’impact du climat et des catastrophes météo sur l’approvisionnement alimentaire. »

« Nous pensons que nous avons le devoir d’avertir la population, a dit Marc Lopatin. Le message doit être entendu. On parle d’impacts à court terme. »

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