SANTÉ

Des soins dentaires gratuits pour de jeunes démunis

Un partenariat avec les Auberges du cœur permet à des résidants d’être traités sans frais par des dentistes

Un an sans interruption comme prestataire de l’aide sociale, c’est le critère exigé par le système de santé pour rembourser les frais de base en soins dentaires des Québécois qui ne peuvent se le permettre. Passé l’âge de 9 ans, la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ne couvre plus les soins dentaires. Sans assurance privée, l’accès à des soins dentaires devient un coup de chance pour les moins fortunés.

« Il y a des trous au niveau des soins. Des fois, la seule chose que je peux dire à un jeune qui souffre, c’est va à l’urgence… peut-être qu’ils vont être assez gentils pour t’arracher ta dent », explique Marie-Noëlle Perron, intervenante auprès de jeunes résidants dans une Auberge du cœur de la métropole. 

TRAITER LES PATIENTS en situation précaire

L’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) offre depuis 2015 des soins dentaires gratuits aux résidants des Auberges du cœur. En octobre 2018, ce sont 270 jeunes qui avaient reçu des soins gratuits pour un total estimé à un peu plus de 800 $ par tête. Une somme difficile à placer dans des budgets loin d’être émaillés de richesses. 

Des initiatives comme celle de l’ACDQ existent aussi du côté de l’Ordre des dentistes du Québec, qui a traité plus de 350 patients en situation précaire dans le cadre du projet Bouche B. 

« Le mal de dents, ça a un impact sur l’employabilité, la vie sociale, la vie amoureuse et la santé globale. »

— Barbara Jomphe, gestionnaire pour les Auberges du cœur

Gabriel est l’un des bénéficiaires de ce partenariat. Il habite depuis quelque temps dans l’une des 30 auberges de l’organisme. Il a mal aux dents depuis ses 18 ans. « Ça vient par poussées, et ça repart », affirme l’homme de 24 ans. Il y a un an, il consultait un médecin pour des douleurs chroniques. Il a appris, à ses dépens, que la RAMQ ne remboursait pas les frais relatifs à l’extraction de ses quatre dents de sagesse. L’opération totalisait 2000 $. Une somme que Gabriel ne pouvait se permettre de débourser, il touchait alors des prestations d’aide sociale depuis quelques mois.

Le coup de pouce de ce partenariat a permis à Gabriel d’obtenir une réponse diamétralement opposée à la porte close que lui présentait le système public. « En deux semaines, j’ai eu un rendez-vous et ensuite des suivis réguliers aux deux semaines, sans rien débourser », affirme-t-il. Les chirurgiens dentistes ont mis une liste à la disposition des équipes d’intervention sociale des Auberges du cœur permettant de trouver les ressources adéquates selon la région visée.

Une situation qui s’aggrave

« Je ne me suis pas senti comme un “second class citizen” », se réjouit Gabriel en témoignant du service reçu. La privation de soins dentaires reste pourtant une pratique courante, et l’accès à ceux-ci, pour des questions budgétaires, tend à se restreindre. En 2016, 27 % des Québécois se seraient passés de soins bucco-dentaires, faute de moyens financiers adéquats, une hausse estimée de 12 % comparativement à 2013, révèle une enquête internationale sur les politiques de santé du Commonwealth Fund de 2016. 

Le Québec fait mine bien basse par rapport au reste du Canada du côté des populations les plus âgées. Deux fois plus d’aînés québécois vivent avec une ou plusieurs dents manquantes. Les aînés de la province ont recours à des prothèses dentaires deux fois plus souvent que leurs vis-à-vis canadiens, stipule l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada en 2009.

L’Association des chirurgiens dentistes du Québec est toujours en pourparlers avec la RAMQ au sujet de leur place dans le système public de la santé. L’ACDQ n’a pas pu fournir davantage de détails sur les négociations, à la suite du récent changement de gouvernement. 

Au-delà des soins couverts 

Gabriel vient de bénéficier d’une aide dont il est reconnaissant, mais admet que pour lui, l’accès à des soins spécialisés reste un enjeu. « Mes lunettes sont scrap, va falloir que je mette de l’argent de côté pendant six mois », affirme le jeune homme, « Ah ! Pis j’ai un problème d’arthrite aussi, mais la physio, c’est un rêve, peut-être dans 10 ans quand j’aurai une job avec une assurance qui a de l’allure ! » 

Les Auberges du cœur, au service des jeunes

Les Auberges du cœur sont des maisons d’hébergement pour les jeunes en difficulté ou en situation d’itinérance. Les 30 établissements sont répartis partout sur le territoire québécois et logent jusqu’à 3500 personnes par année pour des périodes d’un an tout au plus. L’organisme épaule les jeunes dans leur quête d’autonomie en leur donnant toutes les ressources pour favoriser leur intégration sociale. 

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