Capteurs de rêves

Pour
mieux rêver

Maisons d’architecte, voyages au long cours, restaurants alléchants… notre section Inspiration fait souvent rêver. Cette semaine, nous tentons de le faire autrement, et mieux, grâce à cet objet propre à la culture amérindienne : le capteur de rêves, aussi appelé attrape-rêves, suspendu aux murs et fenêtres pour protéger le sommeil. Bien qu’il appelle à la créativité décoratrice, son art reste balisé par des règles et des symboles. Petite démystification de ce classique de la maison.

Son rôle traditionnel

Son origine s’enracine dans de nombreuses légendes de Premières Nations, notamment chez les Ojibwés, les Abénakis, les Hurons ou les Micmacs, qui font référence à la toile et à l’araignée.

« L’usage premier de l’attrape-rêves est de veiller sur le sommeil, pour bloquer les mauvais rêves. On peut l’offrir ou en fabriquer soi-même, avec des matériaux issus de la terre mère : bois, plumes, tendons d’animaux. Les matériaux utilisés vont varier selon la Nation et le territoire,mais on retrouve souvent le saule », explique Audrey Renaud, responsable des services administratifs et éducatifs à la Maison amérindienne de Mont-Saint-Hilaire.

Où le placer 

À moins que vous ne soyez contraint à dormir sur le sofa tous les soirs, son emplacement de prédilection est dans la chambre, et plus particulièrement à la tête du lit. « La croyance veut que les rêves, messages des esprits, circulent autour de nous et que le capteur de rêves, près de la tête, peut les filtrer. Souvent, les gens le mettent près de la fenêtre, pour que les premiers rayons du soleil viennent brûler les mauvais rêves, mais les maisons traditionnelles n’en avaient pas nécessairement, explique Mme Renaud. Certains le mettent dans leur voiture, pour capter les mauvaises énergies. C’est en fonction des croyances de chacun, mais traditionnellement, on le trouve dans la chambre. »

En fabriquer soi-même

Pour apprendre le procédé de fabrication traditionnel d’un attrape-rêves, mais aussi pour mieux connaître son rôle dans les cultures des Premières Nations, on peut s’inscrire aux ateliers de la maison amérindienne de Mont-Saint-Hilaire, organisés tout au long de l’année. Généralement, deux séances sont données, soit une pour les adultes (25 $) et l’autre pour les familles (20 $). Côté matériel, tout est fourni ; côté spirituel, les contes et légendes permettent d’apprécier l’importance de cet objet dans les traditions autochtones.

Prochain atelier : le 14 décembre 2019.

Où en acheter 

On peut se rendre auprès des communautés : le Musée des Abénakis et la Maison amérindienne de Mont-Saint-Hilaire en vendent, de même qu’il est facile d’en trouver à Wendake. Faut-il éviter les boutiques touristiques du Vieux-Montréal ? « Là-bas, ils seront faits avec des plumes colorées et des cerceaux de métal, et visent une clientèle plus touristique. Mais ils peuvent avoir été faits par un autochtone ! », nuance Audrey Renaud.

Attrape-appropriation ?

À l’heure où le débat sur l’appropriation culturelle fait rage, disposer un attrape-rêves à la maison, est-ce discutable ? « Ça dépend dans quel sens vous le faites. Les gens qui viennent aux ateliers veulent apprendre et chercher une connaissance sur les Premières Nations. On leur montre un volet artistique d’une autre culture, c’est fait dans le respect », avance Mme Renaud.

Le hic survient plutôt quand l’objet est acquis ou fabriqué sans aucune conscience ni curiosité pour la culture autochtone. « Il ne s’agit pas d’une simple activité d’art créatif, voire d’un bricolage amusant, mais bien d’un véritable chemin vers le sacré », écrit justement l’auteur Jacques Sarda.

À lire

Je crée mon attrape-rêves, de Jacques Sarda : parmi les nombreux ouvrages sur le sujet, celui-ci se distingue par une véritable approche de la culture amérindienne, en décortiquant les techniques, matériaux et symboles traditionnels.

Attrape-rêves, mobiles, suspensions et bijoux à faire soi-même, de Charline Fabrègues : même si c’est du hors-piste total par rapport aux traditions autochtones, on y trouve de beaux modèles décoratifs. Libre à chacun de voir l’objet seulement sous son aspect déco.

Attrape-rêve & cie, d’Aurélie Soligny : nulle trace du mot « amérindien » dans cet ouvrage, où les créations, au demeurant élégantes, sont classées par saison et illustrées par d’inspirantes photographies.

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