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Un rez- de-chaussée réinventé

Se lancer dans des rénovations, c’est souvent partir tête baissée vers l’inconnu. Imprévus, compromis, bonnes (ou moins bonnes) surprises, on peut s’attendre à tout, sauf à s’ennuyer ! L’équipe de Maison a suivi quelques projets de rénovations, du début à la fin du chantier. Pour commencer cette série, nous vous présentons le réaménagement d’une cuisine à Cowansville.

UN DOSSIER DE SOPHIE OUIMET

Rénover plutôt que déménager

Jean-Charles Hébert et Marie-Josée Normandin nous reçoivent dans leur lumineuse maison de Cowansville. Entourés de leurs chiens Paris et Oxmo, ils semblent parfaitement à l’aise dans leur cuisine aux teintes marine et doré, surmontée d’un majestueux îlot en quartz. Mais il n’y a pas si longtemps, le rez-de-chaussée de leur maison était à mille lieues de ressembler à ceci… Voici, pas à pas, l’histoire de leurs rénovations.

COWANSVILLE — Jean-Charles Hébert et Marie-Josée Normandin ont toujours aimé leur belle grande maison, qu’ils possèdent depuis presque 25 ans. Toutefois, entre les enfants qui grandissent et la vie qui fait son œuvre, leurs besoins ont bien changé au fil des années, avec pour résultat que la configuration du rez-de-chaussée n’était plus optimale.

« Nos deux grands garçons ont maintenant des conjointes, et l’un d’entre eux vient d’avoir un bébé. Dans la famille, tout le monde aime mettre la main à la pâte pour cuisiner. Alors six adultes, quatre chiens et un bébé dans cet espace, c’était non », raconte Marie-Josée, peu avant le début des travaux, alors que nous rencontrons le couple chez eux.

En effet, la cuisine existante est relativement petite, en plus d’être fermée par des cloisons, ce qui la rend peu fonctionnelle et empêche la lumière d’y entrer. « La cuisine est sombre, même si on est en plein jour », remarque l’architecte Francis Pelletier, présent aussi à la visite. Avec ses collègues de la firme L’Abri, c’est lui qui travaillera sur le projet, de concert avec le couple.

À l’opposé, le salon à l’avant, où débouche la porte d’entrée principale, possède d’avantageuses dimensions… qui ne sont pas souvent mises à contribution ! La famille et les amis préfèrent se rassembler dans le séjour, plus chaleureux, situé à l’autre extrémité du rez-de-chaussée. « On va rarement dans le salon. C’est de l’autre côté que ça se passe », affirme Jean-Charles. Le séjour est d’ailleurs situé juste à côté de l’entrée de service, qui sert de véritable porte d’entrée à la maison.

Pour toutes ces raisons, il fallait procéder à un changement. Partir ou rester ? Au lieu de vendre, le couple a préféré entreprendre des rénovations. « On a décidé de réinvestir dans notre maison plutôt que d’aller ailleurs », résume Marie-Josée.

Toutefois, les premières propositions que les propriétaires ont reçues de la part de designers ne les satisfaisaient pas. Ceux-ci réaménageaient la cuisine, soit, mais en gardant toujours la même conception de l’espace.

C’est quand Francis est arrivé que la lumière a jailli… littéralement.

« En trois secondes, Francis a dit : pourquoi vous ne mettez pas votre cuisine là-bas ? »

— Jean-Charles Hébert

« Là-bas », c’est donc l’idée d’allonger la cuisine vers ce salon d’apparat qui ne sert pas (sauf pour mettre la cage du chien !). Afin d’y arriver, il faut abattre les deux murs qui cloisonnent la cuisine et la salle à manger. Ce qui permettra une utilisation beaucoup plus logique et rentable des pieds carrés.

L’intervention ne touchera pas le reste du rez-de-chaussée, soit le séjour préalablement mentionné, ainsi que deux bureaux à domicile – un pour chaque membre du couple – et une salle de bains. Quant aux chambres, elles se trouvent à l’étage.

Au moment où nous les rencontrons au mois de mai, Jean-Charles et Marie-Josée prévoient que les travaux commenceront au début du mois de juin, pour se conclure environ six semaines plus tard. Atteindront-ils ce but ? C’est ce que nous verrons…

Les travaux

Pendant que l’été passait, les travaux se faisaient dans la maison de Cowansville. À la mi-août, après la fin du chantier, nous sommes retournés voir Jean-Charles et Marie-Josée. Dans leur nouvelle cuisine finie – mais dont ils attendaient toujours certains meubles, dont la table de salle à manger –, ils nous ont raconté comment l’expérience s’est déroulée.

Le matin du 2 juin, la démolition a commencé comme prévu. Pas de déménagement pour eux, puisqu’ils ont choisi de rester dans leur maison pour la durée des travaux. Ce qui s’est avéré un peu intense, surtout pendant la phase de démolition. « Ç’a été épouvantable ! se souvient Marie-Josée en riant. C’était comme une maison d’un épisode de Dexter. Il y avait des plastiques partout. »

Heureusement, le beau temps a joué en leur faveur. Ils ont beaucoup utilisé le barbecue, ont pu manger dehors souvent, et ont aussi installé une petite cuisine de fortune dans le bureau. Mais leur intimité en a pris un coup. « Quand les gars sont en démolition, ça rentre à 7 h 30 le matin, et nous, on mangeait nos céréales dans le bureau, poursuit Marie-Josée. Mais ça a duré vraiment deux semaines. Après, c’était correct. »

D’ailleurs, notons qu’ils ont fait une partie de la démolition eux-mêmes. « On s’est renseignés, et il y avait des choses qu’on pouvait faire », affirme Jean-Charles. « Ça défoule ! », renchérit Marie-Josée.

Le délai a été à peu près respecté, même si la fin a pris des allures de course contre la montre. « Le défi, c’était de se faire livrer le comptoir avant les vacances de la construction. Ils l’ont posé le 20 juillet, soit le vendredi avant le début du congé », précise Jean-Charles.

Lorsqu’on pénètre dans la nouvelle cuisine, la différence est saisissante. L’absence de cloisons rend l’espace à peine reconnaissable. Celui-ci est maintenant rempli par un imposant îlot à la surface en quartz, aux pattes marine arrondies et aux coups de pied en laiton.

De l’avis de tous, le choix des matériaux s’est fait assez facilement. Le quartz a été choisi en 28 minutes top chrono, affirme Marie-Josée. « Ça n’a pas été long ! », confirme Francis. Les armoires sont en MDF laqué, alors que celles au mur, au-dessus du comptoir, sont en chêne, en rappel du plancher.

Quant à la teinte marine, elle a été choisie en collaboration ! Au début, Francis avait proposé un vert kaki, mais il ne faisait pas l’unanimité. Le bleu foncé est arrivé comme un compromis.

« Moi, je suis moins “vert” dans la vie, mais je suis très “marine”. Je revenais tout le temps au bleu quand je regardais les cuisines. Et je savais que pour moi, ce serait une teinte intemporelle. »

— Marie-Josée Normandin

La cuisine compte un grand garde-manger caché derrière une porte. Sa présence est un « accident », en quelque sorte : puisque les murs n’étaient pas tous alignés les uns avec les autres, il y aurait eu un zigzag dans la cuisine. Donc pour garder des lignes droites, ils ont installé ce garde-manger dans l’espace résiduel.

Somme toute, ils sont fort heureux des changements, dans lesquels ils se sont glissés tout naturellement. « Francis nous a vraiment bien lus, on s’est adaptés très vite. On ne s’est jamais sentis perdus dans notre maison », conclut Marie-Josée.

Histoires de rénos

Comme toute bonne rénovation, celle-ci a son histoire, avec son lot de petits imprévus et de retards… Mais somme toute, les choses se sont passées rondement et les propriétaires n’ont pas eu de mauvaises surprises. Ouf !

Mais des « tant qu’à » aux problèmes plus sérieux, de petits éléments inconnus sont venus brouiller les cartes. Rien de majeur, mais voici ce qui explique les dépassements de coûts (environ 15 000 $ de plus que projeté, voir capsule).

D’abord, ils ont dû ajouter un peu d’isolation vers l’arrière de la maison, car ils se sont rendu compte en ouvrant les murs qu’elle n’était pas suffisante. « C’est vraiment le seul hic qu’on a eu », affirme Marie-Josée. « Non, non, il y en a eu un autre ! l’interrompt Jean-Charles. La porte du frigo, qui était du mauvais côté. »

En effet, ils avaient décidé de garder leurs électroménagers. Ceux-ci avaient seulement neuf ans et étaient encore en très bon état. Par contre, ils ont réalisé trop tard que le frigo ouvrait du mauvais sens, et qu’il était impossible de changer la poignée de côté. Ils ont donc dû en acheter un neuf, ce qui n’était pas prévu dans le budget initial.

Toutefois, ils ont pu garder le même robinet ! « On regardait les robinets neufs, mais c’était du pareil au même. Donc on s’est dit : pourquoi ne pas garder le nôtre, il est encore bon », s’amuse Marie-Josée.

Un autre élément important pour eux était de conserver le plancher de chêne dans le salon. Puisque la céramique de l’ancienne cuisine allait disparaître, le plan était d’unifier le tout avec du plancher de chêne sur toute la surface. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, toutefois, était le temps en main-d’œuvre nécessaire pour unifier le tout.

« L’entrepreneur disait que ça aurait quasiment coûté moins cher de tout arracher et de mettre du plancher neuf partout. Il a passé des heures à rabouter tout ça. »

— Marie-Josée Normandin

Mais ils ont tenu bon et ne le regrettent absolument pas. « Pour moi, c’était inconcevable de ne pas donner une chance à ce plancher-là », poursuit Marie-Josée.

« La règle générale, quand on se fixe un budget, c’est qu’on essaie le plus possible de l’atteindre. C’est souvent dans les finis, ou vers la fin, que les gens se gâtent avec des petits bonus », ajoute Francis.

L’apport d’un architecte

Ils ne regrettent absolument pas d’avoir embauché un architecte, car ils ne sont pas des pros de la décoration eux-mêmes. « Oui, c’est un peu plus de sous d’engager un architecte, mais ça vaut la peine », croit Jean-Charles.

C’est toutefois un entrepreneur de la région qui s’est chargé de la construction. La cuisine, elle, a été réalisée par Ébénisterie François, une entreprise de Sainte-Martine.

Au bout du compte, le couple estime même avoir économisé sur la note totale avec les architectes de L’Abri. « Quand on regarde l’ampleur du projet, il n’y a eu aucun faux pas, tout était prévu. On n’a pas eu de surprises », fait valoir Marie-Josée.

Il ne leur reste plus qu’à vivre heureux dans leur nouvelle cuisine, pour encore très longtemps !

Le projet en chiffres

Durée des travaux : Du 2 juin au 20 juillet (environ 7 semaines)

Budget (avant taxes)

Projeté : 60 000 $

Final : 75 000 $

* Le budget n’inclut pas les honoraires des architectes.

Honoraires des architectes 

Projetés : entre 7000 et 10 000 $

Finaux : 8000 $

Si c’était à refaire, auriez-vous fait quelque chose différemment ?

« Non, sauf planifier et se garder plus d’énergie pour l’étape finale : la décoration ! »

— Jean-Charles Hébert

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