WeWork dit non à la viande

Une diète saine pour la planète et le consommateur

On a appris la semaine dernière que l’humain avait épuisé, le 1er août, l’ensemble des ressources renouvelables de la planète pour l’année 2018. Depuis, nous vivons « à crédit », exploitant la Terre au-delà de ses capacités annuelles. Ce « Jour du dépassement » est atteint de plus en plus tôt au fil des années.

En parallèle de ce constat alarmant mais pourtant peu considéré, une autre nouvelle a fait réagir les médias sociaux. On a appris que l’entreprise internationale WeWork avait décidé de ne plus proposer de mets contenant de la viande lors des événements pour lesquels elle paie. Allant plus loin encore, l’entreprise ne remboursera que les repas sans viande pour ses employés qui mangent à l’extérieur. 

L’article publié dans La Presse+ la semaine dernière* à ce sujet, rapportant entre autres les propos de professionnels de la nutrition, est peu nuancé et aborde peu les effets positifs que pourrait avoir la décision de l’entreprise.

Bien que laissant place à l’interprétation, certains passages nous ont interpellés et ne représentent pas, selon nous, l’opinion de toute la profession.

S’ensuivit une chronique de Marie-Claude Lortie**, faisant la promotion d’un « droit au steak » et parlant de l’environnement et de la santé sans référence scientifique. Puisque nous croyons que de tels sujets devraient être traités avec plus de rigueur, voici ce que neuf diplômées en nutrition et en environnement en pensent.

Une politique environnementale

Le motif de WeWork pour adopter une telle pratique passe inaperçu dans l’article d’origine. De ce fait, il est intéressant de rappeler qu’elle fait partie d’une politique environnementale fondée sur des données probantes. En effet, un consensus fait place au sein de la communauté scientifique : nos habitudes alimentaires ont une grande influence sur l’environnement. Dans un monde où la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est un projet de bien-être mondial, la réduction de la consommation de viande est souhaitable : 

– En 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rappelé que l’adoption de diètes réduites ou exemptes de produits animaux permettrait une réduction majeure des émissions de GES au niveau mondial. Selon le groupe, ce changement aurait également des impacts positifs sur la santé des consommateurs.

– Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (2013), la production et la consommation du bétail seraient responsables de 14,5 % des émissions de GES mondiales. De ce nombre, 40 % des émissions proviendraient du bœuf.

– En 2017, plus de 15 000 scientifiques provenant de 184 pays ont signé un article rappelant que la production et la consommation de viande sont responsables de l’émission d’une grande quantité de GES. L’article appelle l’humanité à en réduire sa consommation.

Pour la santé de la planète et des consommateurs

Bien que WeWork n’ait pas, a priori, nommé la santé de ses employés comme motif pour l’adoption de sa politique, il nous est impossible de passer sous silence, en tant que nutritionnistes, les avantages qu’elle peut avoir à ce niveau. Il faut dire que la formation actuelle des nutritionnistes comporte très peu de notions sur le végétarisme et le végétalisme, ce qui semble se répercuter sur l’opinion des membres de la profession. 

En 2016, l’Académie de nutrition et de diététique regroupant plus de 100 000 membres professionnels s’était pourtant prononcée sur les bénéfices du végétarisme pour la santé.

Alors pourquoi la plupart des professionnels de la santé demeurent-ils si prudents ou fermés lorsqu’ils abordent le sujet ?

Ignorer les bénéfices d’une alimentation à base de plantes en revient à ignorer la littérature scientifique qui démontre qu’au contraire, une alimentation végétarienne peu transformée protège contre les principaux problèmes de santé publique actuels tels que l’hypertension, le diabète de type 2, l’obésité et certains types de cancer.

Nous savons aussi que l’amélioration de l’environnement alimentaire est l’une des meilleures façons d’introduire des changements positifs dans les habitudes des consommateurs. C’est en offrant des choix positifs (ici, des repas végétariens) et en diminuant les choix indésirables qu’on fait réellement une différence dans l’assiette. Ce n’est pas une question de brimer la liberté, mais plutôt de rendre plus accessibles les choix santés ou durables. La stratégie de WeWork aurait certes pu être plus nuancée ou implantée plus graduellement, tout en offrant des avantages similaires pour la santé et l’environnement. Il s’agit cependant d’une initiative courageuse prise par une entreprise privée, qui a le mérite de faire une différence pour le bien-être de ses employés et de la population mondiale.

Au-delà de l’individu

Dans une vision globale et à long terme de la santé publique, n’est-il pas de notre responsabilité de s’assurer que nos recommandations en tant qu’influenceurs de l’alimentation soient durables ? Devrait-on en faire davantage pour encourager les gens à limiter leur consommation de produits d’origine animale, ne serait-ce qu’un seul repas par jour au travail, sachant qu’il est démontré que notre planète sera incapable de soutenir notre diète actuelle ? 

Comme l’écrit si bien Mme Lortie : « Il y a 30 ans, l’idée même d’interdire totalement la cigarette dans les bars ou, mieux encore, sur les terrasses semblait absolument saugrenue. » Alors qu’aujourd’hui on comprend la pertinence de telles mesures, pourquoi nous permettons-nous de parler de « régime totalitaire » quand vient le temps de réglementer la viande ? Ne serait-il pas de notre devoir, en 2018, d’applaudir les initiatives telles que celles proposées par WeWork et même de tenter de convaincre la population de leurs bénéfices ?

* Coauteurs de la lettre : Nicholas Chevalier, M. Env. ; Joanie Chevrier, candidate à la maîtrise en nutrition ; Amélie Debonville, Dt.P. ; et Karine Paiement, Dt.P.

Cosignataires : Dominique Bouvier-B., Dt.P. ; Pascale Grégoire-Pelchat, Dt.P. ; Catherine Paul, Dt.P. ; et Florence St-Germain, Dt.P.

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