JEAN-PHILIPPE DÉCARIE

L’innovation pour relancer les exportations

Après avoir dévoilé, le printemps dernier, le premier des trois grands axes autour desquels va s’articuler la stratégie de développement économique du gouvernement, soit le manufacturier innovant, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, entend profiter de la rentrée automnale pour présenter le deuxième pilier de sa politique économique qui vise à relancer les exportations des entreprises québécoises.

Trois mois après sa nomination au poste de ministre de l’Économie, Dominique Anglade présentait sa vision stratégique du développement économique bâtie sur le manufacturier innovant, les exportations et l’entrepreneuriat.

Au chapitre du manufacturier innovant, la ministre s’est engagée à donner priorité au soutien aux entreprises manufacturières qui investissent dans la modernisation de leurs moyens de production, particulièrement celles qui vont numériser davantage leurs procédés industriels.

Son ministère, par l’entremise d’Investissement Québec (IQ), prévoit injecter au cours des trois prochaines années 1,4 milliard dans les entreprises québécoises, dont la moitié sera réservée au secteur manufacturier innovant.

« Déjà, pour la première année du plan de trois ans, on va investir 120 millions. Et pour la deuxième année, ce seront 250 millions qui seront réservés aux entreprises qui innovent », précise la ministre lors d’une entrevue à La Presse.

Des exemples de soutien manufacturier innovant ? En mai dernier, Investissement Québec a renégocié ses prêts à Bell Helicopter, qui s’est engagée à transférer la production de son modèle 505 à ses installations de Mirabel.

Ce nouveau mandat va permettre de consolider les 900 emplois de l’usine de Bell Helicopter à Mirabel et entraîner la création de 100 postes.

Au début de septembre, Umano Medical a obtenu un prêt de Québec de 1 million pour réaliser un investissement de 8 millions pour moderniser son usine où sont fabriqués les lits « high tech » de tous les hôpitaux du Québec pour les cinq prochaines années.

L’entreprise de L’Islet avait fermé ses portes en 2012, entraînant la perte de plus de 300 emplois, et a été relancée par quatre anciens dirigeants qui ont développé de tout nouveaux produits. Elle emploie 90 personnes et prévoit en embaucher 120 autres au cours des cinq prochaines années.

EXPORTATIONS ET INVESTISSEMENT QUÉBEC

Dominique Anglade s’apprête à réaliser dans les prochaines semaines une tournée dans toutes les régions du Québec pour présenter aux entreprises le deuxième volet de sa stratégie économique, soit la relance des exportations.

« Le protectionnisme s’est installé au sud de notre frontière, et on doit revoir nos façons de faire en ayant une stratégie beaucoup mieux ciblée », explique la ministre.

Au cours des 15 dernières années, le poids de nos exportations par rapport au produit intérieur brut québécois a chuté pour passer de 20 % à 14 %. Nos entreprises doivent reprendre la conquête de nouveaux marchés.

« Il faut avoir une stratégie orientée vers les marchés plutôt que bâtie de façon géographique. On va mobiliser tous nos représentants à l’étranger autour de l’identification de marchés porteurs. »

— Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation

Le gouvernement ne peut évidemment se substituer aux entreprises, mais il peut épauler financièrement celles qui vont faire les démarches pour élargir leur base de clientèle en soutenant notamment une meilleure commercialisation de leurs produits.

C’est Investissement Québec, le bras financier du gouvernement, qui sera responsable de mettre en œuvre la politique de la ministre Anglade.

Cette dernière assure que les nouvelles de règles de gouvernance que doit mettre en place l’institution prêteuse – et qui vont être dévoilées cette semaine en commission parlementaire – vont prévenir les dérapages potentiels comme ceux que vient de vivre IQ, dont les cadres ont tous obtenu de généreuses bonifications malgré une rentabilité déficiente.

« Monique Leroux [présidente du conseil d’administration d’IQ] et Pierre-Gabriel Côté ont travaillé fort pour clarifier les règles de gouvernance de l’institution.

« Essentiellement, il fallait mieux établir la distinction entre les fonds propres que gère Investissement Québec et le Fonds de développement économique qui sert à financer les initiatives que supporte le gouvernement. L’interaction entre les deux fonctions va être clarifiée », souligne Dominique Anglade.

Enfin, la ministre entend participer pleinement au Rendez-vous sur l’emploi, un sommet économique consacré à la relance de l’emploi qui regroupera tous les partenaires imaginables, qui doit avoir lieu d’ici la fin de l’automne.

Mme Anglade était absente de la première réunion préparatoire de ce sommet parce qu’elle participait à l’annonce de l’investissement de l’entreprise Umano Medical à L’Islet, précise-t-elle.

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