Tragédie aérienne en Iran

La crise expose « l’incompétence » de Téhéran, clament des dissidents

L’Iran a annoncé mardi avoir arrêté de nombreux responsables de l’envoi de missiles ayant abattu par erreur le vol 752 d’Ukraine International Airlines, tandis que des dissidents affirmaient, après des jours de manifestations, que la crise mettait au jour « l’incompétence » du régime de Téhéran.

Le régime iranien a aussi arrêté mardi le citoyen qui a filmé la vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montrant les difficultés du vol 752 peu après son décollage dans le ciel de Téhéran le 8 janvier, a rapporté le New York Times.

Mardi, le quotidien a diffusé une nouvelle vidéo provenant d’une caméra de sécurité, dans laquelle on peut voir deux missiles décoller dans la nuit et atteindre le vol 752, qui tente de faire demi-tour avant de disparaître du champ de vision de la caméra.

« Moment Tchernobyl »

Sur le site citoyen IranWire, de nombreuses dépêches ont fait état de la vague de manifestations anti-régime survenues depuis samedi en Iran.

Dans une vidéo, des manifestants iraniens ont remplacé le chant de Mort à l’Amérique par Mort au menteur, en référence à l’ayatollah Ali Khamenei, dont le régime a d’abord nié avoir quoi que ce soit à se reprocher dans l’explosion du vol 752.

Un groupe de journalistes réformateurs de Téhéran a publié un communiqué dénonçant le manque de liberté de la presse et des médias officiels. « Nous assistons aux funérailles de la confiance du public », dénonce le texte.

Selon le gouvernement, une trentaine de personnes ont été arrêtées entre samedi et lundi. Selon des journalistes de l’AFP, le dispositif policier a été réduit mardi à Téhéran, alors que l’internet était perturbé.

La débâcle qui frappe le régime iranien depuis la semaine dernière est qualifiée par certains de « moment Tchernobyl », en référence au désastre nucléaire qui a frappé l’Union soviétique en 1986, et qui « a révélé toute l’incompétence, les manigances de l’État et la pourriture du régime », lit-on dans une dépêche d’IranWire.

Le régime qui gouvernait alors l’URSS s’était effondré quelques années après Tchernobyl. Or, rien ne permet jusqu’ici de penser que le même sort attend le gouvernement formé par Ali Khamenei.

Le régime iranien avait durant deux jours nié toute responsabilité dans l’attaque contre le vol 752, avant d’admettre que l’armée iranienne avait abattu l’avion « par erreur » dans les heures suivant l’attaque contre des bases américaines en Irak. Les 176 personnes à bord, dont une majorité avait le Canada comme destination, sont mortes.

Mardi également, le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu avec le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, au sujet des récents développements concernant la tragédie de l’Ukraine International Airlines en Iran. 

« Le premier ministre et le président ont souligné la nécessité de tenir une enquête complète et crédible à laquelle participerait la communauté internationale et ils ont convenu que la priorité absolue était d’offrir du soutien aux familles des victimes », a noté le bureau du premier ministre.

Assez d’uranium pour fabriquer une bombe

Par ailleurs, l’Iran aura enrichi assez d’uranium d’ici la fin de l’année pour disposer du matériel nécessaire à la confection de l’arme nucléaire, sans pour autant avoir l’intention d’en fabriquer une dans l’immédiat, selon des propos de responsables israéliens cités par des médias locaux et confirmés par l’AFP.

Selon les estimations des autorités israéliennes, citées par ces mêmes responsables, l’Iran enrichit à un taux de 4 % entre 100 et 180 kg d’uranium par mois, ce qui, à ce rythme, permettra à Téhéran d’avoir d’ici la fin de l’année en sa possession près de 25 kg d’uranium hautement enrichi, seuil requis pour confectionner une bombe nucléaire.

Mardi, les pays européens parties à l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien – France, Grande-Bretagne et Allemagne – ont déclenché le mécanisme de règlement des différends prévu dans le texte afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements.

Les Européens ont précisé qu’ils ne se joignaient pas pour autant à « la campagne » de « pression maximale contre l’Iran », mais Téhéran, qui s’est affranchi de plusieurs de ses engagements pris à Vienne depuis des mois (en riposte à la décision américaine de dénoncer l’accord) les a mis en garde contre les « conséquences » de leur décision.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, chargé de superviser ce mécanisme, a appelé tous les signataires, dont Téhéran, à le préserver, jugeant « impossible » de le remplacer.

« L’Iran n’est pas une puissance nucléaire grâce à cet accord. Imaginez la situation si l’Iran était une puissance nucléaire », a-t-il lancé au cours d’une déclaration à la presse au Parlement européen à Strasbourg.

— Avec la collaboration de l’Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.