Sextage

Les conséquences dévastatrices d’un texto osé

Les sextos ont parfois des conséquences dramatiques : une adolescente montréalaise de 13 ans a tenté de mettre fin à ses jours, le mois dernier, après que son ex-petit ami l’eut menacée d’envoyer à toute l’école une photo intime qu’elle lui avait transmise alors qu’ils étaient en couple, a appris La Presse.

Bien que le partage d’images intimes entre adolescents, ou sextage, n’ait pas toujours des conséquences aussi graves, cette histoire est tout sauf unique. Le phénomène, baptisé « autoexploitation juvénile » par les experts, n’a jamais fait autant de victimes, révèlent les plus récentes données du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L’an dernier, le corps policier montréalais a enquêté sur un nombre record de dossiers liés au partage non consensuel d’images intimes par des mineurs.

On parle de 15 fois plus de cas qu’il y a 5 ans : 5 dossiers d’enquête en 2012 contre 74 en 2016.

Tentative de suicide

Dans le plus récent cas, survenu en avril, la victime, 13 ans, a tenté de mettre fin à ses jours. Le garçon – lui aussi âgé de 13 ans – l’aurait menacée de diffuser une photo osée d’elle à tous leurs camarades de classe si elle refusait d’avoir une relation sexuelle avec lui, selon nos informations.

Les deux adolescents fréquentent la même école secondaire privée anglophone de Montréal. Ils formaient un couple jusqu’à tout récemment. Le mois dernier, le garçon a demandé à sa copine de lui envoyer des photos intimes. Elle a d’abord refusé avant de céder devant l’insistance de son copain.

Quelques jours plus tard, l’adolescente a mis fin à la relation. C’est à ce moment-là que le garçon aurait commencé à la menacer par messagerie texte, exigeant notamment des faveurs sexuelles.

Les menaces auraient été faites entre le 1er avril et le 24 avril dernier.

Toujours selon nos informations, la victime, paniquée à l’idée que sa photo soit envoyée à toute l’école et se retrouve sur les réseaux sociaux, a tenté de se donner la mort. L’accusé n’aurait pas mis ses menaces à exécution.

Ce sont les parents de la victime qui ont contacté la police après avoir fouillé dans le cellulaire de la jeune fille à la recherche d’explications à son geste de désespoir. C’est ainsi qu’ils ont découvert les échanges de textos entre leur fille et son ex-petit ami.

Accusé au criminel

L’adolescent, dont l’identité est frappée d’un interdit de publication, fait face à des accusations criminelles. Il a comparu plus tôt cette semaine en chambre de la jeunesse de Montréal sous quatre chefs d’extorsion, de leurre, de harcèlement et de menaces de causer la mort ou des lésions corporelles.

Accompagné de sa mère et de son frère aîné, l’adolescent – tiré à quatre épingles – a plaidé non coupable aux accusations qui pèsent sur lui. Sa mère, qui ne parle ni anglais ni français, semblait dépassée par les évènements.

L’adolescent – qui a l’air plus vieux que son âge – est en liberté sous conditions durant le processus judiciaire. Il doit vivre chez ses parents. Il lui est interdit de retourner à l’école privée qu’il fréquentait. Il n’a pas le droit d’entrer en contact avec l’adolescente ni d’avoir accès à l’internet sauf sous la supervision d’un adulte responsable. Il n’a plus le droit, non plus, d’avoir accès aux réseaux sociaux.

Son histoire semble tout droit tirée de la populaire série américaine 13 Reasons Why qui traite du suicide d’une adolescente, Hannah Baker, qui laisse derrière elle des cassettes audio pour « expliquer » son geste. Dans cette fiction diffusée sur Netflix, un joueur de l’équipe de basketball de l’école secondaire montre à ses coéquipiers une photo coquine d’Hannah prise avec son cellulaire. L’un de ses amis s’empare de l’appareil et la transmet à ses contacts. Bien vite, tous les élèves de l’école finissent par la voir. La réputation d’Hannah est alors mise à mal et elle fait l’objet d’intimidation.

Le SPVM « préoccupé »

Bien que peu de jeunes victimes aillent aussi loin que le suicide, les conséquences du partage de photos intimes par les adolescents sont « très graves », souligne le commandant à la section des crimes majeurs du SPVM Michel Bourque, qui nous a accordé une entrevue sur le phénomène dans une optique de sensibilisation. Il se dit d’emblée préoccupé par la situation.

Selon lui, les jeunes banalisent le fait de transmettre des photos nues ou sexuellement explicites. « Mais les impacts sont majeurs », dit-il.

« Il y a beaucoup de honte par rapport à ce qui est propagé. On devient la risée de tout le monde. À l’école, c’est très difficile à vivre. »

— Michel Bourque, commandant à la section des crimes majeurs du SPVM

Le commandant Bourque a vu des cas où les victimes sombrent dans la dépression, ont des pensées suicidaires ou se mettent à consommer des drogues de façon abusive.

« Entre mineurs, c’est criminel », insiste le commandant.

Même s’ils sont consentants au départ, les adolescents qui envoient ou font partager des photos ou des vidéos à caractère sexuel s’exposent à des accusations criminelles liées à la production, à la possession et à la distribution de pornographie juvénile, ainsi qu’à la publication non consensuelle d’une image intime, souligne le policier d’expérience.

Le plus souvent, « les jeunes se connaissent. Dans un cas typique, on a un jeune garçon et une jeune fille qui se fréquentent depuis un certain temps et qui se sont partagé des images intimes. Parfois, l’un des deux exerce de la pression sur l’autre pour obtenir des photos, mais pas toujours. Le drame n’éclate pas nécessairement après le premier envoi. Lorsque la personne qui a reçu la photo décide de la faire circuler sur les médias sociaux ou parmi ses amis, ses connaissances ou encore tous les jeunes de l’école, là ça devient une crise. »

Sextage

Lévis

À Lévis, en 2013, un adolescent de 14 ans a fait circuler la photo d’une jeune camarade de classe dénudée par messagerie électronique. La photo de l’adolescente a été retransmise sur les réseaux sociaux et s’est rapidement retrouvée dans les téléphones portables de plusieurs autres camarades de classe. En 2014, il a plaidé coupable à des accusations de possession et de distribution de pornographie juvénile pour lesquelles il a écopé de 50 heures de travaux communautaires. Le juge lui a imposé 25 heures de plus pour un total de 75 heures parce qu’il avait manqué à ses conditions de liberté provisoire.

Sextage

Laval

À Laval, aussi en 2013, 10 adolescents âgés de 13 à 15 ans ont été accusés de possession et de distribution de pornographie juvénile après s’être échangés des photos de 7 camarades de classe vêtues légèrement, dans des positions suggestives. Ces adolescents ont convaincu les filles – parfois en insistant beaucoup – de leur envoyer des photos par Snapchat – cette application permet d’envoyer des images qui s’effacent au bout de quelques secondes. Or, les garçons ont réussi à en garder des copies, à l’insu des victimes, qu’ils se sont échangées par courriel. Un des garçons a envoyé une photo de ses parties génitales pour convaincre une victime de faire la même chose. Certaines photos ont aussi été diffusées sur Facebook. L’une des victimes leur a envoyé une vidéo d’elle en train de se masturber. Huit d’entre eux se sont évité un procès en acceptant de participer à un programme de sanctions extrajudiciaires. Deux autres ont été acquittés. C’est un membre du personnel d’une école secondaire que fréquentaient certains des accusés qui a découvert le crime.

Sextage

Montréal

Pour obtenir des faveurs sexuelles et des photos nues de quatre filles de sa classe, un élève de 15 ans d’un collège privé montréalais a prétendu qu’il faisait partie de la mafia et qu’il était traqué par un clan ennemi. L’adolescent leur a dit qu’il était en danger de mort et que la seule chose qui pouvait le sauver était d’envoyer à « l’ennemi » des photos de ses amies nues. Ou encore des vidéos dans lesquelles les filles se caressaient et avaient une relation sexuelle avec lui. Les jeunes se connaissaient depuis la 1re secondaire. Les crimes ont eu lieu en 2009 alors qu’ils terminaient leur troisième année. L’adolescent a plaidé coupable à cinq chefs d’accusation d’agression sexuelle, de leurre informatique et de possession de pornographie juvénile. Il a écopé d’un an de garde dans un centre jeunesse suivi d’une année de probation.

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