Pointe-Saint-Charles à 1 million

Bien malin celui qui aurait pu prédire, il y a 10 ans, qu’un jour on n’aurait pas assez de 10 doigts pour compter le nombre de propriétés à vendre affichées à plus de 1 million de dollars dans le quartier Pointe-Saint-Charles. « La Pointe », connue comme l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal, attire aujourd’hui son lot de jeunes professionnels qui s’arrachent à coups de surenchère les rares propriétés offertes.

« Ma famille, qui a grandi à Saint-Henri, pensait qu’on s’en allait dans la grosse misère quand on leur a annoncé qu’on déménageait à Pointe-Saint-Charles, raconte Daniel H. Lanteigne, qui a acquis une maison en rangée dans le quartier il y a quelques années. Ils se demandaient si on avait des problèmes financiers ou si on était tombés sur la tête ! » C’est plutôt un « heureux hasard » qui a amené M. Lanteigne et son mari à Pointe-Saint-Charles. Propriétaires dans Rosemont, ils cherchaient une maison abordable, chose qu’il était alors encore possible de trouver dans Pointe-Saint-Charles.

Aujourd’hui, la forte demande, qui était déjà bien présente dans les quartiers voisins de Saint-Henri et de Griffintown, a gagné Pointe-Saint-Charles. Le secteur voit son image changer dans l’esprit des acheteurs. « Au tout début de la vague, autour de 2014, Pointe-Saint-Charles, c’était un compromis, se souvient Anick Truong, courtière chez Sotheby’s International qui habite le quartier. Les gens s’y installaient parce qu’ils avaient un budget de 500 000 $ ou 550 000 $ pour une maison de trois chambres. Aujourd’hui, ils cherchent une propriété dans Pointe-Saint-Charles. C’est le quartier qu’ils veulent en priorité. »

La proximité du centre-ville, la tranquillité et l’offre de services en font un quartier prisé des jeunes familles, qui n’hésitent pas à payer des sommes importantes pour habiter dans le secteur. « Ma dernière vente à Pointe-Saint-Charles est une maison de 1,3 million. Il y a cinq ans, ç’aurait été complètement fou de penser qu’on serait rendus là », affirme Anick Truong.

Un quartier chaud

« Pointe-Saint-Charles est l’un des points les plus chauds sur l’île de Montréal en ce moment », lance Yanick Desnoyers, directeur du service de l’analyse du marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ). « Le secteur a connu une croissance époustouflante des ventes au niveau résidentiel, observe-t-il. On parle d’une hausse de 36 % en 2018. C’est sept fois la croissance de la province. C’est énorme. »

Cette hausse du nombre de transactions pourrait toutefois être compromise en 2019 en raison d’un manque de stocks. Les propriétés se font rares, particulièrement les unifamiliales, et les prix explosent. En 2014, le prix médian d’une maison unifamiliale dans le quartier était de 430 000 $. Quatre ans plus tard, il était de 625 000 $. Les copropriétés, qui ont vu leurs ventes augmenter de 58 % en 2018, ont connu une augmentation de leur prix médian de 26 % en deux ans, passant à 345 500 $ en 2018.

« La pénurie de maisons dans le secteur est très importante. Depuis deux ans, c’est vraiment la folie furieuse. Il y a très, très peu de choix, et les maisons s’envolent très rapidement. » 

— Emmanuelle Beaudet, courtière Sutton dans le sud-ouest de Montréal

Pour preuve, cette maison victorienne rénovée vendue par Mme Beaudet au début du mois de mars. Affichée à 898 000 $, elle est partie à 910 000 $ en quelques jours seulement. « On a plusieurs exemples d’acheteurs qui cherchent depuis longtemps et qui ont perdu des propriétés à cause d’offres multiples », souligne-t-elle.

Alors qu’encore tout récemment, Pointe-Saint-Charles accueillait les acheteurs en deuil de leur quartier devenu trop cher, aujourd’hui, c’est « La Pointe » qui est devenue trop chère pour bon nombre de familles qui déplacent leurs recherches plus à l’ouest, vers Verdun ou Lachine. Comme plusieurs autres quartiers de Montréal avant elle, Pointe-Saint-Charles est en transformation. Signe des temps, le casse-croûte Chez Paul, une institution du quartier, a fermé ses portes en 2017 pour faire place à un projet immobilier.

« Clairement, il y a des gens qui sont dans une situation économique vulnérable et des jeunes professionnels comme nous qui viennent s’installer dans le quartier, constate Daniel H. Lanteigne. On cohabite bien. Il n’y a pas, comme dans Saint-Henri, un effet d’embourgeoisement où on peut voir une fracture. Le Bâtiment 7 (un centre autogéré par des groupes communautaires qui a ouvert ses portes l’an dernier) est un bel exemple d’un maillage entre ce que Pointe-Saint-Charles était et ce qu’il est en train de devenir. C’est ça, le beau succès de Pointe-Saint-Charles dans les dernières années. D’avoir pris le temps d’y réfléchir et de bien le faire. »

Plus de condos

L’offre de condominiums dans Pointe-Saint-Charles, présentement concentrée aux abords du canal de Lachine, s’accroîtra au cours des prochaines années alors qu’un imposant complexe de 500 logements sera érigé, en plusieurs phases, au bout de la rue Sainte-Madeleine. Un projet que le promoteur Samcon présente comme « le nouveau Griffintown ».

Trois propriétés à vendre dans le quartier

prix demandé

259 000 $

Voici l'une des propriétés les plus abordables récemment mises sur le marché dans le quartier : un condo de 539 pi2, construit en 2012. Appartement de coin avec une chambre, situé au deuxième étage. Les électroménagers, stores et rideaux étaient inclus.

Cette propriété vient d'être vendue

prix demandé

1 349 000 $

Une maison unifamiliale de 3335 pi2, entièrement rénovée. Quatre chambres et deux salles de bains, plancher chauffant, puits de lumière, garage, cour avec cuisine extérieure.

prix demandé

1 795 000 $

Un loft de 1500 pi2, construit en 2003, situé dans l’ancienne usine Redpath, aux abords du canal de Lachine. Plafonds de 13 pieds, garage avec deux espaces de stationnement, ascenseur qui dessert l’appartement, terrasse, salle d’exercice et piscine extérieure dans le complexe.

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