Yves Jacques

Le fidèle second

Menant une carrière parallèle en France depuis 30 ans, Yves Jacques joue là-bas des rôles principaux sur les plus grandes scènes de théâtre, mais on lui confie plutôt des rôles de soutien au cinéma. Dans Un homme pressé, l’acteur québécois donne la réplique à Fabrice Luchini.

Yves Jacques a déjà travaillé avec Fabrice Luchini sur le plateau d’Astérix et Obélix – Au service de Sa Majesté, un film dans lequel l’acteur québécois prêtait ses traits à un psy que consultait César. « Mais nous n’avions qu’une trop courte scène ensemble, a raconté Yves Jacques lors d’un entretien accordé à La Presse plus tôt cette semaine. On a pu se reprendre grâce à Un homme pressé. Je ne peux pas dire que j’ai toujours été un grand admirateur de Luchini, mais j’ai été soufflé par sa performance dans Les femmes du 6étage, le film de Philippe Le Guay. Et là, il jongle avec les mots en ayant à les déformer. C’est vraiment succulent ! »

Le nouveau film d’Hervé Mimran (Tout ce qui brille) est inspiré du récit autobiographique de Christian Streiff. Cet ancien directeur de la société PSA Peugeot-Citroën, star du monde des affaires, a dû réévaluer toute son existence après avoir subi un AVC. Dans le film, Yves Jacques incarne l’un des hauts dirigeants de l’entreprise, qui doit composer avec la nouvelle réalité, notamment au regard des problèmes d’élocution de son ami, qui font en sorte que ce dernier s’exprime en mélangeant les syllabes des mots, les rendant parfois incompréhensibles.

« Ce n’était certainement pas simple pour Fabrice, d’autant que l’on connaît bien son amour des mots et de la langue, fait remarquer Yves Jacques. Mais il l’a fait avec beaucoup de naturel et de subtilité. Sa façon de déformer les mots restait très fluide. Vraiment, ce fut un tournage très agréable. Fabrice est très rigoureux, mais aussi très disponible. Il y avait une ambiance de petite troupe sur ce plateau. »

L’enchaînement d’allers-retours

Depuis le grand succès du Déclin de l’empire américain en France, il y a maintenant un peu plus de 30 ans, Yves Jacques a pu trouver beaucoup de travail là-bas et il a enchaîné les allers-retours entre Montréal et Paris. Contrairement à l’idée reçue, il ne s’est jamais vraiment « installé » chez nos cousins. Mais il est vrai que parfois, les séjours ont été un peu plus longs.

« En France, on me voit comme un acteur, tout simplement. Au cours de certaines entrevues à la radio, je me suis parfois fait plaisir en parlant un peu plus québécois, mais les agents ont vraiment peur de ça, car là-bas, on ne tolère pas les accents chez les acteurs, peu importe d’où ils proviennent. C’est étrange, car dans le monde anglo-saxon, c’est tout le contraire ! »

— Yves Jacques

Bien qu’il ait souvent décroché de grands rôles au théâtre – 200 représentations des Fausses confidences de Marivaux avec Isabelle Huppert –, Yves Jacques n’a jamais eu l’occasion de camper un personnage principal au cinéma, à la manière de Suzanne Clément, Marie-Josée Croze ou Marc-André Grondin.

« Claude Miller m’a fait le cadeau de me prendre dans sept de ses films, mais pas toujours pour des rôles importants, explique-t-il. Je me demande aujourd’hui si ça n’aurait pas lancé le message dans le milieu que je n’étais pas nécessairement prêt à faire des rôles principaux. J’ai peut-être la réputation en France d’être un bon second rôle, ce qui fait qu’on ne pense pas à moi pour les premiers. Il faut dire aussi qu’un changement de garde s’est effectué. Les Claude Miller, Luc Bondy, Jérôme Savary, avec qui j’ai beaucoup travaillé, ne sont plus là aujourd’hui. Mais je suis ravi que des plus jeunes, comme Hervé Mimran, fassent appel à moi. »

L’acteur est aussi ravi d’avoir pu jouer dans Mytho, une série réalisée pour la chaîne ARTE par Fabrice Gobert, créateur de la série Les revenants, d’autant qu’une deuxième saison sera mise en chantier.

« Quand je travaille avec des plus jeunes, ça me requinque pour un bout ! lance l’acteur. Jouer dans le spectacle de Mathieu Quesnel Je suis mixte, au théâtre La Licorne, avec la petite folie qu’il y avait là-dedans, a été un bonheur. À 62 ans, je suis bien dans ma peau, je suis bien dans mon corps. J’ai l’impression que d’autres rôles magnifiques m’attendent. »

Une participation au Bye bye

À son programme figure notamment une participation au prochain Bye bye, dont il ne peut évidemment rien dire. « Nous avons enregistré ça lundi, indique-t-il. Je n’ai jamais fait un Bye bye de façon aussi relax ! C’était comme tourner une journée pour un film. Et Simon Olivier Fecteau [le réalisateur du Bye bye] est bien bon. Il a l’œil et il dirige bien ! »

Yves Jacques reprendra aussi au printemps à Montréal La face cachée de la Lune, un spectacle de Robert Lepage qu’il porte sur toutes les scènes du monde, tant en français que dans la langue de Shakespeare. On verra également l’acteur dans La beauté du monde, le prochain film d’André Forcier, dans lequel il incarne le frère Marie-Victorin.

« Et puis, je fais aussi beaucoup de castings pour des séries, ajoute-t-il. Récemment, j’ai fait un essai pour la suite de la série The Young Pope. Juste de savoir que Paolo Sorrentino m’a vu, je trouve ça bien ! »

Un homme pressé prendra l’affiche le 21 décembre.

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