Pacho Flores

Un pur produit d’El Sistema

Trompettiste, bugliste et corniste virtuose invité par l’Orchestre symphonique de Laval, Pacho Flores est de ces virtuoses vénézuéliens qui se sont imposés sur la scène internationale après avoir brillé au sein d’El Sistema.

Dans les années 70, l’économiste, éducateur et militant José-Antonio Abreu avait lancé ce programme national des plus ambitieux au Venezuela. Une éducation musicale de grande qualité destinée à des centaines de milliers d’enfants défavorisés ainsi que la création d’un vaste réseau d’orchestres de jeunes de tout le pays figuraient parmi les objectifs premiers d’El Sistema.

Qu’en est-il quatre décennies plus tard ? Toujours en marche, le programme est soutenu par une vaste proportion de Vénézuéliens, puisqu’il a permis la formation de très bons musiciens, dont certains ont acquis un niveau international. On pense évidemment à Gustavo Dudamel, 37 ans, maestro du Los Angeles Philharmonic, aussi directeur de l’Orquesta Sinfónica Simón Bolívar depuis 1999.

Mais au-delà de la success-story, El Sistema est critiqué par certains pour avoir recruté plus de candidats dans la classe moyenne que d’enfants désœuvrés. Ses détracteurs déplorent aussi l’instauration d’une discipline exagérément autoritaire au sein de ses troupes.

De plus, le Venezuela n’est plus la contrée démocratique de gauche qui faisait rêver la mouvance progressiste mondiale aux débuts de la présidence d’Hugo Chavez, remplacé après sa mort par Nicolás Maduro, comme on le sait. Le pays est plutôt déchiré, des centaines de milliers de personnes y sont armées, plusieurs d’entre elles préfèrent le banditisme au combat politique.

Que devient El Sistema dans un pays au bord de l’implosion ?

« Malgré tout, soutient Pacho Flores, le programme poursuit sa mission. Tant de professionnels de la musique et enseignants sincères œuvrent à le maintenir. Lorsque j’ai été moi-même formé, c’était une période merveilleuse et… oui, je sais que c’est plutôt le chaos social à l’heure actuelle. »

« J’ai plusieurs amis artistes au Venezuela qui travaillent à la reconstruction du pays, qui souhaitent de tout cœur que la situation change pour le mieux. Si chacun y met du sien, nous verrons de nouveau un Venezuela prospère. En ce moment, c’est vraiment triste, mais je suis optimiste. »

— Pacho Flores

On devine la position délicate de notre interviewé. On comprend que Pacho Flores, pur produit d’El Sistema, opte pour la neutralité en cette contrée écartelée entre une dérive autoritaire de gauche et des intérêts de droite qui attendent la chute du gouvernement pour imposer leur loi.

« Je n’ai pas de position officielle, dit Pacho Flores. Je sais que la majorité de mes compatriotes en ont plus qu’assez de ce conflit, et je ne veux pas montrer du doigt le gouvernement ou l’opposition. Je crois plutôt qu’il faut mettre un terme à cette mentalité de confrontation. »

La vie à Valence

À l’instar de Gustavo Dudamel et d’autres grands musiciens issus d’El Sistema, Pacho Flores vit à l’étranger, plus précisément en Espagne, où il est joint au téléphone.

« Je suis établi dans la superbe ville de Valence depuis cinq ans. Mon épouse en est originaire et nous y avons fondé notre famille. Vu mes horaires très chargés et mes tournées incessantes, je ne vais pas très souvent au Venezuela. J’y vais surtout pour visiter ma famille à San Cristóbal, ville située dans la partie ouest du pays. »

Virtuose polyvalent, Pacho Flores s’exprime sur différents cuivres et aime interpréter les musiques de toutes époques de la tradition classique et plus encore. Il se penche également sur de nombreux styles latino-américains et en intègre les œuvres à son répertoire.

À l’instar du maestro et tromboniste québécois Alain Trudel, qu’il connaît depuis quelques années et avec qui il travaille pour la première fois en Amérique du Nord, le souffleur s’intéresse aussi aux musiques contemporaines et même au jazz.

« Alain et moi avons déjà travaillé ensemble à Florence, nous sommes devenus de très bons amis. Il est l’un des musiciens les plus complets que je connaisse », affirme le musicien vénézuélien, venu découvrir le… système symphonique lavallois.

À la Salle André-Mathieu ce soir, 19 h 30

Le programme de Glorieuse trompette

Le concert Glorieuse trompette prévoit le programme suivant : de Johann Baptist Georg Neruda, Pacho Flores fera avec l’Orchestre symphonique de Laval (OSL) le Concerto pour trompette et cordes en mi bémol majeur ; d’Efraín Oscher, il jouera Soledad. D’Astor Piazzolla, il interprétera Cuatro Estaciones Porteñas : « Invierno Porteño » (arr. Efraín Oscher) ; d’Alain Trudel, il fera Preach, pour trompette et orchestre. Pour ces quatre pièces, il jouera différents cuivres : cor d’harmonie, trompette en si bémol, bugle, trompette en do, trompette piccolo. L’OSL jouera ensuite la Symphonie nº 4 en fa mineur, op. 36 de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Qui est Pacho Flores ?

Issu d’El Sistema, Pacho Flores a remporté en 2006 le Grand Prix de la Ville de Paris dans le cadre du Concours de trompette Maurice André, dont le jury, composé d’éminents trompettistes, était présidé par Maurice André en personne. Le musicien latino-américain a aussi gagné les premiers prix des concours internationaux Philip Jones et Cittá di Porcia. Actuellement, il enregistre chez Deutsche Grammophon, ce qui n’est pas peu dire.

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