Piscine et spa

Attrait pour certains, boulet pour d’autres

Bonheur d’été après de longs mois d’hiver pour certains, corvée supplémentaire et même cauchemar pour d’autres, les piscines ne laissent personne indifférent. Acheter une maison avec un tel équipement exige une attention particulière pour ne pas se retrouver le bec à l’eau.

En eau trouble

Il y a quatre ans, Noémie Poisson et son conjoint Sébastien Riopel ont acheté leur première maison. Une demeure construite en 1976 qui demandait un peu d’amour, mais qu’ils ont payée un prix raisonnable.

Ils ont emménagé en juillet et, comble de bonheur, le terrain était pourvu d’une piscine creusée. «  La piscine était comme un bonus. On trouvait ça bien  », explique Noémie Poisson. En raison de l’aménagement paysager, le couple n’a pas tout de suite constaté que son rêve d’été comportait d’énormes défaillances.

C’est au printemps suivant, quand la végétation n’avait pas encore tout recouvert, que les défauts sont devenus évidents.

« Les coins relevaient. Cela donnait l’impression que la piscine allait s’avaler sur elle-même. »

– Noémie Poisson

Le verdict : leur piscine était mal en point. Les murs s’affaissaient et devaient être redressés. Ils ont d’abord pensé l’enterrer, mais l’idée de payer pour ne rien avoir au bout du compte ne leur plaisait guère. « On savait qu’on ne pouvait pas uniquement mettre du sable, qu’il fallait plutôt tout enlever en raison des normes environnementales. Cela voulait dire débourser pour ne rien avoir au bout du compte », explique la jeune femme.

Ils ont consulté deux entreprises d’installateurs de piscines bien établies. Une seule acceptait de faire le travail. « On nous a dit que c’était une réparation particulière et que les spécialistes en la matière étaient rares. »

Les ennuis ne se sont pas arrêtés pour autant. L’entrepreneur qui s’est occupé des travaux n’offrait pas une solution clés en main. Le couple a dû s’occuper lui-même de briser le béton armé et de louer un conteneur. Les deux propriétaires ont dû ensuite eux-mêmes creuser une tranchée pour que les murs soient accessibles aux ouvriers.

16 000 $ engloutis

Après de nombreuses semaines de labeur, ils ont enfin terminé la préparation. L’entrepreneur a ensuite exécuté les travaux, mais raté la finition. « On a eu des problèmes avec la toile et l’écumoire. Le branchement des tuyaux a aussi été mal réalisé. En tout, nous avons payé 16 000 $. Encore aujourd’hui, je suis persuadé que cela ne valait pas cette somme. Si c’était à refaire, je demanderais qu’on me montre des projets similaires achevés et je ferais plus de recherches pour avoir un plus grand choix d’entrepreneurs », affirme Sébastien Riopel.

Noémie Poisson et Sébastien Riopel ont vécu un cauchemar avec leur piscine. Heureusement, une histoire comme la leur n’est pas la règle. Toutefois, Alain Paquette, conseiller en services-conseils en habitation à CAA-Québec, reçoit régulièrement des appels de propriétaires qui ont des problèmes avec leur piscine ou leur spa.

En grande majorité, il ne s’agit pas de problèmes majeurs. « La plupart du temps, on parle de bris de la pompe, de problème de toile, de fuite, de clôture, etc. Ce sont rarement des cas graves, mais ils comportent leurs lots de désagréments et les gens n’ont pas le choix d’y voir, au risque d’empirer la situation », indique M. Paquette.

Un atout, sans plus

Les ennuis, le temps d’entretien, le coût, le manque d’espace et la peur des noyades rebutent bien des acheteurs potentiels lorsque la maison comporte une piscine.

Pire encore, Steve Léveillé, courtier immobilier du Groupe Excelsior, a constaté que pour certains, la présence d’une piscine était synonyme de perte de qualité de vie. « J’ai déjà eu des clients qui ont refusé d’acheter une maison parce que le voisin avait une piscine. Pour eux, cela voulait dire qu’il allait y avoir des enfants et que le bruit allait nuire à leur intimité. »

Même constat pour Juliana Lulelaru, courtière immobilière pour Expansion Immo. Dans son métier, elle voit régulièrement des clients qui n’en veulent carrément pas. Certains achètent même une propriété en ayant en tête de démonter la piscine hors terre.

« Ce n’est pas un élément qui fait vendre. Si en plus la piscine est désuète, la maison risque de rester plus longtemps sur le marché. »

— Juliana Lulelaru, courtière immobilière

Pour Steve Léveillé, il arrive qu’une piscine puisse être un atout si un client aime ce type d’équipement. Toutefois, rares sont ceux qui sont prêts à payer plus cher une maison pour cette raison. « Une piscine hors terre ne fait pas augmenter la valeur d’une propriété. En ce qui concerne les piscines creusées, c’est l’aménagement paysager qui fait toute la différence et peut avoir une influence sur le prix. Dans tous les cas, le propriétaire ne peut jamais retrouver 100 % de son investissement. »

Juliana Lulelaru va encore plus loin, elle affirme qu’il vaut mieux rénover une cuisine que de mettre d’énormes sommes d’argent dans une cour arrière. « Il faut voir cela comme un plaisir personnel, une dépense sans rendement sur l’investissement. »

Dans les Laurentides, Yanick Laporte, courtier immobilier et propriétaire de CENTURY 21 Tremblant, ne voit pas les choses du même œil. Dans son secteur, les familles avec enfants sont à la recherche d’une maison avec une piscine. Les couples plus âgés ont pour leur part un penchant pour les spas. « C’est un marché de chalets. Il y a les lacs à proximité pour la baignade. Le spa devient donc un attrait supplémentaire pour la détente. »

À inclure dans le contrat de vente

Difficile de voir les défaillances d’un spa ou d’une piscine lorsque ceux-ci sont recouverts de neige. L’idéal est d’y jeter un coup d’œil une fois le beau temps revenu. Pour éviter les ennuis, les courtiers recommandent d’inscrire dans le contrat d’achat que la piscine et le spa doivent être fonctionnels lors de la prise de possession. Cela veut dire que si vous déménagez dans votre nouvelle demeure le 1er juillet, c’est le vendeur qui est responsable d’ouvrir la piscine au printemps.

Pour avoir l’esprit tranquille

S’amuser dans l’eau à la maison coûte cher, que ce soit pour l’achat de l’équipement ou pour l’entretien. Si, en plus, un problème survient, le budget peut facilement être mis à mal. Voici quelques points à prendre en considération.

Assurance habitation

Votre piscine hors terre ne supporte pas les aléas de l’hiver et s’écrase. Votre assurance habitation couvre-t-elle ce dommage ? Anne Morin, responsable des communications au Bureau d’assurance du Canada, affirme que les contrats ne vont pas couvrir automatiquement les spas et les piscines. « Il faut ajouter un avenant supplémentaire à la police et payer la prime en conséquence. » Et même si une police d’assurance ne couvre pas une piscine, les dommages qu’elle pourrait occasionner, comme un dégât d’eau à l’intérieur d’une maison, peuvent faire l’objet d’une indemnisation pourvu que le dommage soit subit et accidentel.

Déclaration du vendeur

Il n’y a pas de section particulière dans la déclaration du vendeur au sujet des piscines et des spas. Toutefois, la dernière section de ce document, qui est vide, est tout indiquée pour faire des commentaires à ce sujet. « On demande à nos clients de dire tout ce qui peut être susceptible d’affecter la valeur d’une propriété. Les spas et les piscines en font partie. Au même titre qu’un cabanon, une piscine est sujette à la garantie légale. Un ancien propriétaire pourrait être poursuivi en cas de vice caché », précise Juliana Lulelaru, courtière immobilière pour Expansion Immo.

À moins que la vente exclue la piscine ou le spa (ce qui empêche les recours), l’équipement doit être fonctionnel au moment de la prise de possession d’une maison. S’il brise durant l’hiver, le vendeur est tenu d’acheter une piscine neuve ou d’effectuer les réparations.

Piscine hors terre

L’avantage d’une piscine hors terre est qu’il est facile de voir son état. Alex Dubois, propriétaire de Piscine Solide, explique qu’il faut en faire le tour pour vérifier la structure et l’absence de bosses sur les murs. « Ce sont surtout les deux derniers pieds où il faut être vigilant. » La présence de bosses indique un problème de fuite. La couleur de la toile est aussi à prendre en compte. Une toile blanche est signe d’une dégradation avancée. Les machines au sel sont aussi à surveiller. À long terme, elles occasionnent un problème de rouille et, mal utilisées, elles acidifient l’eau. On peut demander au propriétaire de faire fonctionner le moteur de la piscine ainsi que la thermopompe pour s’assurer que ces équipements fonctionnent. N’oubliez pas de demander le nom de l’installateur pour s’assurer qu’il possède bien un permis de l’Association des commerçants de piscines du Québec (ACPQ).

Coût de remplacement d’une toile : en moyenne 600 $

Coût de remplacement d’une piscine : en moyenne 4000 $ à 5000 $

Piscine creusée

Marc-André Coiteux, représentant pour Trévi Joliette, souligne que l’inspection d’une piscine creusée est plus limitée. « On s’informe sur l’année d’installation et on vérifie l’état de la toile pour observer les signes de vieillissement (motifs moins apparents, blancheur, déchirures). En moyenne, elles ont une durée de vie de 10 ans. » Un indice de problème : l’affaissement du béton autour de la piscine. Il est également possible de demander un test de pression pour les boyaux sous-terrains pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite d’eau. Un simple appel de service chez un installateur suffit souvent. Ce dernier possède aussi les compétences pour s’assurer du bon fonctionnement des composants externes (pompe, système de traitement d’eau, etc.). Le coût peut représenter un débours d’environ 200 $. Une somme minime si on la compare aux dépenses que peuvent représenter des réparations.

Coût de remplacement d’une toile : en moyenne de 3000 à 4000 $

Coût de remplacement d’une piscine : en moyenne 25 000 $

Spa

Ce n’est souvent pas la coquille d’un spa qui pose problème, mais ses composants. Pompe, système électrique, chauffe-eau, couvercle ont une durée de vie limitée. Le meilleur moyen d’en avoir le cœur net est de demander d’activer l’appareil. On vérifie que les jets fonctionnent, qu’il n’y a pas de fuite d’eau par terre. L’enjeu principal pour ce type d’équipement est sa consommation d’énergie. « On doit demander combien coûte le spa en électricité, s’il est utilisé l’hiver ou non. On vérifie si le plancher est isolé », explique Marc-André Coiteux, représentant pour Trévi Joliette. Un couvercle de spa trop lourd, trop mince ou dont le cuir est craquelé doit être changé. Le coût est en moyenne de 550 $. Lorsqu’on achète un spa d’un autre propriétaire, les filtres et les cartouches devront être remplacés. « Les filtres amassent les peaux mortes. Ne pas changer ces pièces est un peu l’équivalent de se tremper dans le bain de quelqu’un d’autre. »

Coût de remplacement : entre 4500 $ et 11 000 $

Remplacement d’un jet d’eau : entre 20 $ et 40 $

Remplacement de la pompe : entre 300 $ et 400 $

Remplacement du panneau électrique : entre 300 $ et 400 $

Ce que la loi dit

Ludovic Archambault, maître piscinier pour Piscines Gratton, explique qu’il n’est pas permis de simplement enterrer une piscine creusée défectueuse, endommagée ou dont on ne veut plus. S’il s’agit de problèmes d’équipement ou de plomberie, cela peut valoir la peine d’effectuer la réparation. Toutefois, si la problématique se situe au niveau de la structure de la piscine et du béton, certaines réparations peuvent se rapprocher du prix d’une piscine neuve. « Il faut considérer qu’on doit souvent enlever la vieille piscine avant d’en mettre une nouvelle », explique le maître piscinier.

Adoptée en 2007, la Loi sur la sécurité des piscines résidentielles oblige l’obtention d’un permis autant pour les piscines hors terre, creusées, semi-creusées et gonflables que pour les constructions donnant ou empêchant l’accès à la piscine, telles que les plateformes, les clôtures et les terrasses.

En chiffres 

AU QUÉBEC 

Ratio : 1 piscine pour 16 personnes

Nombre de piscines : 500 000 

400 000 piscines hors terre et 100 000 piscines creusées

Montréal, champion canadien des piscines creusées : en 2014, 69 % des nouvelles piscines creusées au Canada ont été installées à Montréal.

Sources : Florida State University et Association des commerçants de piscines du Québec

Délais de vente moyens des maisons unifamiliales pour les six régions métropolitaines de la province de janvier 2017 à aujourd’hui.

Sans piscine = 107 jours

Avec piscine hors terre = 99 jours

Avec piscine creusée = 124 jours

Source : Fédération des chambres immobilières du Québec

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