Analyse

Où sont les femmes ?

Québec — Tous les sondeurs le constatent : François Legault et la Coalition avenir Québec ont un problème avec l’électorat féminin. Ce n’est pas propre à la CAQ. Tous les partis qui tendent vers la droite ont plus de difficulté à rejoindre les femmes.

C’est à travers ce prisme qu’il faut voir l’engagement de François Legault à former un Conseil des ministres paritaire, où le nombre de femmes égalerait celui des hommes, si la Coalition avenir Québec était portée au pouvoir, le 1er octobre. Un « engagement ferme », disait cette semaine M. Legault, rappelant que cela passait par un nombre respectable de candidates dans des circonscriptions « prenables ». Un changement de cap – durant la campagne électorale de 2014, le même François Legault avait soutenu que dans le choix des ministres, « il [fallait] prendre les meilleurs. Je pense que les femmes sont d’accord là-dessus », avait-il soutenu, applaudi par ses candidates.

« Les partis qui sont plus près de la droite, qui ont des politiques plus conservatrices, ont plus de problèmes avec l’électorat féminin. C’était le cas avec l’ADQ et avec le Parti conservateur à Ottawa », observe Sébastien Dallaire, vice-président chez la maison de sondage Ipsos. 

Dans sa plus récente enquête, Ipsos constatait un écart important dans les intentions de vote pour la CAQ – le parti avait l’appui de 39 % des hommes interrogés, mais de seulement 28 % des femmes. 

Les femmes avaient aussi moins tendance que les hommes à voir en François Legault le meilleur candidat au poste de premier ministre. Un sondage Léger diffusé hier par LCN dressait le même constat : la CAQ récoltait la faveur de 37 % des hommes et de seulement 30 % des femmes.

Après les élections générales de 2007, Jean Charest s’était réveillé comme un boxeur qui s’était fait passer à tabac. Son parti, qui réclamait un premier renouvellement de mandat, théoriquement une formalité, était devenu minoritaire à l’Assemblée nationale. De surcroît, l’humiliation venait de l’ADQ, le tiers parti de Mario Dumont, qui tout à coup avait fait élire 40 députés. En y regardant de plus près, se souvient un stratège de l’époque, on a compris ce qui avait manqué au PLQ dans les urnes : le vote des femmes était pour la première fois en baisse. Rappelons que Dumont en campagne avait abattu une carte susceptible d’aller chercher une partie de l’électorat féminin : les mères se voyaient promettre 100 $ par semaine par enfant qu’elles garderaient à la maison, plutôt que d’occuper une place en garderie.

La parité…

Ce constat commandait une réponse. Le premier Conseil des ministres du gouvernement libéral minoritaire a proposé la parité hommes-femmes au sein de son gouvernement, « un moment historique », a alors soutenu la présidente de la Fédération des femmes, Michèle Asselin. L’équilibre entre hommes et femmes a tenu jusqu’en 2009 – après la démission de Monique Jérôme-Forget, en avril, le poids des femmes a diminué progressivement. En 2012, on ne comptait que 11 femmes sur les 28 membres du Conseil des ministres. Sous Philippe Couillard, on se contente d’une « zone de parité » – autour de 40 % de femmes au Conseil des ministres. Fait à souligner, l’éphémère gouvernement Marois ne comptait que 34,8 % de femmes.

Une cible élevée…

La CAQ pourra-t-elle atteindre la parité chez les candidats ? Pour l’heure, elle a annoncé 11 femmes sur 23 candidats officiels, soit 48 %. Le PLQ et le PQ ont respectivement 36 et 39 % de candidates, et Québec solidaire frôle les 60 %. D’autres femmes sont dans l’antichambre et leurs candidatures pour la Coalition avenir Québec vont bientôt être annoncées, confie-t-on dans les coulisses du parti. Cela dit, le nombre de candidates ne fait pas foi de tout. Encore faut-il qu’on leur accorde de bonnes circonscriptions. Karen Cliffe, candidate caquiste dans Nelligan, qui a fait parler d’elle comme sympathisante de Donald Trump pour sa rapidité à dénoncer les « fake news » de CNN, ne risque pas de faire partie du caucus caquiste.

Supputons un peu sur la composition d’un Conseil des ministres. Historiquement, autour de 24 postes sont à pourvoir. François Legault doit en conséquence trouver 12 femmes. Chez les élus actuels, trois députées ont probablement de bonnes chances de devenir ministres. C’est le cas de Geneviève Guilbault, qui a arraché la circonscription de Louis-Hébert aux libéraux, et de Nathalie Roy, de Montarville, porte-parole du parti sur les questions identitaires. On peut aussi parier sur Sylvie D’Amour, entrepreneure, agricultrice élue dans Mirabel.

Me Sonia LeBel, ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, travaille à la CAQ depuis plus d’un an. Elle pourrait atterrir en Mauricie, dans Champlain, où elle a des liens. Si elle est élue et que la CAQ forme le gouvernement, elle deviendrait à coup sûr ministre. Autre candidate ministrable, Chantal Rouleau, mairesse d’arrondissement et candidate dans Pointe-aux-Trembles. D’autant qu’elle risquerait d’être la seule élue de la CAQ sur l’île de Montréal.

Il reste sept femmes à trouver. Une tâche immense, puisqu’il est clair que François Legault devra conserver de très bonnes circonscriptions pour des candidats masculins qu’il espère attirer ; le Dr Lionel Carmant et le banquier Éric Girard, par exemple, qui devraient faire le saut dans la couronne de Montréal. On voudra de surcroît que ces candidats confirment tôt leur décision, rapidement après l’ajournement de l’Assemblée nationale, à la mi-juin, pour pouvoir les déployer sur le champ de bataille des barbecues, cet été. La CAQ doit montrer qu’il y a une équipe derrière François Legault, ce dont bien des électeurs ne sont toujours pas convaincus.

Issue des médias, Caroline Proulx dans Berthier a de bonnes chances d’avoir une limousine, si, bien sûr, elle est élue et que François Legault devient premier ministre. Marie-Louise Tardif dans Laviolette devra d’abord traverser l’élection et défaire une ministre libérale populaire, Julie Boulet. Citons aussi Geneviève Hébert dans Saint-François. Christiane Gamache, ex-directrice d’école, a de bonnes chances d’être élue dans Jean-Lesage, en basse-ville de Québec. Même chose pour Stéphanie Lachance dans Lotbinière. Suzanne Dansereau dans Verchères est aussi une ex-élue municipale. Nicole Leduc, cofondatrice d’Orléans Express, tenait à se présenter dans Verdun, circonscription libérale inaccessible à la CAQ. Une autre candidate « ministrable » serait annoncée vendredi pour Côte-du-Sud.

Restent d’autres circonscriptions susceptibles d’être favorables à la CAQ : Terrebonne, Bertrand, Sanguinet… Dans ces trois cas, François Legault est à la recherche de candidates.

Sondage

La CAQ en perte de vitesse

La Coalition avenir Québec est en perte de vitesse ; un sondage Léger diffusé par LCN hier montre que le parti de François Legault encaisse un second recul en deux mois. La CAQ avait 39 % d’appuis en février, 37 % le mois dernier. Elle glisse à 34 % dans cette nouvelle enquête menée du 6 au 8 avril, auprès de 1019 internautes. Le PLQ arrive second à 29 %, trois points de plus que le mois précédent. Depuis janvier, l’avance qui était de 11 points de la CAQ sur le PLQ est réduite à cinq points. Suivent le PQ, qui fait du surplace à 21 %, et Québec solidaire, qui obtient 9 %. L’avance de la CAQ est écrasante chez l’électorat francophone. Pas moins de 41 % des francophones appuient François Legault, contre 25 % pour le PQ et un famélique 16 % pour le PLQ. François Legault reste en tête comme « meilleur premier ministre », avec 28 % d’appui, devançant Philippe Couillard (16 %) et Jean-François Lisée, loin derrière à 11 %. Donnée importante : 27 % des répondants se disent satisfaits du gouvernement, contre 66 % d’insatisfaits. 

— Denis Lessard, La Presse

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