autobus au garage en période de pointe

La STM et le syndicat se renvoient la faute

Il manquait 186 bus dans les rues de la métropole pour assurer les services prévus par la Société de transport de Montréal (STM), hier matin, en période de pointe. Et c’est comme ça tous les jours depuis des semaines. De 12 % à 15 % des autobus requis pour offrir tous les services en période de pointe, matin et soir, sont au garage.

La STM accuse le syndicat des employés d’entretien de faire des moyens de pression « illégaux ». Le syndicat nie tout, parle de « diffamation » et montre du doigt des décisions de gestion douteuses prises par l’employeur depuis cinq ans.

Pendant ce temps, des milliers de Montréalais attendent quotidiennement leur bus, les pieds dans la gadoue et la neige sale des trottoirs mal déneigés, glacés. Ils n’ont pas tort de penser qu’ils attendent plus longtemps que d’habitude parce que chaque jour, depuis le début de l’hiver, il y a moins d’autobus en service qu’il ne le devrait.

Selon le directeur général de la STM, Luc Tremblay, les normes d’entretien préventif font en sorte que, bon an, mal an, environ 20 % de ses 1807 autobus restent cloués au garage tous les jours pour cause d’entretien ou de réparation. Hier matin, ce taux-là était de 30 %.

Cet écart, affirme-t-il, est principalement attribuable à deux phénomènes : l’hiver plus rigoureux que d’habitude pour les systèmes de chauffage, les essuie-glace et les conduites de carburant des autobus, et « des moyens de pression récurrents » de la part du syndicat des 2400 employés d’entretien de la STM, sans convention collective depuis deux ans.

« Ça fait quatre fois qu’on va au Tribunal administratif du travail et qu’on gagne, en démontrant qu’il y a des moyens de pression illégaux », dit M. Tremblay dans un entretien à La Presse.

« La majorité de nos employés fait un travail remarquable et n’est pas concernée par ces actions. »

— Luc Tremblay, directeur général de la STM

« C’est le syndicat qui incite un certain noyau dur de travailleurs à ralentir la cadence ou à opposer des refus de travail, ajoute M. Tremblay. Il y en a eu quatre seulement depuis le début de cette semaine. Chaque fois, il faut faire venir des gens de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ou de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), qui nous donnent le feu vert pour reprendre le travail. Ce temps perdu, on ne peut pas le rattraper. »

« Complètement faux »

« C’est complètement faux, de la pure et simple diffamation », rétorque le président du syndicat des 2400 employés d’entretien de la STM, Gleason Frenette. « M. Tremblay fait bien des sorties publiques depuis un an pour mettre la responsabilité de ses problèmes sur le dos des employés. »

« Il n’y en a pas, de mot d’ordre du syndicat, assure-t-il. On a fait une grève du temps supplémentaire pendant six jours, en mai. Il essaie de faire croire que c’est depuis ce temps-là que le problème a commencé. Ça n’est pas vrai. Le problème est en progression constante depuis le gel d’embauche décrété par l’administration Coderre, en 2014. »

Depuis cinq ans, ajoute-t-il, le syndicat perd des membres chaque année, alors que le parc des véhicules de la STM, lui, augmente. « En plus, affirme le leader syndical, ce sont des autobus hybrides qui entrent, des autobus qui ont beaucoup de problèmes. En ce moment, la STM en a 276. De ce nombre, 35 % sont immobilisés. Pourtant, ils sont presque neufs. On en a 800 qui s’en viennent dans les prochaines années. On n’est pas sortis de là, mes amis ! »

Le volume de travail est devenu si élevé, ajoute-t-il, que l’entretien préventif des autobus en souffre. Il affirme même qu’on ne donne plus suite aux bulletins de service produits fréquemment par Nova Bus, constructeurs des véhicules de la STM, pour corriger des problèmes mécaniques ou électriques ou remplacer des pièces défectueuses.

« On ne les fait pas parce qu’on n’a pas le temps, dit M. Frenette. Ils coupent partout. En plus, on a un garage qui a fermé. Le centre Saint-Denis a été tellement mal entretenu que le toit n’est plus sécuritaire. On ne peut plus travailler là. Et ça, c’est 13 vérins qu’on n’a plus pour entretenir les autobus. »

562 bus immobilisés

C’est le quotidien Montreal Gazette qui a révélé, hier, que plusieurs dizaines de chauffeurs de la STM passaient régulièrement des journées à ne rien faire, au garage, parce qu’ils n’avaient pas d’autobus à conduire. En moyenne, presque un autobus sur trois ne pouvait pas être remis en service, alors que cette proportion ne devrait pas dépasser un autobus sur cinq.

En période de pointe, hier matin, a ainsi expliqué le directeur général Luc Tremblay, la STM avait besoin de 1424 autobus pour assurer tous les services prévus à son horaire. Il en manquait 186, soit 13 % du nombre requis. L’absence de tous ces bus se traduit par des passages moins fréquents sur de nombreuses lignes, des retards en cascade et des autobus encore plus bondés que d’habitude sur tout le réseau.

Jeudi matin, c’est presque 15 % des bus requis qui n’étaient pas disponibles, ajoute le président du syndicat, Gleason Frenette. « Il manquait 210 autobus pour couvrir les services. Il y en avait 562 immobilisés. »

« Ce ne sont pas des moyens de pression qui ont fait ça. C’est des mauvaises décisions de gestion prises pendant des années qui nous ont amenés là. »

— Gleason Frenette, président du syndicat des employés d’entretien de la STM

Pour remédier à ces retards d’entretien accumulés, il faut d’abord espérer que « l’hiver va faire une petite pause », dit le directeur général de la STM. « Ensuite, et c’est le cœur de la négociation actuelle, ça passe par la signature d’une convention collective où on va avoir plus de quarts de travail de soir et de nuit, pour nous permettre de travailler sur les véhicules pendant qu’ils ne roulent pas. »

« À l’heure actuelle, affirme M. Tremblay, 68 % de nos quarts de travail se font de jour, quand les autobus sont sur la route. »

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