Russie

LIBERTÉ DE LA PRESSE
Carton rouge au régime Poutine

Empruntant au vocabulaire du soccer alors que débute aujourd’hui en Russie la Coupe du monde, Reporters sans frontières a lancé hier une campagne de sensibilisation sur la répression des journalistes, qui s’accentue au pays de Vladimir Poutine.

Un match « déséquilibré »

Sur un décor de terrain de soccer planté au beau milieu de Paris, des photos grandeur nature de journalistes russes emprisonnés rappellent le match « déséquilibré » qui se joue en Russie, entre pouvoir et médias indépendants, souligne Reporters sans frontières (RSF). L’organisation de défense des journalistes affirme dans un communiqué avoir choisi de lancer une campagne de sensibilisation durant la Coupe du monde pour « éviter que le plus grand événement médiatique de l’année ne serve la propagande du système Poutine en camouflant la réduction toujours plus drastique du pluralisme journalistique dans ce pays ». « Jamais le président Vladimir Poutine n’a distribué autant de cartons rouges aux médias russes », a noté l’organisme.

« L’impunité est la règle »

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, en 1999, au moins 34 journalistes ont été tués « du fait de leur activité », a documenté RSF. L’organisation affirme par ailleurs que « jamais autant » de journalistes n’ont été emprisonnés en Russie depuis la chute de l’Union soviétique, en 1991, qu’ils soient salariés ou blogueurs. « Ceux qui infligent des tacles par-derrière aux reporters, en revanche, ne reçoivent que rarement des cartons rouges : des violences policières aux assassinats, l’impunité est la règle », s’insurge Reporters sans frontières, qui regrette que les enquêtes « ne donnent rien », la plupart du temps.

Des cartes à l’effigie de journalistes emprisonnés

RSF distribuera durant la Coupe du monde des fiches à l’effigie de sept journalistes actuellement emprisonnés en Russie, telles des cartes sportives à collectionner. On y trouve notamment celle d’Alexeï Nazimov, rédacteur en chef du journal d’opposition Tvoïa Gazeta, en Crimée, qui est détenu depuis octobre 2016 après avoir été accusé d’extorsion de fonds par le parti au pouvoir, qu’il critiquait dans ses écrits. Le blogueur sibérien Alexeï Kungurov a aussi la sienne, lui qui croupit en prison depuis deux ans pour avoir critiqué l’intervention russe en Syrie, ce qui lui a valu d’être accusé de faire l’« apologie du terrorisme ».

Le journalisme criminalisé

La Russie a chuté à la 148e place sur 180 au plus récent Classement mondial de Reporters sans frontières. L’organisation dénonce notamment la multiplication de lois « liberticides » dont le « caractère vague et large permet [une] application sélective et arbitraire », ajoutant que les organisations de défense de la liberté de la presse et les médias étrangers n’échappent pas à cette « criminalisation » du journalisme. Le blocage arbitraire de sites internet, la censure des moteurs de recherche et l’interdiction des réseaux privés virtuels (VPN) ont fait entrer Moscou « dans un club restreint longtemps réservé à la Chine ou à l’Iran », conclut RSF.

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