Opinion

La coûteuse bureaucratisation de la mort

Il y a des gens qui aimeraient que le gouvernement s’occupe de nous de notre naissance jusqu’à notre mort.

Pour certains fonctionnaires au gouvernement du Québec, cependant, il semble que ce ne serait pas assez. Dans ce qui nous semble être un accès de « bureaucratite aiguë », les fonctionnaires de l’Office de la protection du consommateur proposent de créer un nouveau registre gouvernemental des préarrangements funéraires des Québécois.

Un tel registre créerait effectivement une base de données gouvernementale, administrée par des fonctionnaires, qui répertorierait l’ensemble des préarrangements funéraires contractés au Québec.

Nonobstant le questionnement que nous avons quant à l’existence ou l’ampleur du supposé problème auquel ces fonctionnaires tentent de remédier, il y a un questionnement nécessaire quant à l’étalement de l’action gouvernementale dans chaque sphère de notre vie, et quant au coût nécessaire à la mise en place d’un tel système, tant pour les contribuables que pour les petites et moyennes entreprises œuvrant dans l’industrie.

L’évaluation du coût ou de la complexité des contrats informatiques n’est pas la plus grande force de la fonction publique québécoise.

Le simple fait de penser au projet d’informatisation des dossiers de santé, qui a accumulé neuf ans de retard et une facture de près de 2 milliards de dollars, suffit à nous donner froid dans le dos. Malgré ces échecs passés, l’analyse d’impact réglementaire préparée pour l’Office de la protection du consommateur ne fait aucune mention du coût (assumé par les contribuables) pour la mise en place d’un tel registre et du système informatique nécessaire pour le soutenir.

Une charge pour les PME

En plus des coûts de mise en place pour les contribuables, un autre aspect financier inquiétant est celui du coût de conformité que devront assumer les petites et moyennes entreprises québécoises du secteur des pompes funèbres.

Si un tel registre venait à être adopté, l’Office de la protection du consommateur accorderait un délai d’un an aux entreprises funéraires afin qu’elles puissent entrer l’historique de leurs contrats dans la base de données du gouvernement. Cela signifie mobiliser un employé pour remonter parfois 50 ou même 100 ans dans leurs archives pour retrouver chaque contrat et l’entrer dans la base de données du gouvernement.

Il est vrai que ce sera coûteux pour les Urgel Bourgie et Alfred Dallaire de ce monde, mais les conséquences seront encore plus inquiétantes pour les petites entreprises indépendantes œuvrant dans le secteur.

Pour une entreprise familiale, le coût d’embauche d’un employé additionnel pour faire de la paperasserie pendant des mois peut faire la différence entre rester en activité ou mettre la clé sous la porte.

Toutes ces dépenses pour les contribuables et pour les PME pourraient peut-être être justifiables si le gouvernement réglait un réel problème longuement décrié par les Québécois en imposant un tel registre. Il ne semble pas que ce soit le cas.

Le problème que le gouvernement tente de régler, soit le fait qu’une famille perde l’ensemble de la documentation quant à un préarrangement funéraire, en est un qui est facilement réglé en conservant ledit contrat de préarrangement avec son testament ou autres documents importants et en parlant à ses proches. Nul besoin d’un coûteux registre gouvernemental et de la horde de fonctionnaires qui y seraient affectés.

Le gouvernement devrait se contenter de s’occuper des vivants, au lieu de bureaucratiser la mort.

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