Sur la route avec Guylaine Tanguay

Une affaire de famille

« Mon grand-père était menuisier. Il a ouvert une petite shop, qui a fait travailler ses fils, puis beaucoup de monde dans le village. Moi, je fais vivre mon équipe, mes musiciens… »

Lorsqu’on demande à Guylaine Tanguay de qualifier la carrière qu’elle mène, la réponse ne se fait pas attendre : « C’est une entreprise familiale. »

La notion de famille revient souvent lorsqu’on passe quelques jours avec la chanteuse et son entourage. Son agent et imprésario, Carl Bazinet, est son conjoint depuis plus de deux décennies. Plus jeunes, leurs filles les ont longtemps accompagnés pour des spectacles sur la route.

C’est le père de Carl qui trimballe le matériel des musiciens aux quatre coins du Québec. Le directeur musical de tous les projets de la chanteuse, Sébastien Dufour, travaille avec le couple depuis bientôt 20 ans. Le batteur François Fortin est dans le portrait depuis presque aussi longtemps.

Dans son équipe, le mot « loyauté » est également souvent prononcé.

« Mes musiciens, c’est ma famille. Les danseuses, c’est comme mes filles. C’est important de garder ça », estime Guylaine Tanguay.

En fait, non seulement est-il important pour elle de garder son équipe tricotée serré, mais elle en a fait une condition sine qua non lorsqu’elle a paraphé, au cours des derniers mois, une entente avec Musicor, maison de production musicale de Québecor.

« Ç’a été clair dès la première rencontre : c’est ma gang, et si on y touche, je pars avec eux. C’était non négociable. »

— Guylaine Tanguay

« Jusqu’à il y a quelques mois, c’est moi qui signais les chèques de tout le monde, rappelle-t-elle. À l’époque, je me disais : si ça décolle, on les garde avec nous. Et c’est ce qui est arrivé. »

Chanter et rien d’autre

« À l’époque », c’est grosso modo l’ère pré-2015.

C’est une vingtaine d’années passées sur la route des festivals country du Québec et du Nouveau-Brunswick. Des albums enregistrés chaque année pour en interpréter les chansons l’été suivant. Des soirées passées avec les trois filles du couple à emballer des disques pour les vendre à la pièce après les spectacles.

Carl travaillait parallèlement pour une maison de production. Guylaine, elle, s’occupait des enfants. Et chantait.

« On avait une voiture bien ordinaire, on ne rénovait pas la maison, on avait une télé profonde alors que tout le monde avait un écran plat… Ç’a été ça pendant des années, mais on était heureux. »

« Ma petite vie me plaisait. Je ne rêvais pas d’être une vedette, je voulais juste chanter. »

— Guylaine Tanguay

Puis les enfants ont grandi. Et l’occasion de passer en deuxième vitesse s’est présentée.

Guylaine Tanguay a ainsi lancé Inspiration Country en 2015, qui a suscité la curiosité du public. L’année suivante, elle a été invitée à l’émission Tout le monde en parle. Encore aujourd’hui, elle garde en permanence sur elle, comme un porte-bonheur, la carte que lui a remise Dany Turcotte.

L’effet a été immédiat. Ses deux albums suivants, Classique Country et Mon livre vert, se sont hissés parmi les disques les plus vendus au Québec en 2016 et 2017.

En quatre ans seulement, elle a sorti six albums, dont deux de Noël, en plus des tournées et des spectacles thématiques – notamment un hommage à Céline Dion.

Changement de ton

Autant de l’aveu de Guylaine Tanguay que de celui de son imprésario et mari, l’heure est venue de lever le pied un peu.

« Je ne sais pas toujours quoi faire, mais je sais quoi ne pas faire », se plaît à répéter Carl Bazinet.

« J’en ai vu, des artistes, aller trop vite, trop fort, essayer de tenir le rythme », précise-t-il.

Une mauvaise expérience a notamment échaudé le couple l’automne dernier. Un spectacle qui devait être donné quelques jours avant Noël au Centre Vidéotron a été annulé, faute d’une vente de billets suffisante. Des appréhensions se confirmaient : il était temps de penser à une nouvelle formule.

Après la présente tournée, le couple prévoit donc de passer quelques mois à Nashville afin de prendre un peu de recul. Ce sera l’occasion pour Guylaine Tanguay d’enregistrer quelques nouvelles chansons, mais également de tenter sa chance dans l’écriture, elle qui s’est fait connaître comme interprète jusqu’ici.

« J’ai écrit quelques chansons déjà, ça me vient assez facilement, dit-elle. En réalité, j’ai toujours aimé ça, mais on avait trois filles à élever et une business à faire tourner… Quand je lavais des costumes de scène jusqu’à 4 h du matin, je n’avais pas vraiment la tête à écrire des chansons… »

Par la suite, son imprésario prévoit une tournée de spectacles plus intimes, dans de petites salles de 200 à 250 places.

« Le succès passe, mais le respect reste. C’est important de continuer à susciter l’intérêt des gens, à avoir des salles pleines. On veut tranquillement réduire le rythme, diversifier les projets. » 

— Carl Bazinet, agent, imprésario et mari de Guylaine Tanguay

La chanteuse n’a jamais caché non plus qu’elle aimerait bien animer à la télévision.

Une chose est sûre, toutefois : peu importe quels projets se présenteront sur la route de Guylaine Tanguay, au bout du compte, c’est elle et personne d’autre qui prendra les décisions sur sa carrière.

« J’ai 46 ans, pas 17, tranche-t-elle. Je n’aspire pas à devenir une star internationale. Je pense que c’est assez facile de travailler avec moi ; je ne suis pas chialeuse, je suis organisée… Mais je ne suis pas malléable ! »

Quand elle regarde tout le chemin qu’elle a parcouru, Guylaine Tanguay assure n’avoir aucun regret.

Surtout pas celui d’avoir connu le succès tardivement.

« Je vis mes plus belles années », conclut-elle.

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