20e Gala Les Olivier

À deux, c’est mieux

Après avoir été sur la sellette les deux dernières années, le gala du milieu de l’humour s’annonce moins agité, côté controverses. Ça tombe bien, car Pierre Hébert et Philippe Laprise, qui coanimeront le Gala Les Olivier demain soir, n’aiment pas la controverse. Et ils nous promettent une soirée festive pour cette 20e édition.

En 2016 et 2017 – avec les affaires Mike Ward, Guy Nantel, Gilbert Rozon et Éric Salvail –, un lourd parfum de scandale était répandu dans la salle lors du Gala Les Olivier. Pas cette fois. Alors que deux nouveaux humoristes seront à la barre du gala télévisé demain soir, succédant à François Morency, rien n’apparaît sur l’écran radar. 

« Et on n’en veut pas, des scandales ! », lance Philippe Laprise à La Presse, soulignant au passage que tout le monde l’interroge sur les nombreuses controverses qui ont secoué le milieu de l’humour québécois.

« On ne fera pas, Pierre et moi, trop de vagues cette année, poursuit le coanimateur. L’APIH [Association des professionnels de l’industrie de l’humour] fête le 20e anniversaire des Olivier. On veut s’amuser et faire un gros party, avec un show à notre image : rassembleur, énergique et… un peu niaiseux. »

— Philippe Laprise

Un premier gala

Philippe Laprise ne dévoilera pas les punchs et surprises du gala. Mais il avance qu’Hébert et lui sont reconnus pour « détruire » les émissions des autres animateurs lorsqu’ils sont invités à la télévision. Parions que leur numéro d’ouverture risque d’être interrompu pas des collègues qui ont la mémoire longue…

Pour le reste, le duo anime pour la première fois un gala télévisé en direct (et un premier gala tout court pour Hébert). Les deux comiques sont fort occupés. Philippe Laprise vient de faire la première de son solo à la Place des Arts, il y a 10 jours. Toutefois, ils ne veulent pas se mettre trop de pression. Leurs textes sont prêts depuis plus de deux semaines. Ils ont peaufiné leur « livraison ».

Pierre Hébert est aussi en tournée avec Le goût du risque, qui a récolté l’Olivier du spectacle de l’année en 2017. L’auteur et interprète confie qu’il n’aurait jamais accepté d’animer Les Olivier sans son acolyte. « Bien que nous soyons très différents dans notre façon de travailler (Phil est un instinctif, je suis un cartésien), nous avons une complicité naturelle, dit-il. Pour utiliser une métaphore de hockey : je sais que je peux lui faire une passe les yeux fermés, il sera toujours au bon endroit sur la patinoire pour attraper la rondelle. »

Un Tigre géant et deux mecs comiques

Dans la vie, Pierre Hébert et Philippe Laprise sont de bons amis et des complices professionnels (VRAK la vie). Mais ils sont surtout deux éternels gamins, malgré leur âge (37 et 42 ans) et la paternité. Ils ne se prennent pas au sérieux et ne prennent pas le monde des adultes au sérieux non plus. Ces deux hommes « immatures » débordent d’une énergie contagieuse.

« Philippe et moi, on s’est rencontrés à la radio en Outaouais, vers 2005, raconte Hébert. J’allais le voir donner des numéros de stand-up dans un bar à Gatineau. On revenait à Montréal en voiture ensemble. On arrêtait toujours à mi-chemin, à Casselman, pour aller visiter les rayons du Tigre géant et acheter plein de trucs pas chers. »

Dans leurs razzias au Giant Tiger, ces deux futurs lauréats de l’Olivier de la Découverte de l’année (en 2009 pour Laprise, en 2010 pour Hébert) essayaient des vêtements farfelus et jouaient avec des gadgets bizarres. Et se bidonnaient dans les allées, sous le regard ébahi des vieilles Anglaises.

C’est donc dans un magasin d’aubaines ontarien qu’est née la riche complicité des deux humoristes québécois. Nourrie par une belle et ludique folie qui va sans doute teinter la prestation des maîtres de cérémonie, dimanche soir, et éloigner toute controverse.

« Le Gala Les Olivier, c’est avant tout pour le public qu’on le fait. C’est lui qui nous donne la permission d’être là », conclut le duo comique.

Le 20e Gala Les Olivier, le 9 décembre à 19 h 30, à ICI Radio-Canada Télé

Philippe Laprise poursuit la tournée de son troisième spectacle solo Je m’en occupe.

Le spectacle de Pierre Hébert, Le goût du risque, repart en tournée dès le 4 janvier 2019.

Coup de cœur

Le plus fort au monde de François Bellefeuille

J’ai ri à en avoir mal aux tempes au feu roulant de blagues, souvent grivoises et scatologiques, de François Bellefeuille. Un spectacle freudien, débordant d’autodérision et de dessins d’enfance évocateurs, où il est abondamment question du fait que l’hirsute humoriste a récemment franchi le cap des 40 ans. Il caricature à souhait, noircit le tableau et épaissit le trait, brossant un bien triste portrait de la déliquescence physique de l’homme de ma génération. C’est de l’humour d’observation, pas particulièrement original ni subversif, sur la vie de couple, la paternité, etc., mais c’est d’une efficacité redoutable. L’essence même du stand-up : une ligne, un punch. Comme un boxeur qui tient son adversaire dans les câbles. En le faisant rire. — Marc Cassivi, La Presse

Coup de cœur

Velours de Katherine Levac

Avec Velours, l’irrésistible Katherine Levac a offert une des propositions les plus rafraîchissantes et drôles de l’année. La jeune humoriste de 28 ans se démarque avant tout par son originalité. On apprécie surtout son point de vue d’Ontarienne sur les Québécois. Elle pose un regard incisif sur la société qui l’entoure et sur sa propre génération à la fois : les Y. C’est sa capacité à dire les choses sans filtre, à travers de petites choses de la vie à première vue anodines, qui fait vraiment son charme. L’air de rien, elle n’hésite pas à aborder des questions aussi variées que les défaillances du système de santé, la place des femmes dans la société ou la protection de la langue française. — Stéphanie Vallet, La Presse

Coup de cœur

En attendant le beau temps, Les Denis Drolet

Ça faisait longtemps qu’on avait vu Les Denis Drolet quand nous sommes allée voir En attendant le beau temps, croyant à tort que nous allions nous retrouver en terrain connu. Les Denis Drolet, c’est une exploration infinie et constante de la déstabilisation du public, une imagination totalement inclassable, un duo fusionnel parfait. Nous avons carrément retrouvé le rire presque hystérique de notre enfance, celui qui pogne aux tripes et qu’on tente de prolonger pendant des jours en répétant leurs jokes que personne ne comprend, sauf les fans. Avec ce show, ils ont vraiment atteint un sommet (coiffé d’un gros arc-en-ciel quétaine). Merci, Les Denis, on en avait besoin ! — Chantal Guy, La Presse

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