Objectif :
Tokyo 2020

Comme tous les haltérophiles de la planète, Kristel Ngarlem commence son processus de qualification olympique aux Championnats du monde d’Achgabat, au Turkménistan. La jeune Montréalaise vit d’espoir pour son sport en refonte.

Kristel Ngarlem a terminé huitième aux Championnats du monde d’haltérophilie l’an dernier. Cette année, l’athlète de 23 ans visait une place parmi les 12 premières jusqu’à ce qu’elle voie la liste des partantes chez les moins de 76 kg. Finalement, le top 15, voire le top 20, serait peut-être plus réaliste.

« Les Chinois sont de retour, les Russes sont de retour, les Kazakhs, les Bulgares, je ne continuerai pas la liste… »

Au total, neuf pays ont été suspendus un an par la fédération internationale (IWF). Leurs athlètes avaient fait l’objet de plus de trois cas de dopage après réanalyse des échantillons des Jeux olympiques de 2008 et de 2012. Ce grand coup de balai avait entre autres permis à la Québécoise Christine Girard de recevoir a posteriori le bronze de Pékin et l’or de Londres.

Ngarlem a elle-même déjà joué dans ce film : sa médaille de bronze aux Mondiaux juniors de 2015 s’était convertie en argent quelques mois plus tard à la suite d’un test positif de la prétendue championne.

Que pense-t-elle de la réintégration de ces pays renégats, juste à temps pour le début de la période de qualification pour les Jeux de Tokyo de 2020, auxquels elle aspire ?

« J’ose croire qu’ils ont compris l’essence du sport, ce que veut dire un sport propre », a-t-elle répondu à quelques jours de son départ pour les Mondiaux d’Achgabat, au Turkménistan, où elle fera son entrée en scène mercredi. « Si ce n’est pas le cas, ce serait assez décevant. Je ne sais pas ce qu’on pourrait faire de plus. »

Nouvelles catégories de poids

Toujours menacée d’exclusion par le Comité international olympique après 2020, l’IWF pense avoir réglé une bonne partie du problème qui gangrène son sport en procédant à une refonte des catégories de poids – une première en 25 ans – et en remettant de facto tous les records mondiaux à zéro.

Dorénavant, l’allocation des places aux JO sera déterminée sur une base individuelle et non pas nationale. À partir du 1er novembre et jusqu’à Tokyo, les prétendants devront également participer à un minimum de six compétitions qualificatives (deux pour chaque tranche de six mois) où ils pourraient se soumettre à des tests.

Cette mesure devrait permettre d’éviter des cas comme le Kazakh Ilya Ilyin, qui n’a pris part qu’à deux événements entre ses titres olympiques à Pékin et à Londres, dont il a par la suite été dépouillé pour dopage. Le controversé Ilyin devait s’aligner à Achgabat, mais s’est retiré à la dernière minute, en citant une blessure.

Dans ce contexte, Ngarlem n’accorde pas une si grande importance à son classement. Elle vise plutôt deux charges précises à l’arraché (102 kg) et à l’épaulé-jeté (132 kg). Ces poids représenteraient des records personnels et devraient la qualifier pour l’un des six brevets de financement de Sport Canada dont dispose sa fédération. Pour un athlète de son statut, ce revenu, qui vient aussi avec un soutien provincial, est crucial pour la suite des choses.

La Montréalaise concourra donc dans la nouvelle catégorie des 76 kg. En mai, elle s’est imposée pour la deuxième fois au Canada chez les 75 kg, en surpassant la double olympienne et médecin Marie-Ève Beauchemin-Nadeau, qui l’accompagne en Asie centrale.

Ngarlem voit d’un bon œil la concurrence de Beauchemin-Nadeau, qui l’avait devancée d’un rang l’an dernier aux Mondiaux d’Anaheim. « Elle a un grand bagage et elle m’a appris vraiment beaucoup de choses dans le sport. »

« Elle est là quand j’ai besoin d’aide, elle me conseille à l’entraînement. Elle n’est pas obligée de faire tout ça. Je lui en suis vraiment reconnaissante. »

— Kristel Ngarlem au sujet de sa compatriote Marie-Ève Beauchemin-Nadeau

L’haltérophile peut aussi compter sur le soutien de son amie Marianne St-Gelais. L’ex-patineuse de vitesse l’a aidée à mettre les choses en perspective quand elle a raté ses trois essais à l’arraché lors de la classique québécoise, à Sherbrooke, en mars. Ce 0 pointé l’empêchait de se qualifier pour les championnats panaméricains, ce qui devait être une formalité dans son esprit.

« Je pleurais dans les vestiaires et j’ai dit : “Ma vie est finie ! Je ne me suis pas qualifiée pour les Panams !” Marianne m’a dit : “Je ne pense pas que ta vie est finie, là…” »

Avec les encouragements de la triple médaillée olympique, Ngarlem s’est ressaisie pour réaliser un record personnel à l’épaulé-jeté (130 kg), confirmation qu’elle était bel et bien en excellente condition physique. « Mais mentalement, je n’étais pas là, admet-elle. Honnêtement, j’ai vraiment sous-estimé la compétition. Dans ma tête, ça allait être vraiment facile parce que c’était une provinciale. J’ai appris à mes dépens que ça ne marche pas comme ça. »

Ngarlem n’a pas commis la même erreur deux mois plus tard aux championnats canadiens. Nerveuse au possible au moment de poser les mains sur la barre, elle a eu le meilleur dans le duel l’opposant à Beauchemin-Nadeau. De quoi la mettre en confiance en ce début du processus de qualification olympique.

Maude Charron vise des records personnels

Pour les raisons citées plus haut, Maude Charron, de Rimouski, aura fort à faire pour remonter sur le podium après sa médaille d’argent surprise à l’arraché à ses premiers Mondiaux, l’an dernier, à Anaheim. Elle avait fini cinquième au total chez les 63 kg. Aujourd’hui, elle lèvera dans le groupe B chez les 64 kg, la nouvelle catégorie de poids féminine la plus dense. Cette année, l’ancienne gymnaste de 25 ans a remporté l’or aux Jeux du Commonwealth de Gold Coast et aux Mondiaux universitaires en Pologne, où elle a réalisé un record personnel de 226 kg (99 kg à l’arraché et 127 kg à l’épaulé-jeté). Son total annoncé la positionne 14e avant le début de l’épreuve. « Je ne ressens aucune pression, a écrit Charron, en route vers la capitale du Turkménistan. C’est un championnat complètement différent, avec d’autres athlètes de pays qui n’étaient pas présents l’année dernière. » Elle vise un total de 232 kg (103 kg à l’arraché et 129 kg à l’épaulé-jeté) et veut l’emporter dans le groupe B. « Nous visons un top 10, mais rendu là, ma compétition sera terminée. Tout dépendra de ce que les compétitrices feront dans le groupe A. » L’an dernier, ce scénario l’avait menée jusqu’à la deuxième marche du podium…

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