Chroniques pour les jeunes en congé

Votre future maison, les jeunes

Chers jeunes en relâche scolaire, chers chanceux qui jouez dehors et non à l’écran.

Je devais avoir 12 ans quand cette question a frappé mon esprit. Dans mon quartier, les nouvelles maisons se construisaient à un rythme affolant, faisant disparaître les champs dans lesquels nous allions flâner à vélo.

À voir ces nombreuses constructions, je me suis dit : « À un moment donné, il va y avoir suffisamment de maisons pour loger tout le monde. Et ce jour-là, il n’y aura plus de chantiers et donc plus de travail pour les ouvriers de la construction, non ? »

Mais non, m’a-t-on répondu, il y aura des maisons en chantier tant que la population continuera de croître. Et cette croissance de la population, elle ne s’arrêtera pas de sitôt, rassure-toi.

Ah bon, d’accord… Mais si la population continue de croître, il n’y aura pas assez de terrains pour toutes les maisons. Ils ne vont quand même pas raser tous les terrains boisés du quartier, sinon je vais aller où pour faire du vélo, moi ?

Ne t’inquiète pas, c’est grand, le Québec. Allez, va te coucher, tu commences l’école tôt demain.

Oui, mais pourquoi faut-il que je me couche aussi tôt ?

Les années ont passé et les nouveaux logements ont continué de pousser comme des champignons au rythme d’environ 50 000 par année au Québec dans les années 80. Le prix des maisons a suivi, augmentant à un rythme soutenu.

Jusqu’au jour où les mises en chantier de logements ont chuté abruptement à environ 25 000 par année, au milieu des années 90. Et si vous avez suivi vos cours de maths, 25 000, c’est la moitié de 50 000, on s’entend ? Devinez quoi : le prix des maisons a baissé et bien des ouvriers en construction se sont retrouvés en chômage.

J’ai alors compris que mon questionnement à 12 ans n’était peut-être pas si stupide. Ce qui m’amène à vous parler d’un concept fondamental en économie : l’offre et la demande et ses effets sur les prix.

Dans les années 80, la dernière vague des baby-boomers – vos grands-parents – atteignait la trentaine. Leurs familles se sont mises à acheter massivement des maisons, stimulant la demande. En parallèle, l’offre de terrains dans mon quartier est progressivement devenue plus rare, puisque les champs n’étaient pas infinis. Cette forte demande et cette raréfaction de terrains ont fait bondir les prix.

Le phénomène s’est inversé quand les premiers membres de la génération suivante – vos parents – ont eu 30 ans à leur tour. Cette génération X étant proportionnellement moins nombreuse que les baby-boomers, la demande de logements a diminué, entraînant momentanément une baisse des mises en chantier, au milieu des années 90.

Par la suite, un autre facteur a compensé ce recul, soit le flot important d’immigrés venus s’établir au Québec, auquel s’est greffé le début de la génération Y. Les mises en chantier ont alors remonté autour de 45 000, les prix ont grimpé constamment et les ouvriers sont aujourd’hui plus nombreux que jamais à travailler.

Bien sûr, la tendance est fortement influencée par la santé économique de chaque période. De plus, le niveau des taux d’intérêt pour les prêts hypothécaires a eu un impact, puisque ces taux font varier les paiements mensuels. Néanmoins, en immobilier, la démographie jouera toujours un rôle majeur à long terme.

Avec le temps, bien des familles ont migré vers de lointaines banlieues, les terrains étant devenus plus rares et plus chers, ce qui a eu des conséquences sur le trafic et l’environnement. D’autres ménages sont restés dans les quartiers centraux, mais ils ont opté pour des condos.

Maintenant, que se passera-t-il pour vous, les jeunes ?

Eh bien, voilà, il est bien possible que les prix soient plus raisonnables quand vous achèterez votre première maison, dans les années 2030.

Au cours des prochaines années, la croissance de la population deviendra significativement moins forte, avec le vieillissement de la population.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) prévoit même qu’entre 2031 et 2051, la population croîtra de 7 % au Québec, deux fois moins vite que durant les 20 années précédentes (15 % entre 2011 et 2031).

Il est bien difficile de prédire l’avenir, cela dit. La croissance de la population pourrait être plus forte que prévu, et le marché sera toujours influencé par la santé économique du moment, comme je l’ai dit. D’autres facteurs inconnus pourraient survenir.

Il reste que si l’on s’en remet aux tendances démographiques actuelles, votre marché immobilier sera moins fou qu’aujourd’hui quand vous aurez entre 30 et 40 ans. Et selon vos salaires, vous serez peut-être en mesure d’acheter à bon prix les maisons et condos bien situés des personnes âgées qui passeront l’arme à gauche.

Allez, jeunes chanceux de la relâche, vous pouvez retourner jouer dehors…

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