Maryse Condé remporte le Nobel « alternatif »

L’écrivaine Maryse Condé, originaire de la Guadeloupe, a été choisie comme lauréate du New Academy Prize in Literature, surnommé le prix Nobel alternatif, lors d’une cérémonie diffusée en direct de Stockholm, hier matin. Parmi les finalistes, on trouvait la Québécoise Kim Thúy. Il s’agit d’un prix éphémère, créé dans la foulée du mouvement #metoo, puisque l’Académie suédoise a été rattrapée par un scandale sexuel qui a reporté à l’an prochain la remise du prix Nobel de littérature. « Sincèrement, je savais déjà que ça allait être Maryse Condé, j’en étais certaine, mais je voulais quand même qu’on se réunisse », a confié Kim Thúy, jointe par La Presse alors qu’elle était entourée d’amis pour le dévoilement. — Chantal Guy, La Presse

This Changes Everything

La princesse est à boutte

Le film This Changes Everything est une œuvre percutante sur l’exclusion des femmes à Hollywood et sur leur manque criant de représentation au grand et au petit écran.

Statistiques et chiffres à l’appui, le tout entrecoupé des témoignages candides de Meryl Streep, Natalie Portman, Jessica Chastain, Reese Witherspoon, Cate Blanchett, Sharon Stone et d’une foule d’autres actrices, productrices et réalisatrices, ce film est un document essentiel pour ceux qui s’intéressent au pouvoir des images au cinéma.

Pourtant, à la fin de la projection de presse, jeudi, au moment du générique, nous avons tous éclaté de rire en même temps. Pourquoi ? Parce qu’après avoir vu (et compris) pendant 97 minutes l’importance d’augmenter le nombre de réalisatrices qui raconteront des histoires différentes, nous feront voir le monde d’une autre façon et aideront les sociétés à être plus inclusives et équitables, on découvre que le réalisateur de ce film est nul autre que Tom Donahue… un homme.

Sur le coup, c’est un peu difficile à avaler, d’autant que Donahue a réussi à nous convaincre de l’absolue nécessité d’augmenter le pourcentage de réalisatrices à Hollywood et ailleurs. 

Mais comme le fait si bien remarquer Meryl Streep, « les femmes vont avoir besoin des hommes dans ce combat-là, quitte à ce qu’ils deviennent les chevaliers de cette cause avec nous ».

À cet égard, Tom Donahue est un preux chevalier. Bien avant l’explosion de #metoo, il s’est penché sur le manque de représentation des femmes dans toutes les sphères du cinéma, y compris à travers les rôles toujours secondaires qui leur sont dévolus et qui les enferment dans le cliché d’une infériorité, culturelle et sociale, maintenu par un pouvoir dominant masculin.

L’actrice Geena Davis, qui a fondé son propre institut de recherches statistiques sur l’iniquité des genres au cinéma, a coproduit le documentaire avec Tom Donahue.

Elle revient sur Thelma & Louise, le film-culte qui a lancé sa carrière en 1991 et qui a connu un succès inattendu. « À cause de ce succès qu’on n’avait vraiment pas prévu, on a cru que la partie était gagnée et que désormais, il y aurait plein de films où les rôles principaux seraient tenus par des femmes. Or, il n’en fut rien. Le film n’a strictement rien changé à l’ordre des choses », déplore Geena Davis, qui incarnait la Thelma du film.

Pourtant, bien avant Thelma & Louise, les femmes ont connu un âge d’or dans un Hollywood naissant, d’abord avec Lois Weber, une émule d’Alice Guy et une pionnière du cinéma américain qui a réalisé pas moins de 135 films au temps du muet, en développant même la technique de l’écran divisé (split screen). À cette époque presque miraculeuse, Lois Weber a inspiré des dizaines de femmes qui ont fait leurs armes de réalisatrices à Hollywood et dont les noms viennent remplir l’écran de This Changes Everything.

Malheureusement, l’avènement du cinéma parlant aux alentours de 1926 a changé radicalement la donne.

À partir de ce moment, les studios d’Hollywood en quête de financement se sont associés aux grandes banques. On imagine que leurs dirigeants ont fait pression pour confier la réalisation des films parlants à leurs semblables, ce qui a écarté toutes les femmes qui voulaient réaliser.

Ainsi naquit une industrie de la représentation menée par des hommes blancs, écrivant et tournant des histoires d’hommes blancs dans lesquels les rôles principaux sont confiés à des hommes blancs et les rôles de soutien, aux femmes. 

Celles-ci n’ont souvent pas grand-chose à jouer, mais doivent néanmoins avoir des silhouettes parfaites puisqu’aux yeux de ceux qui les filment, elles sont avant tout des corps.

La seule autre variante possible est le rôle de la princesse en détresse que le héros doit sauver.

« Mais bien franchement, on commence à en avoir ras-le-bol d’être sauvées », déplore Geena Davis, qui s’est révoltée contre ces stéréotypes sexistes, le jour où elle s’est assise devant la télé avec sa petite fille pour voir la nourriture culturelle et symbolique qui lui était offerte. Ce fut le début d’un long et douloureux réveil.

On croit à tort que la croisade de Geena Davis et de ses amies actrices n’est qu’un discours que celles-ci avancent sur la place publique sans rien de plus. Le film nous démontre que des démarches concrètes ont été entreprises pour lutter contre le sexisme et la discrimination à Hollywood. Une poursuite a été intentée dans les années 80 pour rappeler à l’ordre la machine hollywoodienne et l’obliger à inclure davantage les femmes dans tous les secteurs de la production cinématographique. 

Malheureusement, une juge a débouté les plaignantes. Ces dernières ne se sont pas découragées et se sont tournées vers l’Union américaine pour les libertés civiles, un organisme qui défend les droits individuels garantis par la Constitution. Une enquête est en cours pour déterminer si Hollywood pratique une discrimination systémique à l’endroit des femmes. L’issue de cette enquête pourrait changer bien des choses et, pour une fois, ce sera pour le mieux.

Seul bémol à cette histoire, This Changes Everything, que tous les étudiants en cinéma et tous les producteurs de bonne volonté devraient voir, n’a toujours pas trouvé de distributeur, ce qui indique à quel point son propos, pourtant nécessaire, dérange.

Aujourd’hui, à Montréal, dans le cadre du FNC, le film est présenté à 15 h au Cinéma Impérial. Allez-y au nom de toutes les princesses qui n’ont plus besoin d’être sauvées par qui que ce soit, mais qui insistent pour sauver le monde à leur façon.

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