OPINION FRANÇOISE DAVID

IMMIGRATION Le gouvernement Legault est-il vraiment l’ami des familles ?

Le nouveau gouvernement s’est fait élire en promettant de soutenir davantage les familles québécoises. Toutes les familles ? Il semble bien que non.

On apprend cette semaine que dans son désir de diminuer l’immigration en 2019, le gouvernement caquiste s’en prend à la réunification des familles et à l’entrée de réfugiés sur le territoire québécois. Il demande au gouvernement fédéral d’accorder moins de visas d’entrée à des personnes qui sont à la veille de venir rejoindre enfin leurs parents, leurs conjoints ou leurs enfants.

On empêcherait ainsi 2700 personnes d’entrer au pays dans le programme de réunification familiale et 1200 réfugiés de se sentir enfin en sécurité sur le sol québécois auprès de leur famille.

Des familles québécoises d’origines diverses ont émigré ici, vivent et travaillent ici, paient leurs impôts ici et sont prêtes à débourser des sommes importantes pour que leurs enfants viennent les rejoindre. Les familles auront l’entière responsabilité de subvenir aux besoins de leurs enfants ou de leurs vieux parents. 

C’est connu et documenté : permettez à ces familles d’accueillir leurs proches et elles s’intégreront plus facilement à la société québécoise. Elles auront envie de rester ici. N’est-ce pas une bonne manière d’en prendre soin ?

Des personnes réfugiées au Québec ayant un statut permanent cherchent à faire venir leurs enfants restés dans des camps de réfugiés avec un membre de leur famille. Oui, vous avez bien lu : des camps. Toujours surpeuplés et aux conditions de vie intenables. On refuserait l’entrée de ces enfants sur le sol canadien et québécois ? Je ne peux le croire.

Soyons clairs : la demande du Québec au gouvernement fédéral est irrecevable. Les démarches entreprises par des familles d’ici pour faire venir leurs proches sont extrêmement longues. On parle de deux ou trois ans. Et il faudrait que le fédéral reporte la délivrance de visas pour des gens qui attendent déjà depuis trop longtemps ? Sachant que ces délais se reporteraient sur les années suivantes et que des milliers de personnes finiraient par attendre cinq ans pour revoir enfin leurs enfants ou leurs parents, je considère que nous sommes proches de ce que j’ose qualifier de traitement inhumain.

Certains politiciens et chroniqueurs répètent sans cesse que le gouvernement Legault est légitimement élu et qu’il n’a pas fait mystère de sa volonté de diminuer les seuils d’immigration. J’en conviens.

Mais le diable est dans les détails et, dans ce cas-ci, ces détails pèsent lourdement sur la vie de très nombreuses personnes et familles. 

Avait-on conscience que la baisse des niveaux d’immigration aurait de telles conséquences sur la vie de familles québécoises ? Comment imaginer que ce gouvernement ami des familles laisserait tomber celles qui l’implorent aujourd’hui de les laisser revoir bientôt leurs enfants ou parents bien-aimés ? Personne n’a voté pour ça !

J’en appelle donc au sens de la responsabilité du premier ministre Legault. Reculez. Ne permettez pas que l’on discrimine ainsi certaines familles québécoises. Un geste positif de votre part sera vraiment apprécié à l’approche d’une fête de Noël qui cherche à unir toutes les personnes de bonne volonté.

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