BOXE

Le modèle d’affaires d’InterBox

Auparavant, InterBox se spécialisait dans les galas de grande envergure. La tendance se poursuivra évidemment sous Décarie, mais cette fois, l’entreprise présentera une série d’événements à plus petit déploiement. Une façon de faire devenue essentielle pour survivre dans le marché changeant de la boxe, selon lui. « On n’a pas le choix de faire ça. Si on veut garder les gars actifs sur une base assez régulière, c’est irréaliste de ne louer que le Centre Bell. Les dépenses sont bien trop importantes. S’il y a 1000 ou 2000 personnes dans le Centre Bell, ce n’est pas le fun. L’ambiance n’est pas pareille. »

La distinction entre InterBox et EOTTM

Bien que les deux entreprises aient le même propriétaire en Camille Estephan, InterBox et EOTTM demeurent des entités distinctes. Chacune a ses propres boxeurs et son équipe d’entraîneurs. Les deux promoteurs misent cependant sur certaines ressources administratives communes. « On ne voulait vraiment pas qu’InterBox soit engloutie. On voulait garder le nom et la particularité. Les shows d’InterBox, ce sont des événements. C’est un peu une fête. C’est plus que simplement de la boxe, et on voulait garder les caractéristiques qui différencient InterBox », explique Décarie.

Yves Jr Ulysse

En plus de relancer la carrière de Jean Pascal, Décarie souhaite ranimer celle d’Yves Jr Ulysse. Souvent ennuyé par des blessures, le pugiliste de 28 ans n’a livré que 10 combats en carrière, et les a tous remportés. Il sera d’ailleurs la tête d’affiche d’un gala à Blainville, le 24 septembre, en plus de se battre en sous-carte de David Lemieux au Centre Bell, le 22 octobre. « Il est hyper talentueux, à la Steven Butler. Il est capable d’en prendre. »

Les propos d’Yvon Michel

Dans une récente entrevue au 91,9 FM, Yvon Michel a déclaré qu’il « [n’avait] pas beaucoup de respect » pour Camille Estephan et qu’il écartait l’idée d’une copromotion avec GYM et EOTTM ou InterBox. Malgré cela, Décarie se dit convaincu de pouvoir travailler avec Michel dans un avenir rapproché. « C’est sûr qu’Yvon n’est pas dupe. Il est conscient que Camille et moi sommes très proches. Mais en même temps, ce sont les fans du Québec qui seront pénalisés si on ne réussit pas à créer les combats les plus importants. Ce sont aussi les combats les plus payants pour tout le monde, pas seulement pour les athlètes », souligne-t-il.

Le reconstructeur

Antonin Décarie a fait ses débuts en boxe professionnelle chez InterBox en 2005. En juillet, à l’âge de 33 ans, il s’est retrouvé à la tête de l’entreprise. Portrait de l’homme à qui on a confié la mission de redorer le blason d’un pilier de la boxe québécoise.

Antonin Décarie avait 14 ans lorsqu’il a troqué son bâton de hockey pour des gants de boxe, en allant visiter le gymnase situé non loin de chez lui, à Montréal. Il a alors compris qu’il ne retournerait plus jamais sur une patinoire.

« J’ai essayé ça sans avoir aucune attente. Tout de suite, j’ai adoré. Ça a pris deux ou trois mois avant que je dispute mon premier combat amateur », a-t-il raconté en entrevue avec La Presse à son gymnase de Terrebonne, la semaine dernière.

Le jeune homme n’a pas mis de temps à faire l’étalage de son talent ; il a été nommé à cinq reprises au sein de l’équipe nationale canadienne. En 2005, il a décidé de faire le saut chez les professionnels en rejoignant les rangs d’InterBox. Chemin faisant, il a notamment mis la main sur les titres NABO (2008) et NABF (2012) des mi-moyens.

Durant son parcours, Décarie a évolué au sein des trois grands promoteurs de boxe québécois : InterBox, le Groupe Yvon Michel et Eye of the Tiger Management (EOTTM). Il a disputé son dernier combat le 27 septembre 2014, passant le knock-out à Ivan Pereyra au Centre Bell. Son dossier professionnel compte 31 victoires, dont 10 par K.-O., et 2 revers.

Mais au-delà de la fiche, c’est aussi grâce à son intelligence, à sa condition physique et à son ardeur au travail que Décarie se distingue.

« C’est un individu un peu supérieur, dans la mesure où il est très brillant et possède des qualités humaines extraordinaires. C’est le genre d’homme que chaque gars voudrait comme ami, et que chaque femme voudrait comme fils », explique l’entraîneur Marc Ramsay, qui a dirigé Décarie tout au long de sa carrière.

« UNE FLAMME DANS LES YEUX »

Ce sont ces mêmes qualités qui ont permis à Décarie de se construire une carrière hors de l’arène. À l’été 2015, le président d’EOTTM, Camille Estephan, décide de faire de Décarie son bras droit dans l’organisation.

« Camille avait sûrement vu quelque chose en moi, note Décarie. On s’assoyait la fin de semaine. On allait dîner ensemble. Il me parlait de ce qu’il pensait faire et me demandait si c’était une bonne idée, selon moi. Je ne lui ai pas fait changer ses plans, mais il a toujours tenu compte de mon opinion. »

« Antonin a toujours fait preuve d’intégrité envers sa boxe. Il a toujours travaillé extrêmement fort et il possède de bonnes habitudes de travail. Tout ça se transmet du ring au bureau. »

— Camille Estephan

Décarie accepte le défi, mais garde la porte ouverte à un éventuel retour dans le ring. Pas question pour lui de raccrocher ses gants de façon définitive, encore moins de se retirer entièrement de la boxe.

« Je suis dans ce milieu depuis une vingtaine d’années. C’est quelque chose qui me passionne. Ça m’aurait fait de la peine de prendre ma retraite et de m’en détacher complètement », dit-il.

À défaut de reprendre la compétition, Décarie prend rapidement du galon sur le plan administratif. En juillet dernier, Estephan annonce qu’il fait l’acquisition d’InterBox du groupe Sportscene. Deux semaines plus tard, Décarie est nommé président de l’organisation qui lui avait donné sa première chance chez les pros.

Dans l’esprit d’Estephan, il ne faisait aucun doute que Décarie était le candidat tout désigné pour prendre les rênes d’InterBox.

« Antonin est un gars qui a grandi avec InterBox, affirme-t-il. C’est un peu comme un joueur de hockey qui jouerait pour le Canadien. J’ai vu qu’il avait un grand intérêt envers l’entreprise. Il avait une flamme dans les yeux. »

DU PAIN SUR LA PLANCHE

À seulement 33 ans, Décarie se retrouve donc à la tête d’un des plus importants promoteurs de boxe au Québec.

« Ça amène un vent de renouveau. Des fois, c’est comme lorsqu’il y a un changement d’entraîneur dans une équipe. Les gens jouent moins dans leur zone de confort », illustre Camille Estephan.

Le défi qui se dresse devant Décarie est cependant de taille. Au fil des dernières années, l’étoile d’InterBox a quelque peu pâli. Ses galas sont devenus de plus en plus rares. Seuls trois boxeurs – Jean Pascal, Yves Jr Ulysse et David Théroux – ont un contrat avec l’organisation.

« C’est très difficile de survivre dans l’industrie de la boxe québécoise. De l’extérieur, elle paraît bien, mais elle est très fragile. […] Mais durant toute sa carrière, Antonin a été un gars de défis », signale Marc Ramsay.

Le principal intéressé est bien conscient de tout le pain qu’il a sur la planche. Il n’hésite pas à parler de « reconstruction ». C’est pourquoi il entend faire du recrutement l’une de ses priorités et favoriser autant que possible la tenue de combats locaux en dénichant un maximum de boxeurs québécois.

« Ce que les gens aiment le plus au Québec, ce sont des combats à saveur locale. Ce serait bien d’avoir plus de boxeurs du Québec. Et on a du bon talent ici », affirme-t-il.

LE CAS PASCAL

Une autre de ses grandes priorités a un nom : Jean Pascal. Celui-ci demeure le joyau de l’écurie d’InterBox. Mais sa dure défaite contre Sergey Kovalev en janvier a fait mal, au propre comme au figuré.

Décarie, qui était déjà un bon ami de Pascal, entend bien relancer la carrière de l’ex-champion. Mais pas question de le jeter dans la fosse aux lions trop rapidement. Il faut agir vite, dit-il, mais il faut surtout agir intelligemment.

« Jean carbure aux défis. Il a besoin de combats d’envergure. Il veut être sous les feux de la rampe. En même temps, il faudra bien gérer cela et faire les meilleurs mouvements d’échecs possible », fait valoir Décarie.

Tout indique que Pascal, qui se n’est pas battu depuis ce revers face à Kovalev, remontera dans le ring quelque part en novembre ou en décembre pour affronter un adversaire au profil plus modeste que celui de ses derniers rivaux.

Cela dit, Décarie insiste : il ne faut pas voir là un simple combat de remise en forme, mais bien le premier pas vers une éventuelle reconquête des plus grands honneurs.

« Boxer contre les meilleurs, c’est très louable. Je suis fier qu’il ait accompli cela dans le passé. Mais tu ne peux pas toujours boxer contre les meilleurs, combat après combat. Le côté positif là-dedans, c’est qu’il a un cœur de guerrier. Mais il pense parfois trop à son compte en banque. Affronter les meilleurs, c’est extrêmement dangereux, c’est difficile, mais c’est payant », indique Décarie.

Avec ses nouvelles fonctions, Décarie a pratiquement renoncé à un retour dans le ring, question de se concentrer sur sa longue liste de tâches à accomplir. Mais si on peut sortir l’homme de la boxe, il est bien plus difficile de sortir la boxe de l’homme. C’est avec cette philosophie et cette passion qui l’animent qu’il entend faire sa marque à titre de promoteur.

« Quand les gars se préparent et qu’on organise un événement, je veux vraiment qu’ils gagnent. C’est comme si j’avais le meilleur des deux mondes. J’ai encore cet esprit compétitif. Je voudrais vraiment voir tous les poulains réussir. Et je n’ai pas besoin de faire tous les sacrifices. Je ne suis pas obligé de me coucher tôt et de faire attention à ce que je mange ! », lance-t-il en souriant.

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