SONDAGE IPSOS-LA PRESSE

Génération ni oui ni non

Que les plus jeunes ne soient pas souverainistes, ce n’est une surprise pour personne. Il y a même là une évidence.

Mais ce qu’on apprend à la lecture du sondage Ipsos-La Presse dévoilé ce matin, c’est que les 25 ans et moins ne sont pas seulement désintéressés par les enjeux constitutionnels, ils y sont carrément étrangers.

Quand on leur demande leur position sur cette question, ils ne privilégient pas l’indépendance, mais ils n’optent pas non plus pour le fédéralisme renouvelé.

Leur préférence va plutôt… au statu quo.

Or pour les plus vieux, ce choix n’en a jamais vraiment été un. Au cours des 40 dernières années, on retrouvait d’un côté les électeurs qui voulaient un pays, et de l’autre, ceux qui voyaient des avantages à la fédération, tout en souhaitant une place plus assumée pour le Québec, que ce soit par des aménagements constitutionnels ou une signature au bas de la Constitution.

Mais le statu quo ? Cette option, en fait, n’existait pas. Même les premiers ministres libéraux les plus fédéralistes, même ceux qui ont gouverné après les deux échecs référendaires ont formulé des revendications. 

Rappelez-vous que Philippe Couillard entendait réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel il y a quatre ans encore.

Et pourtant, 37 % des jeunes électeurs à qui Ipsos a demandé leur préférence constitutionnelle souhaitent tout simplement « que le statut du Québec dans le Canada demeure le même ». Rien de plus.

Ils sont 33 % à appuyer l’idée « que le Québec obtienne plus de pouvoir tout en restant au sein du Canada ». Et à peine 19 % aimeraient « que le Québec devienne indépendant », soit moins que les 30 % qu’on retrouve dans la population en général.

C’est tout un changement de paradigme quand on se rappelle que les jeunes constituaient la locomotive du mouvement indépendantiste dans les années 70.

Ce que nous apprend donc le sondage d’Ipsos (qui a le mérite d’isoler les 18-25 ans plutôt que de coincer artificiellement les 18-34 dans une même cohorte), c’est que pour les plus jeunes, cet enjeu n’existe tout simplement plus. Il n’est pas sur leur écran radar. Au point où la situation du Québec leur paraît tout à fait satisfaisante.

« C’est comme si le Québec était un pays dans la tête des jeunes de la génération Z, soit celle qui est née après 1995, résume le politologue de l’Université Laval Éric Montigny. Ils ne se sentent pas du tout opprimés dans la situation actuelle, ni d’un côté ni de l’autre. C’est carrément la fin des Oui et des Non. »

Les souverainistes pourraient se consoler en se disant qu’un jeune sur cinq continue tout de même de rêver au pays. C’est vrai, mais encore là, on peut douter de l’importance que ces derniers « résistants » accordent à cette question dans leur liste de priorités personnelles.

Quand on demande aux répondants quels sont les enjeux électoraux les plus importants à leurs yeux, ils citent l’éducation (40 %), la santé (32 %), l’environnement (26 %)… et très, très loin derrière, il y a la souveraineté. En dernière position. À 4 %.

Pourquoi un tel désintérêt ? Après tout, le sondage montre que les plus jeunes n’ont pas décroché du Québec. Ils sont en effet 55 % à se dire Québécois d’abord (38 % se disent Canadiens et à peine 8 % se considèrent citoyens du monde). Ils sont 72 % à prédire qu’ils passeront leur vie ici. Et une part non négligeable se dit inquiète ou très inquiète de l’avenir du français (41 %).

Mais voilà : s’ils voient autour d’eux des preuves de la précarité du français, ils n’ont jamais été confrontés aux déchirements constitutionnels.

Nés après le référendum de 1995, ils ne connaissent rien de la nuit des longs couteaux, sinon par leur cours d’histoire.

Quand Ipsos leur demande d’ailleurs ce qui a éveillé leur intérêt politique, ils ne citent pas l’échec de Meech, mais bien la crise étudiante de 2012 (26 %) et la lutte contre les changements climatiques (18 %). La souveraineté ne recueille que 7 % des réponses… soit autant que les élections fédérales de 2015.

Le bagage historique des moins de 25 ans est bien sûr moins lourd à porter. Ils n’ont donc pas de ressentiment contre le Canada. Ils n’ont pas de compte à régler avec les anglos. Ils ne perçoivent pas le Québec comme une victime. Au contraire, ils voient bien que le Québec peut agir – sans se séparer – en éducation, en santé, en environnement. Bref, dans les champs de compétence qui recoupent leurs intérêts.

L’indépendance dans un tel contexte ? Pourquoi, au juste ?

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