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Les critiques de la semaine

Voici trois livres qui ont retenu l’attention de l’équipe de Lecture cette semaine.

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Revenir vers une famille inconnue

La Revenue

Donatella Di Pietrantonio

Traduit par Nathalie Bauer

Éditions du Seuil

237 pages

*** 1/2

Dans les années 70, en Italie, une jeune fille de 13 ans est forcée, sans explications, de quitter son milieu aisé et aimant pour aller vivre avec des inconnus dans un village pauvre : sa famille biologique, dont elle ignorait jusqu’alors l’existence. Aux yeux de tous, elle devient « la Revenue ». Enfant unique toute sa vie, elle se retrouve à partager un lit avec sa sœur incontinente de 10 ans et une chambre avec trois de ses quatre frères. Ses parents biologiques – qu’elle désigne comme « le père et la mère », car elle se refuse à les voir comme siens – sont taciturnes, distants et ne connaissent que les coups pour élever leurs enfants. Elle devra s’habituer peu à peu à ce nouveau monde avec son dialecte particulier – bien rendu par la traduction –, ses privations et la cruauté des autres enfants ; sa vie privilégiée et son intelligence scolaire ne l’y avaient pas préparée. Elle développe un lien très fort avec sa sœur Adriana, à l’esprit pragmatique et à la spontanéité désarmante. L’auteure rend avec finesse toute la détresse de cette jeune fille sans nom, forcée de grandir trop vite, « orpheline de deux mères vivantes » à qui on refuse des réponses. Un roman puissant sur l’abandon et l’attachement.

— Janie Gosselin, La Presse

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La tranquillité en région

La belle n’a pas sommeil
Éric Holder
Éditions du Seuil
220 pages
***

Antoine, la soixantaine, tient une librairie d’occasion dans un coin reculé de province. Pour trouver cette bouquinerie, les touristes doivent s’armer de patience et s’en remettre au bouche-à-oreille. L’homme apprécie toutefois sa tranquillité. Jusqu’au jour où une belle jeune femme, envoûtante conteuse de profession, emménage dans la propriété voisine. Parallèlement à ce chamboulement, il découvre qu’un voleur s’amuse à chaparder des livres, toujours du même auteur ; le libraire se met alors en tête de découvrir la personne derrière cet étrange larcin. Les saisons passent dans ce coin de pays, marquant le passage discret mais immuable du temps, alors qu’Antoine change lui aussi peu à peu, comme son décor. Le roman, avec son atmosphère champêtre et son odeur de vacances, se lit tranquillement, en s’abandonnant à la douceur de la langue et à la lenteur du rythme. Même s’il contient certains clichés – l’homme plus âgé, meurtri, se découvrant un second souffle grâce à une jeune femme magnétique, qui le choisit parmi tous ses admirateurs, par exemple –, le roman touche à des sentiments authentiques. Le Français Éric Holder a publié une vingtaine de romans et celui-ci fait partie d’une première liste de titres à lire sélectionnés par le jury Renaudot pour 2018. — Janie Gosselin, La Presse

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La banalité de la lâcheté

La vespasienne
Sébastien Rutés
Éditions Albin Michel
217 pages
***

Seconde Guerre mondiale. Paul-Jean Lafarge vit dans Paris sous l’Occupation. Mais la guerre n’est qu’un inconvénient parmi d’autres pour ce directeur d’une publication de poésie, plus attaché aux mots qu’aux gens. Il continue coûte que coûte de publier son magazine, en faisant passer le talent – même d’un poète allemand – avant toute autre considération. Il passe ses journées à observer : sa secrétaire, par le trou de la serrure de son bureau, la vespasienne en face de son immeuble. Il note toutes les entrées et sorties de ces toilettes publiques, auxquelles il est très attaché. Cet homme passif et lâche ne prend aucun camp, et se contente d’être spectateur de la vie, profitant des largesses de ses connaissances sans trop de scrupules, occupé par ses trivialités quotidiennes. Jusqu’au jour où il trouve un pistolet dans une des stalles de la vespasienne. L’homme si attaché à ses habitudes se retrouve plongé dans la guerre et doit prendre position. Sébastien Rutés offre un cinquième roman irrévérencieux, qui met en scène un personnage voyeur obsédé par les besoins naturels d’une part et l’élévation de l’esprit par la poésie de l’autre. Une histoire originale, écrite sobrement, ce qui renforce son côté absurde. — Janie Gosselin, La Presse

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