agressions sexuelles au Québec

Hausse de 61 % des dénonciations depuis le début de #moiaussi

Le mouvement de dénonciation #moiaussi a provoqué une hausse de 61 % des plaintes pour agressions sexuelles à la police au Québec. Mais le nombre d’accusations portées contre les agresseurs ne semble pas suivre la même tendance.

Selon le dernier bulletin de Statistique Canada, 20 victimes par tranche de 100 000 habitants ont porté plainte pour agression sexuelle au Québec, entre le 1er octobre et le 31 décembre 2017, comparativement à 12,4 par tranche de 100 000 habitants du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017.

Dans l’ensemble du Canada, la hausse des dénonciations a été moindre, atteignant 25 % après le début de la vague #moiaussi : le nombre moyen de victimes d’agressions sexuelles déclarées par la police est passé de 59 victimes par jour à 74 victimes par jour.

Ces chiffres ne signifient pas qu’il y a plus d’agressions sexuelles au pays, mais plutôt qu’un nombre accru de personnes ont porté plainte auprès de la police à la suite de la vague de dénonciations de l’automne 2017 sur les réseaux sociaux, notent les auteurs du rapport.

« Ces données reflètent ce que l’on vit dans les centres, même si on n’a pas de chiffres aussi précis. »

— Stéphanie Tremblay, porte-parole du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS)

« Dans les deux semaines suivant la vague #moiaussi, nos centres ont vu les demandes d’aide tripler. Le rythme ne s’est pas maintenu de façon aussi intense, mais il est demeuré très élevé. »

Les accusations ne suivent pas

Les dénonciations plus nombreuses de la part de victimes d’agressions sexuelles ne semblent pas se traduire par une hausse du nombre d’accusations portées devant les tribunaux.

Au Québec, 132 accusations sont déposées chaque mois pour des agressions sexuelles depuis le début de 2018, comparativement à 123 par mois en 2017, soit une hausse de 7 %, selon des données du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Il y avait eu 116 accusations par mois en 2016.

C’est au DPCP de décider si des accusations criminelles seront portées contre un agresseur, lorsqu’un dossier lui est transmis par un corps policier.

Comme les enquêtes policières peuvent parfois être longues avant que les dossiers soient transmis au DPCP, une éventuelle hausse du nombre d’accusations pourrait toutefois s’observer plus tard.

« On espère qu’il y aura une autre étude au sujet des accusations déposées à la suite des plaintes, souligne Stéphanie Tremblay. S’il n’y a pas plus d’accusations et de condamnations, ça ne sert à rien de pousser les femmes à dénoncer, si on se rend compte que notre système judiciaire n’est pas adéquat pour punir les agresseurs. »

Statistique Canada ne s’est pas penché sur cette question récemment. Mais un rapport publié l’an dernier démontrait qu’une infime minorité de plaintes menaient à des condamnations pour agressions sexuelles.

Financement insuffisant des centres d’aide aux victimes

Les CALACS et autres centres d’aide aux victimes d’agressions sexuelles ont obtenu du financement d’urgence de Québec pour faire face à la hausse de la demande, à la suite de la vague de dénonciations d’agressions sexuelles perpétrées par des personnalités connues, ici et ailleurs dans le monde.

Malgré ces fonds supplémentaires, les centres ne fournissent pas à la demande, indique Stéphanie Tremblay. « Nos priorités sont les jeunes, les victimes qui ont été agressées récemment et les demandes d’accompagnement, mais il peut y avoir 100 personnes sur des listes d’attente pour des demandes un peu moins urgentes, comme des gens qui veulent dénoncer des agressions subies dans le passé », dit-elle.

On manque aussi de ressources pour donner des ateliers de sensibilisation dans les écoles ou ailleurs.

Comme le financement supplémentaire accordé il y a quelques mois ne couvrait qu’une période de trois ans, le regroupement espère que le nouveau gouvernement de François Legault prendra des engagements afin de bonifier les budgets de façon permanente.

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